lundi 3 décembre 2012
samedi 1 décembre 2012
The Lonely City
On est descendus tous les trois manger des tapas délicieux dans un resto espagnol où j'ai failli voler une tuile de céramique à motifs blanc et bleu tellement elle était parfaite. Et si j'ai remarqué la céramique, c'est que dans sa perfection, elle était plus intéressante que le repas.
On travaillait comme des damnées pour arracher une dizaine de mots à notre hôte, s'encourageant des quelques sourires qui lui fendaient parfois le visage, si beau quand il s'illuminait. Mais ce n'était tellement pas souvent que j'avais chaque fois peur qu'il craque, comme pas habitué.
Radiologiste, seul dans un appartement noir et blanc où il y a dans le frigo de la bière et un restant de brochette de poulet. Louis se fait chaque matin un bol de gruau au micro-onde, et il regarde des séries le soir sur sa grande télé que j'utilisais comme miroir plein pied. Un unique livre dans la biblio de la mezzanine: Les IRM du haut du corps.
Seule humanité dans cet appart: Buster, le chien-meuble qui ne fait pas un son, sauf quand il ronfle, et les sourires de Louis.
Peut-être pour se racheter du souper fret-net-sec, il nous a fait monter sur le toit, où j'ai eu envie de pleurer sur la vue.
— Je ne monte jamais.
— Tu devrais, ça te pratiquerait peut-être à t'émouvoir.
Ben non, je n'ai pas répondu ça, nonos: nous restait deux nuits à passer là-bas. Buster sniffait comme un fou, tout content de se bouger un peu.
On a passé une belle nuit et une journée électrique dans la ville avant de rentrer comme des condamnées: on devait se taper une autre longue soirée.
Eh ben non. Louis nous a amenées dans un petit resto plein de légumes bio, où allaient et venaient une dizaine de livreurs à vélo, à se demander si leur réserve de légumes avait une fin, et s'il nous en resterait un peu pour souper. Dans ma salade, des poires et des noix caramélisées, comme celles des stands sur le coin des rues. Manhattan dans un bol. Et à notre table, un de ses lonely représentants.
On est sorti prendre un verre à 15 piastres dans, franchement, l'un des meilleurs bar où je me suis accrochée les pieds de toute ma vie. Avec barman barbu, maniéré et précis comme un danseur étoile, qui secouait avec passion des drinks à donner des tendinites. Des fois, une main derrière le dos. Ambiance décontractée, grand bar de bois.
À force de gratter, on a atteint le début du coeur de Louis.
— Je n'ai pas de passion.
Le début, j'ai dit.
— Impossible. Il y a bien une chose que tu aimes.
— Est-ce que Buster compte?
— Bien sûr.
— Alors Buster.
— Tu aurais pu devenir vétérinaire, plutôt.
— J'aurais dû.
J'ai laissé Louis entre les mains de Geneviève pour me concentrer sur la chorégraphie du barman. Anthropologiquement parlant, Louis était plus intéressant. Mais pas pour une profane en vacances.
J'ai pris un paquet d'allumettes et on est rentré un peu gorlots, presque amis, étrangement. Et on ne s'étonnait plus de le voir sourire.
Je voulais des photos de la vue, alors on est montés, Geneviève, Buster et moi, pendant que Louis allait au lit. Alcool aidant, il me semble avoir échappé une larme cette fois. Échappé une larme et échappé le chien-meuble aussi, qui avait on dirait fini par prendre goût à la vie. On l'a récupéré de l'autre côté de la rambarde, entre la terrasse et une chute de 10 étages, le chien-pas-si-meuble, épris de liberté ce soir-là.
Comme son maître.
* Pas son vrai nom
** Son vrai nom
lundi 24 septembre 2012
De l'expansion
L'Univers prend de l'expansion. Voilà, c'est dit, retournez vous coucher, braves gens.
L'Univers prend de l'expansion, et on n'y comprend pas grand-chose. J'exagère. Je n'y comprends rien, et vous non plus, mais certains d'entre nous en comprennent un peu. Quelques parcelles de cet infini océan.
Quand j'imagine l'Univers croître, et gonfler, je zoom out, et je vois une grande bulle noire pleine de roches et de rayons qui grossit sur un fond blanc. Je ne peux pas concevoir qu'il n'y ait pas de fond blanc, et pourtant, il n'existe pas de fond blanc, si l'Univers contient tout ce qui existe.
L'expansion de l'Univers, c'est seulement l'avancée de ce qui existe sur ce qui n'existe pas. Pas de fond blanc, donc, juste ce qui existe qui prend de plus en plus de place. De place dans quoi? Sais pas, de place, tout court.
On s'étonne ensuite qu'Einstein crût en Dieu.
Dieu, celui qui Sait. Qui sait comment ça marche, qui a les réponses à toutes les questions jamais posées par les Hommes. D'avoir quelqu'un, quelqu'un avec des traits humains, des mains (d'où s'échappent de la lumière, mais quand même), un visage, une barbe, d'avoir quelqu'un à qui l'on peut s'identifier et qui Sait. Qui pourrait jeter un oeil sur les travaux d'Einstein, justement, et corriger en 10 minutes avec un Bic rouge.
14/20. M. Einstein, soignez la présentation.
C'est rassurant, un Dieu, devant l'immensité. C'est rassurant de croire qu'il existe des formules qui nous aident à comprendre l'incompréhensible, à reprendre le contrôle sur un phénomène qui nous échappait jusque-là. Difficile d'accepter d'être le fruit d'un hasard spectaculaire et fabuleux. Des êtres avec des cheveux dans une mer de roche, de gaz. Et comme si ce n'était pas déjà assez fabuleux, certains d'entre nous ont même des cheveux blonds.
Mais où va-t-elle avec ce billet? Elle ne le sait pas, elle a le vertige devant l'énormité. C'est parce que j'ai vu un film, pardonnez-moi.
C'est un vertige que me donne aussi, à échelle infinitésimalement plus petite, le système économique mondial qu'on a choisi. Le capitalisme. Qui comme l'univers, prend sans cesse de l'expansion. De pays développés en marchés émergents en pays sous-développés. Contrairement à l'Univers, le marché a cependant des limites terrestres bien visibles.
Quand j'imagine le capitalisme qui croît, je zoom out, et je vois une tache de jus qui s'étend, et qui finit par recouvrir la Terre. Mais c'est tout, je vois la fin, la limite où l'expansion n'est plus possible.
Le capitalisme pour lequel de grands cerveaux cherchent (et trouvent parfois) des formules. Des corrélations. Saisir la bête, la dompter, anticiper ses coups de cornes.
Mais, alors que c'est l'Univers et le mouvement qui l'anime qui ont créé les hommes avec des cheveux, ce sont les hommes avec de grandes idées sous les cheveux (ici s'applique cependant la théorie de la relativité, comme dans relatif), qui ont créé le capitalisme, et le mouvement qui l'anime.
L'Homme, éternel control freak qui crée l'incontrôlable.
On s'étonne ensuite que les hommes avec des cheveux (particulièrement ceux avec beaucoup de cheveux et souvent de la barbe) croient en Dieu. Pas le choix. Sinon quoi? La tache de jus qui s'étend et qui laisse au hasard la pitance de demain.
De retour pour vous dire ça? Ben oui. De retour une fois par semaine, mais pas de voyage (pour l'instant). On essaye?
L'Univers prend de l'expansion, et on n'y comprend pas grand-chose. J'exagère. Je n'y comprends rien, et vous non plus, mais certains d'entre nous en comprennent un peu. Quelques parcelles de cet infini océan.
Quand j'imagine l'Univers croître, et gonfler, je zoom out, et je vois une grande bulle noire pleine de roches et de rayons qui grossit sur un fond blanc. Je ne peux pas concevoir qu'il n'y ait pas de fond blanc, et pourtant, il n'existe pas de fond blanc, si l'Univers contient tout ce qui existe.
L'expansion de l'Univers, c'est seulement l'avancée de ce qui existe sur ce qui n'existe pas. Pas de fond blanc, donc, juste ce qui existe qui prend de plus en plus de place. De place dans quoi? Sais pas, de place, tout court.
On s'étonne ensuite qu'Einstein crût en Dieu.
Dieu, celui qui Sait. Qui sait comment ça marche, qui a les réponses à toutes les questions jamais posées par les Hommes. D'avoir quelqu'un, quelqu'un avec des traits humains, des mains (d'où s'échappent de la lumière, mais quand même), un visage, une barbe, d'avoir quelqu'un à qui l'on peut s'identifier et qui Sait. Qui pourrait jeter un oeil sur les travaux d'Einstein, justement, et corriger en 10 minutes avec un Bic rouge.
14/20. M. Einstein, soignez la présentation.
C'est rassurant, un Dieu, devant l'immensité. C'est rassurant de croire qu'il existe des formules qui nous aident à comprendre l'incompréhensible, à reprendre le contrôle sur un phénomène qui nous échappait jusque-là. Difficile d'accepter d'être le fruit d'un hasard spectaculaire et fabuleux. Des êtres avec des cheveux dans une mer de roche, de gaz. Et comme si ce n'était pas déjà assez fabuleux, certains d'entre nous ont même des cheveux blonds.
Mais où va-t-elle avec ce billet? Elle ne le sait pas, elle a le vertige devant l'énormité. C'est parce que j'ai vu un film, pardonnez-moi.
C'est un vertige que me donne aussi, à échelle infinitésimalement plus petite, le système économique mondial qu'on a choisi. Le capitalisme. Qui comme l'univers, prend sans cesse de l'expansion. De pays développés en marchés émergents en pays sous-développés. Contrairement à l'Univers, le marché a cependant des limites terrestres bien visibles.
Quand j'imagine le capitalisme qui croît, je zoom out, et je vois une tache de jus qui s'étend, et qui finit par recouvrir la Terre. Mais c'est tout, je vois la fin, la limite où l'expansion n'est plus possible.
Le capitalisme pour lequel de grands cerveaux cherchent (et trouvent parfois) des formules. Des corrélations. Saisir la bête, la dompter, anticiper ses coups de cornes.
Mais, alors que c'est l'Univers et le mouvement qui l'anime qui ont créé les hommes avec des cheveux, ce sont les hommes avec de grandes idées sous les cheveux (ici s'applique cependant la théorie de la relativité, comme dans relatif), qui ont créé le capitalisme, et le mouvement qui l'anime.
L'Homme, éternel control freak qui crée l'incontrôlable.
On s'étonne ensuite que les hommes avec des cheveux (particulièrement ceux avec beaucoup de cheveux et souvent de la barbe) croient en Dieu. Pas le choix. Sinon quoi? La tache de jus qui s'étend et qui laisse au hasard la pitance de demain.
De retour pour vous dire ça? Ben oui. De retour une fois par semaine, mais pas de voyage (pour l'instant). On essaye?
mardi 12 juin 2012
La vie dans l'eau vaseuse
Venise, 25 mai 2012
À Venise, le rythme est lent, comme pour ne pas déranger la cité qui a jusqu'à maintenant oublié de couler. Lentement, on a marché à l'ombre des ruelles pour rejoindre l'appartement de Giuglia, qui nous laissait son grand lit rose pour notre unique nuit à Venise. On a trouvé l'adresse sans trop de mal, dans un cul-de-sac adjacent à l'un des 10 000 «campos» de la ville. Partout ailleurs en Italie on dirait «piazzas» (places), mais les Vénitiens, en bonnes têtes de mules qui vivent sur la mer, ont préféré les appeler «campos» (champs). La seule verdure qui pousse pourtant dans la ville est accrochée aux fenêtres et aux balcons: des boîtes à fleurs pleines de pétunias et de géraniums odorants.
On a gravi les interminables escaliers jusqu'au 3e étage de l'immeuble au rez-de-chaussée inhabité, humide, et glauque. Belle surprise tout en haut: un grand appartement lumineux qui laisse entrer les gracieux toits de tuiles de la ville par les fenêtres.
Giuglia est rentrée exténuée de son examen de russe et on est parties les trois filles faire le tour des incontournables de la ville en se frayant littéralement un chemin entre les hordes de touristes. 60 000 habitants à Venise, 100 000 touristes par semaine. Le festival de St-Tite tous les jours. Pas de roulottes sur les «champs», mais du mauvais goût, ça oui.
— Giuglia, ils travaillent où, les 60 000 habitants de Venise?
— Dans les boutiques, les cafés, ou bien l'administration publique.
Presque pas d'entreprises ou d'industries implantées dans le coin. Une ville par et pour les touristes. On a croisé quelques bateaux-bulldozer-pépine, alors je dirais qu'il y a aussi des gars de la construction, à Venise.
— La ville a besoin de beaucoup d'entretien parce qu'elle se détériore rapidement. Donc sans l'argent des touristes, elle ne serait pas aussi belle.
C'est un point de vu, sitôt obstrué par le chapeau Tilley qui scrap ma photo. Pas sûre, que Venise est plus belle grâce aux touristes.
Pour fuir la foule, Giuglia nous a emmenées manger une pointe de pizza sur la place étudiante. On est montées dans le pavillon administratif de l'université où elle est venue de la Sardaigne pour étudier. De la salle de travail, on avait vue sur le Grand Canal
OK. C'est vrai, que Venise est belle. Malgré les canaux où flottent des algues qui ondoient comme des cheveux de cadavre dans l'eau vaseuse.
On est passées par le Rialto pour rentrer, et on s'est arrêtées quelques minutes pour regarder passer les bateaux.
— Une chose qu'ont en commun tous les Vénitiens, c'est d'être terrorisés en voiture.
Normal. Parce que, dans l'eau, tout est plus lent. La course du bateau, les virages, les arrêts. Les villes de voitures doivent leur paraître bien surexcitées. Les Vénitiens ont une autre conception du mouvement, obligés d'aller à pieds, ou dans l'eau.
On a fini la journée (et la nuit) au bar où Silvio travaille chaque soir à brasser des cocktails aux pommes à vous casser les genoux. Sur le bras du patron, en plus.
Le lendemain matin, la bouche sèche et la tête qui bourdonne, c'était l'heure des adieux qu'on espère toujours être des au revoir. On aurait voulu plus de temps, on aurait voulu, on aurait voulu.
On a parcouru le pays pendant deux semaines, de ville en ville, à 200 km/h dans le train. Un petit marathon qui nous laissait juste assez de temps pour voir l'essentiel, et trop peu de temps mort pour y revenir, justement, à l'essentiel. Entourée des hordes de touristes qui vont de site en site en suivant le programme du jour, je me suis mise à souhaiter qu'on vive la vie, et le voyage, lentement. Comme si on naviguait sur des canaux vaseux.
Photos:
- Le Grand Canal.
- (Bis)
- Les gracieux toits de tuiles et leurs gracieuses antennes par la fenêtre de la salle de bain.
- Une gondole contre la hausse.
Libellés :
cocktails aux pommes,
Giulia,
Grand Canal,
Italie,
lenteur,
Venise
dimanche 10 juin 2012
Entre deux eaux
Tout à coup, au sortir d'un interminable tunnel ferroviaire, un flash de la Méditerranée qui brille en bleu sous le soleil aveuglant, des fleurs des champs multicolores accrochées aux falaises comme des suicidées qui auraient changé d'avis au dernier moment.
L'an dernier, de sévères inondations ont provoqué des glissements de terrain entre les villages médiévaux qui composent le parc national des Cinque Terre, détruisant au passage des vies et le sentier côtier, où les Japonaises se baladent en robe longue en souriant pour la caméra devant la mer. Impossible de ne pas imaginer les immenses coulées de boue dans l'eau azur.
Le premier village des cinq, Riomaggiore, est joli, avec ses volets verts qui s'ouvrent sur des visages de scèneux qui tiennent à l'oeil la rue principale, toujours pleine de touristes. En bande sonore, les rebondissements incessants des roulettes de valises sur le pavé.
On avait réservé une petite chambre que l'on ne savait pas si haut perchée dans le village médiéval construit au creux d'une baie. Il fallait monter par-delà le vieux château et dépasser la grande croix sous les arbres en ne manquant pas de prendre le soleil plein la gueule et de faire une photo mentale des vagues qui viennent se briser avec furie tout en bas, dans un vacarme comme un long soupir. Une mini rando à chaque fois, ce qui n'était pas plus mal puisqu'on a trop mangé au petit restaurant adjacent à la marina, la face au vent, sur la terrasse.
Des crevettes comme on ne savait pas qu'il en existait, en abonnées des couronnes décongelées des buffets des Fêtes. On a craqué les pinces en aspirant la chair tendre et sucrée et en se demandant comment on pouvait en venir à décortiquer une crevette comme un homard.
Pour dessert, un flan aux fruits des champs et un grand slim en short de marathonien qu'on a espionné alors qu'il transportait des caisses d'eau vers la descente de bateau. Des jambes fines et dorées, et un regard brillant ridé de soleil au-dessus d'une barbe noire. On l'a trouvé sexy. Comme l'Italie.
Comme la dernière fois, le serveur nous a offert le Limoncello. Ça vaut la peine, de voyager avec une soprano du sourire qui fait exploser les coeurs comme du cristal.
Poussées par le digestif, on est allées regarder mourir les vagues sur la digue alors que des bonshommes taquinaient le poisson dans le couchant. La digue de Riomaggiore: des morceaux de granite empilés dans une langue qui s'avance lourdement dans la baie pour caresser les vagues, construite pour protéger le petit port.
On s'est assises sur les rochers pour prendre la nuit comme elle venait, perdues dans nos pensées, pas envie de réaliser que le voyage tirait à sa fin.
J'ai songé à la nature, qui règne en maître sur le parc national. D'un côté, l'assaut du large et l'eau salée qui s'éclate la gueule sur la digue dans un tourbillon d'écume, de l'autre, les nuages paresseux qui s'accrochent aux flancs des montagnes et qui menacent de décharger des trombes, transformant les vignobles en terrasse en rizières et la rue principale en canal Lachine. Cinque terre entre deux eaux, comme nous, souvent, et surtout en voyage.
Libellés :
Cinque Terre,
crevette,
Italie,
Riomaggiore,
short de marathonien,
voyage
vendredi 8 juin 2012
La pluie
Florence, 20 mai 2012
Arrivées à Florence sur le tard, on a marché sous la pluie sur le boulevard jusqu'à l'hôtel, un sourire béat sur le visage. Notre train avait pris deux heures de retard et on était heureuses de s'extirper du wagon où ça sentait la lotion après-soleil. L'air était doux et le crachin nous ravigotait.
Le gars de l'accueil portait un gilet de laine à motifs brun et taupe et le tapis rouge de l'escalier sentait la friture. Au-dessus du comptoir de la réception, une Vierge Marie poussiéreuse veillait sur les visiteurs.
On a déposé nos sacs et on est reparties, à la recherche d'un restaurant ouvert le dimanche pour repaître nos ventres insatisfaits par le sandwich de pain sec et salami du midi. Cheveux mouillés, on a commandé des pâtes avec les yeux du serveur dans mon décolleté, et notre demi-litre comme un rituel.
Comme à la maison quand il pleut, on a eu envie de cinéma. Alors on a pris deux tickets et on s'est calées dans de gros bancs de velours rouge. Les pubs étaient commencées. On s'est mises à chercher des bribes d'italien qui avaient du sens dans nos cerveaux de vin rouge et de retard ferroviaire. Johnny Depp est apparu dans sa splendeur laiteuse dans le dernier Tim Burton dont j'ai compris quelques jokes et une histoire assez vide.
Quand on a émergé du cocon de velours rouge, il tombait des cordes, pour nous narguer. J'ai fait un tour aux toilettes avant de me tromper de porte pour tomber sur le placard.
On est sorties du ciné en pressant le pas dans un éclat de rire. On est rentrées à l'hôtel dans le son des canalisations et des gouttières où s'engouffraient les torrents qui mouillaient nos Converses. J'ai fait un clin d'oeil à la Sainte-Vierge en passant. Humide dodo sous le Duomo, dans l'odeur de l'après-soleil.
Photos:
- C'est lundi, les musées sont fermés. Florence couleur terre sous les nuages.
- Il Duomo dans la pénombre, au sortir d'un repas de délices dans une trattoria où les vieux vous servent en souriant, vous lancent la serviette sur les genoux et arrosent votre soupe d'huile d'olive.
- Une pause sur le perron de l'église.
- Un saint et son halo.
jeudi 7 juin 2012
Les vacances
Naples, 19 mai 2012
On a passé la journée à la plage après une ride de traversier à travers la baie de Naples, entre les petits pois d'îles volcaniques comme des éponges noires qui pataugeraient dans le bleu.
Comme de vraies touristes, on a rigolé en jouant dans l'eau avec de jeunes Italiens les hormones dans le tapis. On a ri d'Ivo et de son corps aux mouvements saccadés, comme incontrôlables. De ses talons qui ne touchent jamais le sol quand il marche dans ses gougounes orange. Il portait du fluo de la tête aux pieds avec des Ray Ban oversized bleu et noir. Et chantait «Vamos a la playa».
On est montés sur la colline pour sauter la clôture qui bloque l'accès au pont. Il ventait dans nos cheveux pleins de sable. De là-haut, Ivo s'est jeté dans la mer. Pour faire son tough devant les Canadiennes, Fabio a suivi en grelottant. On s'est trouvé un spot sur la pierre noire et poreuse pour lézarder au soleil. