jeudi 29 décembre 2011

Les putes




Amsterdam


Elles sont petites, moyennes, grandes. Elles sont maigres, minces, rondes, carrées, ou encore trop carrées pour être des femmes. Elles ont les cheveux lisses (les hommes ne bandent-ils pas sur des cheveux frisés?), trop de maquillage. Elles ont des seins que leur dos frêle a sûrement du mal à supporter parfois. Elles fument, pour se donner une contenance. 

Parce que se tenir debout devant une fenêtre pleine grandeur éclairée d'un néon rouge devant les yeux des passants n'est pas simple. Vous feriez quoi, vous, des heures devant la fenêtre à essayer d'attirer le regard des clients? Ou plutôt l'argent des clients. Parce que des regards, elles en essuient plein. Des surpris, des désireux, des nécessiteux, des frustré(es), des choqués. Étonnamment, c'est en croisant le leur qu'on se sent encore plus vulnérables qu'elles. Les putes d'Amsterdam sont installées en plein coeur du centre-ville, sur ce qui pourrait être à Montréal la rue St-Laurent. Y a du monde.

En rangées dans leurs cabines, elles s'étalent sur une dizaine de ruelles que les curieux parcourent en zigzag, entre deux artères principales. Au chaud dans leur petite cabine, elles font des clins d'oeil, des tatas, des petites danses. Elles essaient. Elles sont des attractions touristiques. La Ville devrait les payer pour qu'elles louent les cabines. Peut-être qu'ainsi, elles n'auraient plus besoin de laisser entrer les clients pour payer les comptes.

Amsterdam décomplexée expose les vices du monde dans les vitrines de ses cabines à putes pourvues d'un lit, d'une bouteille de K-Y et d'un rouleau de papier de toilette. Dans celles de ses coffee shop, qui vendent de la mari, du hasch et du Pepsi. Sex, drogue, argent, jeux. Las Vegas du nord. 

On en ressort avec un vague haut-le-coeur. Une légère surdose d'hommerie. On connaît les travers de nos excès et leurs conséquences, mais ils fessent moins tapis dans l'ombre d'une ruelle. 

J'ai eu une idée: peut-être qu'une ville où tout et son contraire serait permis suffirait à nous écoeurer pour de bon.

Amsterdam est aussi autre chose que le Red Light et le vice. On en reparle bientôt.

samedi 24 décembre 2011

Joyeux Noël

Nous y voilà. Au seuil de cette journée d'amour, d'amis, de parents. Au marché, les gens font la queue, les paniers chargés de gâteaux, de liqueur, de chips. Dans les allées, ça court après l'ingrédient bizarre de la recette.

- Avec les ingrédients à pâtisserie ou les marinades, les cerises du Nord?

Ça s'agite, le sourire dans la face, les cheveux en bataille avant de sauter dans la douche et de se grimer pour les invités.

Je suis allée acheter les patates et les carottes pour manger avec mon lapin aux cerises du Nord chez mon marchand de fruits et légumes. Un Arabe, dans mon quartier d'Arabes.

- Joyeux Noël madame, et bonne année hein, et la santé! C'est le plus important, la santé.

J'ai couru jusqu'au petit commerce où les Arabes de mon quartier d'Arabes vont appeler les membres de leur famille restés au Maghreb. J'y imprime tout ce que j'ai besoin d'imprimer parce que c'est à deux pas. Là, c'était un contrat de rédaction, juste à temps pour Noël. L'Arabe qui me sert chaque fois était relax aujourd'hui.

- Voilà, merci beaucoup! Et joyeux Noël!

J'ai souri. J'ai souri pour toutes les fois où j'ai eu le goût de pleurer en regardant mon fil Facebook ce dernier mois.

Souvent, ici et dans la vraie vie, j'ai envie de vous parler de tolérance et de fraternité. Des beaux gros mots qu'on connaît depuis la maternelle et qu'on doit apprendre à appliquer jusqu'à notre mort. Aujourd'hui j'ose, et je vous laisse réveillonner sur ces anecdotes où des Arabes me souhaitent « Joyeux Noël » pareil comme des mononcles du Saguenay.


vendredi 16 décembre 2011

Tide



Bruxelles

Je suis descendue avec mes deux gros sacs de linge sale, l'un avec une poignée pétée, puis rattachée. Parce que comme on doit aller à la laverie chaque fois, puis attendre que ça sèche, on étire le temps entre les visites au temple de la mousse et du spin. On étire le temps, et on étire les sacs...

Ça sentait l'hiver malgré la pluie et j'avais les mains gelées autour des ganses en plastique. J'ai enfermé mes bas sales dans trois laveuses, j'ai parti le chrono et je suis remontée à la maison pour attendre la fin du cycle.

— Salut mon amour, c'est Karl. Regarde par la fenêtre.

Les nuages s'égrenaient lentement, par gros flocons.

Je suis descendue sécher mon linge en tirant la langue. J'en ai attrapé deux-trois; ça goûte la même chose que chez nous.

jeudi 15 décembre 2011

La Grand-Place

Bruxelles


Je les ai attendus une heure dans le hall d'un hôtel tapissé couleur saumon, devant un arbre de Noël avec les lumières qui clignotent. Leur vol Moscou-Bruxelles avait été annulé la veille à cause d'une météo capricieuse. Ils sont arrivés à la course, un groupe de huit qui hochait de la tête à chacune de mes phrases jusqu'à ce que l'interprète se pointe.

On avait déjà 5 minutes de retard sur l'horaire quand ils ont pris les clés de leur chambre. Et entre le départ et nous se trouvaient encore un rideau de douche qui sent l'humidité, des lits jumeaux collés sensés être séparés, pas assez de cintres dans le placard et pas de bouilloire pour faire le thé tous les soirs. J'ai commencé à être gênée quand le commis à la réception de l'hôtel à 250 euros la nuit a répondu sèchement à l'Ouzbek qui voulait deux lits séparés «qu'il fallait seulement les décoller» en roulant les yeux...

Après, on s'est présenté au mauvais bâtiment de la Commission européenne, parce qu'on nous avait donné la mauvaise adresse. Re-gêne. On a fini par tous s'enregistrer, numéros de passeport en prime, sous les commentaires arrogants du gars de la sécurité, et on est monté dans une salle de conférence pourrie où il faisait trop chaud, pour entendre un responsable du fonds social de l'UE pas préparé. Là, j'étais à peu près aussi gênée que quelqu'un de respectable que l'on attrape en train d'écouter Loft Story en rediffusion.

Les gens des pays en développement idéalisent souvent l'Europe, l'Occident. Des nations de princes avec des routes impeccables, des servants polis et dociles et des montres Rolex.

J'ai eu honte. Au début, j'ai cru que c'était de ne pas être à la hauteur de la légende. Mais qu'allaient-ils penser de nous? NOUS. Comme si je formais vraiment un «nous» avec les Belges... Mais au bout de quelques minutes, ça n'était déjà plus ça. Il faut bien dégonfler le mythe un jour ou l'autre, et ça ne pouvait qu'être bon pour leur amour-propre.

J'ai eu honte qu'on les ait pris à la légère.

- Les Ouzbeks s'en viennent faire un tour, on n'a pas trop le temps, mais y connaissent pas grand-chose, pas besoin de se forcer. Anyway, vont être impressionnés par la Grand-Place. Ah, qu'elle est belle la Grand-Place.

