lundi 28 novembre 2011

Initiés

Bruxelles

Voici venu le temps où, après avoir décanté (cuvé?) quelques jours, je reviens sur un après-midi de dingos à courir après des 10-roues en marche pour remplir mon bock de bière, porté en bandoulière pour l'occasion.

Et cet après-midi de dingos, il a un nom bien solennel pour les comportements qu'on y observe (vous pensez qu'il fait pipi où, le cortège?): la Saint-Verhaegen, célébrée le 18 novembre cette année. Du nom du fondateur de l'Université Libre de Belgique, la première université laïque du pays plat, et l'université où mon architecte personnel a choisi d'étudier.

Ça commence à 13h, entre les camions stationnés sur l'une des places de Bruxelles où des vendeuses chics vendent du Armani et des chocolats à 5 euros la praline. Chaque 10-roues, décoré aux couleurs de la faculté qui le parraine vend des bracelets qui permettront aux étudiants de faire le plein de liquide toute la journée (les p'tits vites auront la bière aux cerises, les autres la blonde cheap).

Puis vers 15h, quand le cortège est bien saoul, commence le défilé dans les rues de la ville. Et la course après les camions. Ouf.

Dangereux, pensez-vous tout de suite. Le défilé de cette année vous aura donné raison: un étudiant est mort la tête sous une roue. Chauffeur traumatisé en prime. La première fois depuis des années, disent pourtant les journaux.

Mais là n'est pas le débat. Celle que l'on surnomme amicalement la Saint-V est aussi la fête de clôture pour les nouveaux «baptisés». Les baptisés sont ceux qui ont complété la longue et pénible (d'après les principaux intéressés) initiation qui est de tradition dans les universités belges. Au bout du processus, ils gagnent leur «peine» : une casquette à longue visière décorée de symboles, selon ce que leurs initiateurs auront remarqué dans leur personnalité.

Pour ceux qui portent cette tradition dans leur coeur, c'est une occasion d'intégrer les nouveaux venus à la vie sociale de l'établissement en plus de lui servir une leçon: ne laisse personne t'humilier et décider à ta place. Évidemment, il s'en trouve pour critiquer le processus, dont un député qui souhaite le voir banni. Parce que l'humiliation, parce que les beuveries maladives, parce que c'est pas beau bon.

Et si en entrant à l'université on ne vous tendait pas une bière pour une initiation un peu débile, mais une trompette?

Les étudiants en architecture de Versailles, en France, ont une façon bien jolie de tisser des liens: la fanfare. Ceux qui savent jouer d'un instrument l'apprennent à ceux qui ne savent pas, sur le tas.

Samedi dernier, les 17 musiciens de la fanfare de Versailles formée d'une cohorte aujourd'hui graduée se sont réuni à Bruxelles pour «trompetter» et «grosse-caisser» le temps d'une soirée. Attention, ça ne veut pas dire que l'alcool est banni de l'activité, même que ça s'enfilait bien les girafes de bière.

Ils ont donné un maudit bon show. Meilleur que celui d'une rangée de nombrils verts dans des positions compromettantes en face de leurs initiateurs bonasses? À vous de juger.

Vous comprendrez bien que je n'ai pas traîné de kodak le jour de la Saint-V. Je voulais le garder pour la suite.

3 commentaires:

  1. Tes mots vallent bien des images et sûrement leur bière aux cerises. C'est aussi bon que mes brioches à la cannelle !Est-ce que Karl a eu droit à son initiation?
    Bye Bye XXXX

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  2. Quel plaisirs de te lire! Emilie

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  3. Ah, merci jolie! C'est surtout un plaisir de vous écrire!

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