Ça ne vous rappelle pas quelque chose? Un indice? La Chine diplôme des milliers d'ingénieurs par année et bat les Bordeaux français avec son vin dans les concours mondiaux pendant qu'au Québec on vivote sur le Plan Nord.

mardi 13 décembre 2011

Youzebek


Bruxelles

Alors alors, comme je vous néglige, vous dites-vous en pleurant à la fin d'une autre interminable journée sans l'une de mes superbes aventures.

Vous avez raison. Et en plus, je vous trompe avec des Ouzbeks. Deyouzquoi? Youzebek? Non, Ouzbeks, de l'Ouzbékistan.

Rassurez-vous, ils n'ont pas tous l'air de tueurs à gages échappés d'un film de Tarantino, comme sur le portrait. Mais c'est bien un portrait. Un vrai de vrai Ouzbek qui a connu l'autre bord du Rideau de fer. Qui en a même sûrement tiré quelques ficelles. Monte, descend, monte, descend.

On m'avait demandé de les accompagner, lui et le reste de la délégation venue de l'Asie centrale après une interminable escale à Moscou.

À suivre demain, et peut-être après-demain, sur ce blog. 

Pour patienter, mille youzebecs. 

xxxxxxxxxxxx....

P.S Pour les Français, «becs», c'est «baisers» en québécois.

jeudi 8 décembre 2011

Changement de saison


Bruxelles


Y a des matins où c'est plus simple de se lever que d'autres. Comme ce matin, par exemple. Avec cette vue dans ma verrière. Le ciel sursaturé.

Mais j'aurais dû me méfier. Mon manteau de laine me manquait ce midi, quand j'attendais en file au stand à patates au coin de la rue, que la madame à l'accent polonais me donne mon poulycroc (une croquette effilée qui ressemble plus à de la compote en panure qu'à du poulet). 

- Ça fera 1 eurrro 50, madame.

Le vent, le froid, l'accent polonais, la file pour n'avoir qu'une mince croquette grise... Mais non, ne vous en faites pas; Bruxelles n'est communiste que dans ses vitrines de librairies. En terre communiste, j'aurais eu la croquette grise trois fois moins chère.

J'ai grignoté la chose immonde en pressant le pas dans mes ballerines qui ont trouvé le chemin de la boîte à chaussures dès que j'ai enfilé mes pantoufles. 

Bon hiver! Pas officiellement encore, je sais, mais on le sent... Et j'espère que ses ciels sont aussi beaux par che-vous.

lundi 5 décembre 2011

Bruxelles is watching you







Bruxelles


Bruxelles a au moins 10 000 yeux. De pierre, de marbre, de métal. Des statues à tous les coins de rue. Ça m'avait fascinée en Turquie, ça me fascine encore par ici: les gens, avant, ils aimaient avoir des yeux sur eux. Des anges pour les protéger. Des Saints pour les mettre en garde. Encore des Saints, pour les faire culpabiliser. 

Orwell n'a rien inventé. Big Brother existe depuis toujours, mes amis.

vendredi 2 décembre 2011

Chez les morts

Bruxelles


J'aime les cimetières. Quand j'avais Nelligan comme voisin, à Montréal, je grimpais parfois le long de l'Université de Montréal pour entrer au Notre-Dame-des-Neiges. Une splendeur de collines, d'arbres matures, de tranquillité et de roches très dispendieuses. Ma rando préférée sur toute l'île.

J'aurais aimé faire partie d'une des familia italiennes qui ont acheté toute une allée. J'aurais pu porter un grand chapeau et des gants pour déposer une rose sur la tombe en marbre noir de mes ancêtres. C'est chic, un cimetière.

J'ai profité des premiers rayons de décembre pour faire la promenade jusqu'au cimetière d'Ixelles. Plein de célébrités, c'était écrit dans le ti-pamphlet à l'entrée. Moi, tellement ferrée en histoire européenne, je ne reconnaissais pas un traître nom. Pas grave, il y en a un qui m'attirait. Le général Georges Boulanger, un suicidé.

Le gars a mené des guerres. Été blessé plusieurs fois. Déclenché un mouvement nationaliste populiste en France (le boulangisme, ça s'appelle) qui en voulait aux maudits Allemands (alors en Prusse). A comploté contre le pouvoir et dû s'exiler en Belgique après qu'on ait émis un mandat d'arrêt contre lui. Puis, une balle dans la tête sur la tombe de sa maîtresse, morte deux mois auparavant. Sur la pierre, sous leurs deux noms, une phrase: «Ai-je pu vivre deux mois sans toi?». Eh ben non, on dirait. 

La pierre tombale est abîmée, un peu craquelée, plaque arrachée. Même pour un cadavre, c'est lourd à porter, la vie d'un autre, sur ses épaules.

***

Je suis passée en sortant près de la pierre tombale de la famille Coffin. Coffin, c'est «cercueil», en anglais. Banal, je sais. Le nom de famille vient sûrement de l'ancêtre qui fabriquait des cercueils. Mais, comme disent les Américains: «You made your own bed, you should lie in it.» Heu heu. 

Le "wikipedions" du jour: l'histoire de l'Affaire Coffin, qui mena plus ou moins directement à l'abolition de la peine de mort au Canada. À lire, pour se rappeler pourquoi faut pas qu'elle revienne. En plus, ça se passe en Gaspésie. Pis y a des fusils de chasse. Pis du whisky.

mercredi 30 novembre 2011

Formol



Bruxelles


J'ai tourné en rond sur le campus pendant 15 minutes avant de trouver la porte B du pavillon U. De là, j'ai arpenté les couloirs beiges croulants. Les tuiles arrachées du plancher laissaient voir le sol sableux sous l'édifice. Les tuyaux bleus au plafond avaient été peints juste après la Deuxième Guerre, on aurait dit.

La porte du Musée de la zoologie au sous-sol de l'Université Libre de Bruxelles était entrouverte. Je suis entrée sur la pointe des pieds, comme pas certaine de ma shot. Sur une table à l'entrée, un vieux bol de chips au BBQ et des verres vides. Une odeur de formol à retourner les estomacs vides. C'est pour ça, les chips, que je me suis dit.

J'ai passé près de deux heures entre les rangées de bocaux pleins de spécimens étranges. Et le dessin est trompeur, parce qu'après un temps dans le formol, tout blanchit. C'est l'odeur, je pense. Les étagères étaient aussi garnies de bêtes empaillées au siècle dernier, à qui il manquait quelques touffes de poil. Des pattes de rhinocéros vidées et raides comme des bottillons de cuir traînaient à côté d'un squelette entier. Je me demande s'ils me laisseraient passer aux douanes avec ces bottes de cuir rare aux pieds. Ça ferait tout un effet dans l'hiver québécois.

Puis, dans sa piscine de formol, un coelacanthe. Un poisson préhistorique de plus de 5 pieds de long et de 2 pieds de diamètre. Une bête hideuse qui a vécu il y a 350 millions d'années. Mais ho, dites-vous, comment se fait-il qu'il flotte dans une piscine de formol à Bruxelles s'il est si vieux? 

Eh bien, dans les années 30, un pêcheur a récolté le monstre dans ses filets au large de Madagascar, vers la côte africaine. Un poisson que les scientifiques croyaient éteint depuis le Crétacé (Préhistoire - Crétacé - Paléogène — merci Wikipedia) . Dans un filet. Des dizaines de millions d'années plus tard. DIZAINES DE MILLIONS D'ANNÉES. Moi, en tous les cas, je n'en suis pas encore revenue. Depuis, ils savent qu'il en existe encore quelques centaines.

Notre ami le poisson hideux est ce qu'on appelle un «taxon Lazare». «Taxon» pour «espèce» et «Lazare» du nom du ressuscité de Jésus. Amen (et re-merci à Wiki). Mais le coelacanthe n'a pas réellement ressuscité. Les taxons Lazare sont juste des espèces que l'on croyait disparues, comme le coelacanthe, mais qu'on redécouvre avec stupéfaction.

Hier, j'écoutais Vénus Noire, d'Abdellatif Kechiche, qui raconte l'histoire de la «Vénus hottentote». «Hottentote», c'est le nom que les Hollandais qui ont colonisé l'Afrique du Sud donnaient à une tribu locale à cause de leur langue qui fait «hot» «hot» «hot». La madame, la Vénus Noire, a fait le tour des freak shows d'Angleterre et de France début 1800 à cause de son fessier bien proéminent. Ils lui ont fait toutes sortes de cochonneries au nom de la haine de la différence et du racisme, en vogue à l'époque. 

Des cochonneries qu'on n'oserait même pas imaginer aujourd'hui. Pfff, une chance qu'elle est révolue, cette époque.

Mais la petite nouvelle dans la cour d'école? Trop grande, trop nerd. Et les Chinois, eux, parlons-en des Chinois. Veulent conquérir le monde et vendraient leur âme pour 5 piasses.

La haine de la différence et le racisme, c'est le taxon Lazare du 21e siècle. Et on peut tous en pêcher un dans notre marais intérieur.

lundi 28 novembre 2011

Initiés

Bruxelles

Voici venu le temps où, après avoir décanté (cuvé?) quelques jours, je reviens sur un après-midi de dingos à courir après des 10-roues en marche pour remplir mon bock de bière, porté en bandoulière pour l'occasion.

Et cet après-midi de dingos, il a un nom bien solennel pour les comportements qu'on y observe (vous pensez qu'il fait pipi où, le cortège?): la Saint-Verhaegen, célébrée le 18 novembre cette année. Du nom du fondateur de l'Université Libre de Belgique, la première université laïque du pays plat, et l'université où mon architecte personnel a choisi d'étudier.

Ça commence à 13h, entre les camions stationnés sur l'une des places de Bruxelles où des vendeuses chics vendent du Armani et des chocolats à 5 euros la praline. Chaque 10-roues, décoré aux couleurs de la faculté qui le parraine vend des bracelets qui permettront aux étudiants de faire le plein de liquide toute la journée (les p'tits vites auront la bière aux cerises, les autres la blonde cheap).

Puis vers 15h, quand le cortège est bien saoul, commence le défilé dans les rues de la ville. Et la course après les camions. Ouf.

Dangereux, pensez-vous tout de suite. Le défilé de cette année vous aura donné raison: un étudiant est mort la tête sous une roue. Chauffeur traumatisé en prime. La première fois depuis des années, disent pourtant les journaux.

Mais là n'est pas le débat. Celle que l'on surnomme amicalement la Saint-V est aussi la fête de clôture pour les nouveaux «baptisés». Les baptisés sont ceux qui ont complété la longue et pénible (d'après les principaux intéressés) initiation qui est de tradition dans les universités belges. Au bout du processus, ils gagnent leur «peine» : une casquette à longue visière décorée de symboles, selon ce que leurs initiateurs auront remarqué dans leur personnalité.

Pour ceux qui portent cette tradition dans leur coeur, c'est une occasion d'intégrer les nouveaux venus à la vie sociale de l'établissement en plus de lui servir une leçon: ne laisse personne t'humilier et décider à ta place. Évidemment, il s'en trouve pour critiquer le processus, dont un député qui souhaite le voir banni. Parce que l'humiliation, parce que les beuveries maladives, parce que c'est pas beau bon.

Et si en entrant à l'université on ne vous tendait pas une bière pour une initiation un peu débile, mais une trompette?

Les étudiants en architecture de Versailles, en France, ont une façon bien jolie de tisser des liens: la fanfare. Ceux qui savent jouer d'un instrument l'apprennent à ceux qui ne savent pas, sur le tas.

Samedi dernier, les 17 musiciens de la fanfare de Versailles formée d'une cohorte aujourd'hui graduée se sont réuni à Bruxelles pour «trompetter» et «grosse-caisser» le temps d'une soirée. Attention, ça ne veut pas dire que l'alcool est banni de l'activité, même que ça s'enfilait bien les girafes de bière.

Ils ont donné un maudit bon show. Meilleur que celui d'une rangée de nombrils verts dans des positions compromettantes en face de leurs initiateurs bonasses? À vous de juger.

Vous comprendrez bien que je n'ai pas traîné de kodak le jour de la Saint-V. Je voulais le garder pour la suite.

jeudi 24 novembre 2011

Novembre



Bruxelles


Ça y est. Plus une feuille dans les arbres gris, prêts à passer l'hiver. Le soleil rase les toitures, même à midi. Heureusement, le grec du coin profite de l'espace dégagé par la place juste devant pour grappiller les rayons, alors je continue d'aller m'y chauffer la face de temps en temps.

Au marché, il n'y a plus ces délicieux petits raisins verts de Turquie qu'on engloutissait par grappes entières. Restent des oignons, des poireaux, des carottes.

Le pavé humide de la place Bethléem nous force à ralentir le pas, ou à travailler nos atterrissages pour les adoucir.

En préparation pour l'hiver, tout est encore exactement pareil, mais en moins flamboyant. Au lieu de se péter les bretelles, la nature donne son 70 %. De quoi décevoir les coachs surexcités que nous sommes. Tout autour, ça ralentit pour la saison dure pendant qu'on continue à fond la caisse en essuyant nos grippes dans le creux de notre manche.

Minute papillon, faut s'arrêter, des fois, pour garder le rythme.

samedi 19 novembre 2011

L'art de reclycler





Bruxelles


Les réseaux de transport en commun servent à faire du territoire urbain une seule et même jungle où il est facile d'aller de liane en liane. Mais ils créent aussi de belles barrières physiques dans les quartiers. Une fois les travailleurs pressés contentés (ok, les étudiants aussi), on fait quoi de ces espaces bétonnés abandonnés dans le sillage de la toile d'araignée?

Le projet Recyclart est né de cette envie de reconnecter le quartier populaire des Marolles, à 10 minutes à pieds de la Grand-Place, avec le centre de Bruxelles. À l'endroit où se trouve un passage de béton surélevé sous lequel passe le tram, les employés en réinsertion sociale de Recyclart ont construit un skatepark où les jeunes graffiteurs du coin laissent libre cours à leurs bombes de peinture — la Belgique n'est pas le pays de la BD pour rien. Et où, le samedi après-midi, les jeunes greffés à roulettes s'en donnent à coeur joie.

Le minicomplexe comprend aussi une salle de spectacle qui égaye le couloir de béton. Plutôt que de zigzaguer entre les seringues usagées, les passants branlent aujourd'hui leur derrière au rythme des soirées underground (littéralement) et sympathiques de Recyclart. Le volume au max, pour couvrir le bruit du tram qui continue de faire vibrer ce projet authentique.

mercredi 16 novembre 2011

Fermier ou ne pas fermier



Bruxelles


En fidèles européens-tellement-pas-américains, les Belges lèvent le nez sur les supermarchés. Sur les Delhaize, en particulier. J'en ai un, un mini IGA, à 5 minutes de chez nous.

Ouais, je sais, moi aussi je veux sentir le fermier derrière la tomate (pas SENTIR le fermier littéralement, mais disons avoir conscience de l'effort, du labeur) . C'est vrai que les marchés en plein air, c'est mieux. Que les marchands de légumes, c'est si coloré. Que la boucherie, ça sent bon et c'est frais. Mais je suis loin de dédaigner mon Delhaize quand, à 6h, il faut que j'achète le souper et que mon ventre crie si fort que je n'entends que l'appel du supermarché-on-a-tout-ce-qui-te-faut-et-t'as-20-pas-à-faire.


Parce que les Belges achètent la bouffe au fur et à mesure. Devriez voir la taille de notre frigo, pas question de faire fitter plus de deux repas à la fois là-dedans à moins de vouloir le motif de la douzaine d'oeufs imprimée dans notre steak. Ou d'être un expert Tetris.

Donc à 6h, je marche toujours jusqu'au Delhaize avec mon air de «non-mais-je-viens-juste-chercher-un-truc-que-j'ai-oublié-d'acheter-auprès-de-mon-super-fermier-bio-local» avant d'en ressortir avec deux sacs pleins d'un bon souper et d'un bordeaux à 3 euros. En courant.

Et, bien que les Belges lèvent le nez sur les grandes surfaces, c'est drôle, je fais toujours la file pendant 10 minutes à l'une des 5 caisses...

- Ah, mais tu vois Géronimo, en plus y z'ont une marque maison bio tiens!


mardi 15 novembre 2011

Le backgammon



Bruxelles


Des fois, quand je veux lire mon journal en paix et que les rénos des voisins d'en dessous vibrent trop, je vais prendre un café au grec du coin. Avant midi, le soleil plombe en plein dans la vitrine et m'engourdit le profil. Et celui d'Elio di Rupo, chef du Parti socialiste (PS) belge et négociateur en chef au conciliabule des partis chargés de déterminer les bases du prochain gouvernement belge. Il est imprimé chaque jour dans le journal. Le PS par ci, le PS par là. Le jupon du Soir dépasse. 

Si moi je fuis les rénos des voisins, les Grecs, eux, viennent un peu pour la belle serveuse en skinny jeans et bottes cavalières. Une beauté méditerranéenne qui leur sert le café en souriant et, quand ils sont chanceux, en s'accoudant au bar de bois au-dessus duquel pend le drapeau bleu et blanc pour piquer une jasette. Mais ils ne viennent pas que pour elle.

Pendant que la Belgique négocie son avenir en tant que pays (un niveau fédéral très réduit, et beaucoup d'autonomie aux régions — ça vous rappelle pas que'q chose? Vont encore s'obstiner dans dix ans, si vous voulez mon avis), la Grèce rame dans toutes les directions pour sauver ses fesses de la débandade économique. 

Je ne sais pas si c'est la gravité de l'actualité, ou bien si c'est toujours comme ça, mais les Grecs du grec du coin sont accrochés à la télé, qui diffuse toujours un bulletin de nouvelles. En grec, alors je n'y comprends pas un traître mot, sauf «Mubarak» ou «Gadhafi». Quand ils ne regardent pas la télé, ils lisent le journal. Quand ils ne lisent pas le journal, ils parlent fort en gesticulant et en levant le bras vers la télé. Ça jase de politique, on dirait bien.

On dirait que les Grecs s'en foutent moins que nous. Normal, le pays part à la dérive. Y m'semble qu'on dérive pas pire au Québec. Alors, les amis, on se remet à s'obstiner dans les cafés?

OK, ne culpabilisez pas, y en a quelques-uns qui jouent au backgammon, quand même. Mais, chez nous, c'est du pareil au même, le backgammon, la politique: une personne sur deux n'y comprend rien, et l'autre s'en fout.

lundi 14 novembre 2011

L'horizon




Bruxelles


C'est l'automne mes petits loups! Hier pendant qu'on hésitait par-dessus les oignons du petit supermarché marocain, les oies sont passées au-dessus de nos têtes. Par-delà la fine couche de nuage qui couvrait le soir de Bruxelles, c'était le party dans la volée. Kouak kouak, c'est pareil dans toutes les langues.

Je n'ai jamais vu, et encore moins entendu, une volée de bernaches au-dessus de Montréal. La faute des grattes-ciel, peut-être.

- Les gars, on prend la sortie de St-Jean, la dernière fois, on en a perdu 3 dans les vitres de la Place Ville-Marie.

Bruxelles s'étend de tout son long en oubliant de grandir. Mais, parfois, il lui pousse sur le visage comme des boutons. Un édifice de plusieurs dizaines d'étages s'élève au-dessus de la mer de quatre étages comme un tsunami d'acier et de vitres-miroir. Les urbanistes appellent ça la «bruxellisation», ou l'art de construire du pas rapport parce qu'il faut bien moderniser.



Cet automne, il me prend comme une envie de me bruxelliser la vie. C'est une impression de stagner, ou d'avancer dans la mauvaise direction. Comme les arbres, je perds des feuilles. C'est bien beau, les remises en question et c'est le lot de ceux qui cherchent à aller de l'avant. Mais dans ces moments, faut prendre garde à ne pas construire un gratte-ciel quand on a plutôt besoin de voir l'horizon. Et d'entendre les oies.

Bruxelles n'est pas ce dessin et ce dessin n'est pas Bruxelles. C'est un bout du profil de Manhattan quand ils auront bouché le trou du WTC. Par le grand K, évidemment. 

lundi 7 novembre 2011

Een weekend in het noorden











À écouter avant de lire ce billet, Les Flamandes, de Jacques Brel. Parce que c'est bon. Et pour le contexte. J'ai écrit ce texte avant de m'attarder aux paroles dont je ne retenais que l'amusant « Les Fla, les Fla, les Flamandes ». Et puis maintenant je trouve que c'est indispensable d'écouter la chanson avant de lire.

Bruges

Les Fla, les Fla, les Flamands ne sont pas pareils que les Wallons. Hein, vous ne pourrez pas dire que vous n'avez jamais rien appris sur ce blog. 

C'est quelque chose dans la rigueur de la démarche. Dans le pavé limpide que gênent les odeurs d'égouts des canaux. À 1h30 de Bruxelles, Bruges est aussi loin de la capitale que Calgary de Montréal. Et ça se sent malgré la forte présence touristique. Les Flamands se retiennent quand les Wallons se répandent. De quoi alimenter l'animosité entre les deux peuples belges. Mais les Wallons vous le diront: c'est pas nous, c'est nos voisins du nord qui ne peuvent pas nous sentir. Sais pas. Peut-être qu'ils ont raison, peut-être qu'ils font la victime. Parce qu'on a toujours plus de sympathie pour elle. Et les Flamands font de bons méchants avec leur langue germanique.

La trame sonore de Bruges, ce sont les cloches des églises de brique qui tintent tout le temps. L'horizon de Bruges est percé de clochers glauques. Les canaux éclairés la nuit renforcent encore un peu plus les airs de décor Halloweenesque qu'a la ville. Les saules tordus qui se penchent au-dessus de l'eau noire. C'est quand même un peu triste; toute cette eau, et pas la moindre envie d'y tremper un orteil. On a comme une retenue toute flamande devant ces canaux comme des limbes d'où on s'attend à voir surgir des morts qui tendent la main. Pas un endroit pour un flamant rose. Heu heu.

Les dessins annoncent le grand retour du grand Karl sur ce petit blog. Eh oui, il a repris ses crayons.

mardi 1 novembre 2011

Bruxelles by night





Alors qu'on visitait les vieux pavillons de l'Expo 58, un jeune fou a pris un tournant en faisant crisser ses pneus tout en prenant une gorgée de bière. En toute légalité.

Forcément, dans un pays où on perfuse les bébés au breuvage national dès la naissance, ça donne lieu à quelques dérapages. Comme ce jeune fou. Comme dans mon quartier, pourtant très halal, où les ivrognes font des siestes debout sur le trottoir dès 22h. Comme ce gars hier au célèbre Delirium Café qui s'endormait penché sur des colosses néerlandais qui ont failli lui donner une bonne raison de dormir. Comme quand je mangeais mes calmars attablée à un petit resto grec et qu'un type est sorti d'un bar en courant, un bâton de baseball et le reste des clients du pub à ses trousses. Il avait pété sa bouteille sur la tête de quelqu'un.

La bière belge me reste amère en travers de la gorge. Ce que je vois dedans en plus de la couleur du houblon, c'est des générations de jeunes hommes fragiles qui y laissent leur tête et en sortent avec des amis, des amours en moins. Et une petite bédaine. Let's drink to that!

Photos:
Le canal à la tombée du soir. Guillaume à la sortie du Delirium. La plus haute tour de la Grand-Place à la sortie de la lune.

mercredi 26 octobre 2011

La grue


Bruxelles

Par la fenêtre du salon, je vois cette énorme grue qui trace un deuxième horizon, au-dessus des toits de tuiles. Des volées d'oiseaux vont et viennent et piaillent entre les poutres d'acier. Ils partent en groupe. Puis l'essaim revient sur ses pas, comme effrayé de quitter la structure qui lui offre, semble-t-il croire, la plus belle vue sur Bruxelles.

Mais Bruxelles se cache plutôt entre les dalles du pavé croche à s'en tordre les chevilles un doux soir de brasserie. Elle se cache dans ces appartements où se rassemblent de jeunes adultes tous habillés comme des étudiants de l'UQAM (ESG à part*). Des acrobates espagnoles, des architectes français, des Italiennes qui aiment flirter, des Italiens qui aiment danser. Bruxelles, ce sont ces vitrines de librairies qui alignent des titres qui contiennent tous les mots «marxisme», «bio» ou «équitable». Ces filles aux cheveux en bataille qui fument la clope en sautant le souper pour aller danser la salsa dans une salle obscure sous un viaduc tapissé de graffitis.

Bruxelles, c'est cette petite Marocaine que je vois chaque jour faire des commissions. Pour sa maman, j'imagine. Du beurre, des pommes. Elle se hisse sur la pointe des pieds en tendant le billet de 20 au caissier et elle repart en trottinant. Bruxelles, ce sont ces jeunes ados qui fument du tabac à rouler et qui quêtent des filtres et du papier.

Bruxelles, au final, c'est un peu n'importe quoi. Mais c'est impossible de l'apprécier pour ce qu'elle est perché du haut d'une grue. Faut prendre le risque de se tordre la cheville sur ses trottoirs. Bruxelles, c'est la vie. Tralalère.

* Désolée pour la blague que seuls les initiés du temple brun peuvent comprendre. 

lundi 17 octobre 2011

La voisine d'en bas

Bruxelles

La voisine d'en bas, on ne comprend rien quand elle parle. Un accent hispanophone tellement prononcé que je comprends mieux ce qu'elle dit quand elle parle au téléphone en espagnol avec sa fille, et que j'entends sa voix étouffée qui filtre entre les craques du vieux plancher de bois.

Pourtant, la voisine d'en bas, quand elle t'accroche aux pieds de l'escalier, j'espère que tu n'as pas ton manteau d'hiver sur le dos. Si oui, enlèves-le, tu vas suer dedans, et attraper froid en sortant. Parce que la voisine d'en bas, elle parle. Elle parle de rien. Des ses cataractes. De son mal de dos. Elle tire son petit chariot avec son épicerie dedans en soufflant très fort, pour être certaine que tu lui propose ton aide en passant. Sa fille essaie de lui trouver un rez-de-chaussé, mais apparemment, c'est bien cher.

En théorie, c'est elle la concierge, dans l'immeuble. Mais quand on monte les marches, les souliers restent un peu collés sur le prélar. Y a longtemps qu'elle ne monte plus jusqu'en haut pour laver l'escalier.

L'autre jour, elle avait acheté une bouteille de savon à lessive bien lourde et je lui ai monté son chariot jusqu'au troisième. Elle était tellement contente. Surtout parce que je m'appelle Véronique, comme sa fille.

- Votre copain, c'est le jeune ou le vieux?

- Ben... c'est celui avec les cheveux bruns.

- Le jeune ou celui avec les lunettes?

J'ai bien rigolé. Rémi, t'es le vieux. Et Karl «il est si gentil».

Alors elle m'a dit d'entrer. Son appartement a l'air tellement plus petit que le nôtre, à cause de tout ces meubles. Il les porte comme les années.

- Ça fait 48 ans que je vis ici!

Il y a quelques mois, des voleurs ont forcé sa porte et lui ont volé des affaires. Je n'ose pas imaginer combien cet appartement devait être encombré avant le vol... Sur les murs du salon, de vieux cadres poussiéreux et des photos un peu floues.

- Ça, c'est mon fils, mort d'un cancer. Ça, c'est sa conjointe, morte aussi d'un cancer. Pourtant, elle ne fumait même pas.

- Eh ben, c'est bizarre ça, madame, un cancer chez quelqu'un qui ne fume pas.

- Ça c'est ma fille, Véronique. Elle vient d'avoir un bébé. Il est complètement handicapé. Je mets sa photo avec celle de mon mari. Il est mort lui aussi.

Quand je suis partie, elle m'a embrassée bien fort en me répétant combien elle était contente de nous avoir comme voisins. J'ai senti les poils un peu piquants de son visage sur mes joues.

J'ai fait un calcul rapide, et cette dame avait au plus 30 ans quand elle a emménagé dans cet appartement. Avec son mari, probablement. Sa vie devait être si différente. Bien entourée. Elle n'avait pas besoin, alors, de s'accrocher aux voisins pour aligner les seuls mots de la journée.

Le soir, je l'entends souvent ronfler à travers les craques du vieux plancher de bois. Juste un bruit sourd. Je pense que je m'inquiéterai le jour où je ne l'entendrai pas.

mercredi 12 octobre 2011

Le désert






Bruxelles

Oui, j'essaie de vous en passer une p'tite vite. Ce sont bien des photos de la Turquie. Je les ai sélectionnées comme ça, à l'intuition. Et j'ai ri en les regardant. Parce qu'elles sont exactement à l'image de mon dedans. Pas de pierre, non, tout de même. Mais en friche. Un peu déserté.

Voilà trois semaine que je suis installée ici. Trois semaines que j'envois des CV dans toutes les publications bruxelloises que je retrouve sur internet. Trois semaines que j'appuie sur send en y croyant à moitié, en le faisant surtout pour la forme. «J'aurai essayé, tsé.»

Mes amis, les temps sont durs pour les journalistes du monde.  En partie parce que vous aimez bien votre Cyberpresse gratuit. Mais je ne vous en blâme pas, je lis Foglia, moi aussi.

Voilà trois semaines que je suis dans mon appartement, un peu découragée, en train de me demander pourquoi déjà j'ai abandonné l'administration quand je vois toutes les offres d'emplois. J'ai l'idéalisme à l'épreuve, disons.

C'est moi, ou les temps sont durs pour les rêves? Notre époque est celle d'une cité millénaire en ruines. Tout est à faire. On a donc toutes les opportunités de créer. Mais dans une cité en ruines, dans l'urgence, qui paie les idéalistes, les rêveurs? Si vous le trouvez, dites-lui que ma facture de gaz est due.

lundi 10 octobre 2011

Le blues du paysage




Utrecht, Pays-Bas

On a emprunté un vélo à Anna et Lionel, les amis de Rémi. Un vrai vélo hollandais: un look rétro, une clochette et un solide cadre noir. Je suis grimpée sur le porte-bagage pendant que Karl faisait de son mieux pour ne pas nous précipiter à la rencontre des trottoirs pavés d'Utrecht.

On a fait une balade en d'amoureux, à deux sur le vélo. Moi blottie contre lui, pour nous réchauffer dans l'automne moite et froid du pays aux gens géants comme des moulins à vent. On sillonnait la ville, entre les canaux verdâtres gardés par les cygnes. Le romantisme d'Utrecht repose presque en entier sur ce réseau navigable dans lequel baignent des maisons de poupées dont c'est la cour arrière.

Ces canaux ne sont cependant pas là pour faire joli. Et ce Pays n'a pas «Bas» comme nom de famille pour rien: il est calé sous le niveau de la mer. Pour un pays côtier, cela veut dire qu'on doit drainer le sol en permanence.

Utrecht a entamé la réfection de sa gare et de ses voies ferrées, très utilisées.

- On en a pour trente ans, sans blague.

Parce que ça n'est pas une mince tâche.

- Dès qu'on creuse, l'eau monte.

Alors les ouvriers avancent de quelques mètres, installent les bâches, bétonnent, endiguent, puis creusent encore quelques mètres, et recommencent. C'est long.

Et il n'y a pas que ça.

- Dans un mois, ils vont venir mesurer notre maison, pour voir elle s'est enfoncé de combien dans les dernières années.

Anna et Lionel ont acheté une maison vieille de 140 ans. Encore bien droite, même si le toit coule un peu. Mais toutes les maisons de la ville n'ont pas la colonne si solide. Dans le centre de la vieille ville, des pans entiers des ruelles s'inclinent sur la rue, comme pour espionner le décolleté des passantes.

Toute la ville bouge. Évidemment, ça ajoute au charme pittoresque et authentique d'Utrecht. Mais ça soulève aussi une question éternelle, gênante, et pour laquelle il n'existe pas de réponse rationnelle: pourquoi persister à construire dans ces endroits condamnés à une mort lente? Pourquoi reconstruire la Nouvelle-Orléans sur le même spot après Katrina? Et pourquoi, malgré les sécheresses à répétition, y a -t-il encore du monde qui s'accroche aux régions austères de la Somalie, de l'Éthiopie? Pourquoi l'homme s'entête-t-il à rester quand la logique voudrait qu'il s'en aille et recommence ailleurs?

Ben voyons, nounoune, direz-vous, parce qu'il aime. Parce qu'il a des souvenirs, une histoire, une identité qui a été forgée grandement par son territoire. C'est fort, l'attachement au territoire. Il en a coulé du sang pour que des peuples puissent continuer d'admirer le même paysage, même s'il n'était pas si admirable. Parce que le territoire auquel on s'attache, il n'est pas fait de Rocher Percé, de cathédrale splendide, de paysages bucoliques imprimés dans les guides touristiques.

Moi, ce qui me manque de mon territoire, aujourd'hui, c'est les champs gris en hiver le long de la 10. Les enseignes de fast food de la sortie 55. La vue derrière la maison de mes parents. Le cabanon, le champs, les chevaux. L'asphalte défoncé de la cour. Et vous, il est fait de quoi, le territoire où vous resteriez, envers et contre tout?

Photos: Un canal. Une assiette de hareng (miam!), oignons jaunes en petits dés et cornichons. Nous autres.

mardi 4 octobre 2011

Les lunettes




Bruxelles

Il y a près d'une semaine et demi que je suis arrivée. Et même si j'ai toujours besoin d'une carte pour aller chez le boulanger à 5 minutes de la maison, je ne trouve pas grand chose à raconter.

C'est difficile d'écrire quand on s'établit quelque part pour de bon. On remet rapidement ses lunettes «vie quotidienne» alors qu'on voyait si bien dans nos verres polarisés par la distance et l'inconnu d'un voyage éclair.

Je suis toujours en extase devant le prix des fromages, perplexe devant la liste de bière dans les bars. Je ne m'habitue pas à dire «septente et nonente» plutôt que soixante-dix et quatre-vingt-dix. Mais le bruit des innombrables scooters dans ma rue me tombe déjà sur les nerfs. Les frites légendaires aussi. Comme Karl le dit si bien: «Moi, j'aime tellement mieux les frites de chez Mimile.» (Mimile est une cantine graisseuse sur la Principale à Farnham. Essayez la poutine quand vous y passerez. Ça, ça devrait se retrouver dans les guides touristiques.)

Bref, même si j'ai encore tout à découvrir ici (sauf les gaufres, elles, je les ai très bien étudiées), je suis déjà dans un quotidien un peu raplapla. D'où mon âme en peine, en quête de l'inspiration qui ne vient pas.

Alors prenons-le comme ça vient: je déclare ce blog le blog-le-plus-ordinaire-du-monde pour la prochaine année. Un blog plat comme la Belgique sur un quotidien vieux comme le continent. Parce que s'expatrier pour un an, c'est beaucoup de quotidien pour quelques week-ends d'exotisme. La vie, quoi.

Bien sûr, le mieux, c'est quand on peut garder nos lunettes polarisées même dans la grisaille du quotidien. Alors, pour vous, mes amis, je jure d'écrire sur le quotidien vu à travers les verres polarisés que j'ai choisi de me re-taper sur le nez pour la prochaine année.

Je ne le fais même pas pour vous, en fait. C'est à moi que ça plaît de voir la vie comme un perpétuel voyage dans des contrées exotiques. Même sans gougounes (on parle plutôt de bottes de pluie dans l'hiver bruxellois), Réflexions en gougounes conservera ses airs de vacances. Parce qu'on est pas obligé de tout perdre avec son tan. Sortez vos chemises hawaïennes.

***

Ce qui me fait dire que, malgré le quotidien, je suis loin de chez nous:

- Les haies taillées en carré. J'ai même vu de grands feuillus taillés comme s'ils avaient été aplatis. Passés de la 3e à la 2e dimension. Un décor de théâtre, on aurait dit. Et je dis taillés parce que, non, désolée de vous décevoir, les haies carrées ne poussent pas comme ça: j'ai vu les jardiniers. Dans les jardins bruxellois, on se sent comme dans ceux de la Reine de Coeur d'Alice au pays des merveilles. Jeu de carte coupeur de têtes en moins.

- Les contrôleurs dans les trains portent des casquettes beaucoup trop cylindriques et des bretelles, comme dans notre imagination (où celle des cinéastes, plutôt...).

- J'ai bu une bière dans une cathédrale.

- On me trouve cute avec mon accent et j'haïs ça. Orgueilleuse moi? Pfffff

- Karl doit commander ses condoms à la préposée au comptoir de la pharmacie. (À ceci, il insiste pour que j'ajoute que c'est gênant de commander des larges.)

- Je suis toute excitée devant une statue qui fait pipi. Ben voyons... franchement... je suis tellement au-dessus de c'est trucs de touristes moi... Tsssssss

***

Histoire d'Hôtel de Ville

Tout à l'heure, à l'Hôtel de Ville où on doit s'enregistrer comme résidents, une famille s'obstinait avec les deux madames derrière le plexiglas.

- Non monsieur, je ne peux rien faire, je me tue à vous l'expliquer depuis 45 minutes: LA PETITE N'EST PAS BELGE! Demandez à l'ambassade des Philippines de lui délivrer un passeport et vous reviendrez nous voir après pour l'enregistrer ici. CETTE ENFANT N'EST PAS BELGE.

Eh ben, n'est pas Belge qui veut. Mais à voir la politesse avec laquelle on nous a servi nous, les Canadiens sont beaucoup plus Belges que les Philippins. Je gage que, même devant les fonctionnaires Philippins, les Canadiens sont un peu plus Philippins que les Philippins.

P.S. Voyez comme il était temps que je ressorte mes lunettes polarisées: les seules photos que j'ai prises sont celles de mon appartement!!! Ci-haut, mon salon, ma table de travail et un bout de table à manger. Ma chaise sur la terrasse et les cloppes de Rémi.



vendredi 23 septembre 2011

Vigiles






Selçuk

Je voyage avec Une petite histoire du monde (en anglais, A Little History of the World), écrite par un historien de l'art Viennois a l'intention des enfants. Si, plus jeune, on m'avait enseigné l'Histoire comme il la raconte, je serais peut-etre historienne aujourd'hui. Ou, du moins, j'aurais eu envie de connaitre par coeur la vie de ceux qui, par exemple, ont donné leur nom aux ponts de la rive sud de Montréal. J'aurais eu la curiosité de savoir. Les connaissez-vous seulement? A moi, bien honnetement, il me manque Mercier... A moins que ce soit d'apres Jean-François Le King Mercier?

La terre que je foule depuis trois semaine est imbibée d'Histoire. Littéralement. Y a des bouts d'Histoire qui trainent partout. De vieilles pierres qui sont restées pour témoigner un peu de la grandeur, et beaucoup de la stupidité de l'Homme. Des forteresses pour faire la guerre, des amphithéatres pour débattre... et regarder des gladiateurs courrir en rond, un lion aux trousses. Des temples, des églises batis par des esclaves. Et, de temps en temps, une bibliotheque.

A quelques kilometres de Selçuk gisent les ruines de l'ancienne capitale de l'empire romain de l'Est, Ephese (Il manque un accent aigu et un accent grave...). Malgré les heures que je passe dans mon livre d'Histoire pour enfants, passionnée par les conquetes d'Alexandre ou par la grandeur des Perses, je ne trippe pas vieilles roches. D'habitude.

J'ai passé des heures magiques et poétiques a contempler les restes de marbre de cette ville aux vestiges deux fois millénaires. A imaginer vivre les habitants drapés dans du blanc entre les patrouilles de légionnaires.

Assise sur un restant de collone blanche, j'ai fait abstraction des hordes de touristes qui suivent toutes le ti-monsieur-avec-drapeau-rouge. Les dalles de marbre veiné retrouvaient leur lustre et pavaient a nouveau les routes Je sentais leur éclat éblouissant sous le soleil presque permanent de la Turquie. Les statues retrouvaient leurs nez et leurs bras pour témoigner encore de la splendeur des artistes grecs. Les dizaines de colonnes sculptées avaient a nouveau un toıt a supporter, un toıt orné de frises élaborées ou s'accrochaient des statues de je ne sais lequel de leurs dieux. Une Artémis et ses dizaines de seins, peut-etre. Ou bien un Eros a la peau de bébé.

Les nobles et les philosophes allaient et venaient sur le porche de la bibliotheque, un livre relié de cuir sous le bras. Un jeune homme rattachait la sangle de sa sandale. Les gamins avaient le visage rond et les boucles rebondies. Les aınés s'asseyaient dans la rue pour jouer au baggamon en buvant du vin (je vous jure, j'ai vu une table de baggamon sculptée dans le marbre vieilles de 2000 ans!).

J'étais moi aussi pour quelques minutes une part de cette Histoire quand elle n'était ni sanglante ni cruelle. Quand on ne retenait pas d'elle que les grands pans, en oubliant que chaque jour, on s'asseyait, on jouait au baggamon. Les petits frisés tombaient et s'écorchaient le genou. Le boulanger oubliait son pain sur le feu. Une femme posait les mains sur les hanches en soufflant apres avoir lavé ses kilometres de robes en drappé.

J'ai eu envie de les connaitre. Comment voyaient-ils la vie? Etaient-ils si différents de nous? Tellement loin, et a la fois pas du tout.

Au loin, l'horizon s'est obsurci et un rideau de pluie est tombé sur les collines. J'ai quitté mon trone de marbre et traıné mes sandales de romain jusqu'au minibus. Les Ephesiens (ben quoi) sont rentrés chez eux s'abriter. Pas de chance, plus de toıts pour les protéger. Que des colonnes de marbre blanc, comme des vigiles endormis qui laissent parfois passer un reveur ou deux de leur coté de l'Histoire.

lundi 19 septembre 2011

La mer





Bodrum

Je n'ai rien écrit depuis 4 jours. Ça coıncide avec le moment ou j'ai enfilé mes gougounes pour de bon; une fin de parcours le long de la splendide cote turque pour remonter jusqu'a Istanbul. L'ironie du titre de ce blog, c'est qu'en gougounes, on ne pense pas. J'en suis la preuve vivante.

Et tous les touristes, surtout Anglais a en juger par le ''british pub'' qui diffuse un match du Manchester United, en sont aussi la preuve. Depuis mon arrivée sur la cote, des monsieurs en speedo dans les rues de la ville bordées de maisons blanches. Des madames coup de soleil entre les bougainvillers. Des jeunes filles qui oscillent sur des talons trop hauts le long du port.

Bref, tout ça pour dire que j'ai la réflexion slaque depuis que je fais trempette entre deux villes grecques submergées. L'intelligence de ce que j'aurais a raconter est inversement proportionnelle au bleu de la mer. Et ici, elle est tres bleue.

N'empeche, en achetant des bracelets vraiment superbes tout a l'heure au petit marché super-touriste, j'ai réalisé ce qui donne aux Turcs cet accueil si doux et plein de bonté.

La fille de qui j'ai acheté les bracelets géniaux, c'est elle qui les crée.

- Je réalise un reve de petite fille en vendant mes bijoux. Et je fais pas mal d'argent avec ça!

Cette année, elle s'est acheté une caméra et a booké un voyage en Afrique. Du camping dans 6 pays.

Ça m'a frappé comme un autobus voyageur rempli de madames coup de soleil: pour la premiere fois, dans tous les pays que j'ai visités, celle qui me vend mes bracelets peut mettre les pieds hors de son pays. Elle a un niveau de vie assez élevé pour le faire. Soudain, je me suis rappelé ce guide que j'ai eu a Kaş, la ou la mer est encore plus bleue qu'a Bodrum.

- J'ai réservé un billet pour la Thaılande a la fin de la saison. Premiere fois hors de la Turquie!

Et ces gens sont jeunes. Elle, a peu pres mon age. Lui, pas plus de 35 ans.

Je revois encore le couple de Llamac qui nous avait guidé a travers les montagnes du Pérou. Nés dans un minuscule village andin, ils y mourront aussi, probablement pas tres vieux, parce que le dur labeur, le soleil, le vent, l'hiver dans la cordillere. Et ces gens qui nous ont tout pris dans un taxi Nicaraguéen. Condamnés a Managua pour la vie. Sauf s'ils s'activent le taxi. Ce que je ne souhaite pas aux backpackers.

Au-dela du toıt sur la tete, du pain sur la table et des cahiers scolaires dans le sac-a-dos: le voyage. Un luxe. On l'oublie trop souvent chez nous. La chance, si on veut bien la prendre, de sortir et de voir du pays.

Cette jeunesse reviendra chez elle encore plus inspirée a créer une Turquie qui va de l'avant. A la garder a l'abri du fondamentalisme religieux, notamment.

Ryszard Kapuscinsky, immense reporter polonais, rapportait qu'a l'indépendance de l'Algérie (colonisée par la France) , en 1962, deux camps locaux s'affrontaient pour le pouvoir: les tenants d'un islam de la mer, et ceux d'un islam du désert. Celui de la mer, porté par les habitants des cotes, plus ouvert, en contact avec d'autres cultures grace aux échanges et au commerce. Celui du désert, sticte et rigoureux, pour passer a travers le climat et les guerres tribales. Et quand on y réfléchit bien, cette notion s'étend bien au-dela de l'islam, et du climat.

Ces jeunes qui reviennent en Turquie sont les porte-étendard de l'islam de la mer, dans le sens religieux comme dans tous les autres. Car c'est en rencontrant l'Autre que l'on sait qui l'on est. Et c'est en sachant qui l'on est que l'on peut vivre libéré du sentiment de se défendre continuellement contre ce qui, on imagine, nous volera notre ame. Et c'est aussi comme ça qu'on apprend a mettre les bons stops quand l'Autre va trop loin.

vendredi 16 septembre 2011

La Cappadoce en images





Pas de virgules sur ce clavier! Décidément ça vous prend bien de l'imagination aujourd'hui...

1- Des gamins des vélos et une rue d'Avanos. Ce qu'on ne voit pas sur la photo: les grappes de raisins mures pendues aux treillis et la dame qui m'en offre une les glaıeuls géants multicolores les tomates étendues a sécher au soleil et le fleuve vert émeraude.

2- Le cimetiere d'Avanos: les morts prennent toujours les spots avec les meilleures vue.

3 et 4- Deux panoramas des vallées cappadociennes ou je suis allée traıner mes bottes et mon appareil photo et 50 litres d'eau.

jeudi 15 septembre 2011

Kirkit Pansiyon

Avanos

Chez Kirkit, on se rassemble le soir autour d'une grande table tendue d'une nappe marine a hiéroglyphes. Comme au temps des voyageurs des grands chemins et de leurs hotes, on mange, on raconte. Sur la table, des plateaux d'olives fraiches et croquantes, des jarres d'eau, du vin. Yacin boit religieusement son verre de rakı en mangeant du melon miel. L'odeur sucrée et anisée de l'alcool fort embaume les nuits fraıches de la Cappadoce.

On ouvre avec une soupe relevée. On mange des poivrons verts farcis au riz et a l'agneau, avec un yogourt a l'ail. Et on nettoie le fond de notre plat de terre cuite avec un bout de pain frais. On engloutit du raisin vert un peu sure dont on avale les grains tout rond.

Quand le rakı fait son effet, les yeux commencent a briller et Yacin sort son bagage de vieil étudiant en philo pour disserter sur l'Europe, les gens, les mouvemements sociaux. En français s'il-vous-plaıt. Car chez Kirkit, ça parle français autour de la grande table. Un français lent et chantant, des "r" serrés au fond de la gorge, les "r" de ceux qui les roulent habituellement.

Chez Kirkit, dans la petite cour décorée de poterie et de rosiers, on se croit revenu dans le temps ou les témoins du monde allaient a pieds, de porte en porte, a la recherche d'une histoire a entendre.

Mais bien des choses ont changé depuis. Les voyageurs des grands chemins sont devenus des touristes. Et Yacin, 52 ans, petit fils d'un imam, dit haut et fort que la religion est dangereuse.

Mes amis, j'ai oublié mon précieux fil pour transférer des photos! Donc, je vous réserve les splendides paysages de la Cappadoce pour la prochaine fois.

lundi 12 septembre 2011

Dimanche a la montagne





Amasya

Les dimanches d'Amasya sont des jours de famille et d'amis. Des jours pour se serrer a cinq (maman, papa, les deux adolescentes et le petit) sur un banc de la promenade, pres du cours d'eau vert d'argile pour grignotter un maıs grillé. Des jours pour se mettre du gel dans les cheveux et prendre des photos entre boys sur l'un des ponts qui vont de la vieille ville a la ville moderne, entre les monts rocailleux et escarpés. Des jours pour regarder distraitement les géraniums aux fenetres et les pigeons qui s'élancent au-dessus de la riviere. Des jours pour grimper jusqu'aux tombeaux creusés dans le roc en soulevant ses jupes pour ne pas tomber dans les escaliers de pierre polis par les 2000 ans qui les ont vus. Glissants comme du métal. Mes Converses a semelle lisse y sont aussi efficaces que des patins a roulettes.

Les dimanches d'Amasya, on s'assied sous un arbre devant la mosquée et on papote pendant que les enfants jouent ensemble. D'ailleurs, il semble que la tag soit universelle. et je suis sure qu'en cachette, ils y vont de la version BBQ.

Alors que je savourais une figue fraıche que j'avais payée trois sous au marché, je me servais moi aussi de l'ombre jetée par la mosquée pour passer l'apres-midi. J'observais les hommes s'asseoir a la fontaine; une construction cylindrique avec de petits bancs de pierre disposés tout autour, devant des robinets pres du sol. A l'ombre de la pergola, les hommes se déchaussaient et lavaient soigneusement leurs pieds. Il était presque une heure et c'était bientot l'heure de la priere. Apres avoir bien rincé, ils remettaient leurs chaussures, parfois qu'a moitié, en écrasant les talons et en glissant jusqu'a la mosquée, située a une dizaine de metres derriere. Ils se déchaussaient a nouveau avant d'entrer.

Quelques femmes entraient aussi par la porte désignée, mais sans se laver les pieds. Les autres attendaient dehors, avec les enfants. J'ai d'ailleurs été témoin d'une vigoureuse façon de calmer un bébé qui chiale. Une méthode qui ferait palir les mamans qui tapent de la mousse aux coins trop pointus des meubles du salon.

Le petit devait avoir 2 mois. Il pleurnichait depuis quelques minutes et ni les tapotements de la maman, ni les grimaces de la petite n'arrivaient a le contenter. Alors, avec ce qui je crois était son aınée, ou sa jeune soeur, la maman a pris la doudou du petit, l'a pliée en deux dans le sens de la longueur et a déposé le petit dedans. Elle tenait deux extrémités d'une main pendant que, face a elle, l'aınée tenait les deux autres. Puis, elles se sont mises a balancer la couverture (avec le bébé dedans) de gauche a droite. Avec une force surprenante. Je sentais l'air déplacé par le balancement du hamac de fortune sur mes jambes. Et j'étais en pantalon. Si tot fait, le bébé s'est tut. De peur, je pense bien.

La premiere photo, avec le minou, est de Safranbolu. Les autres sont d'Amasya.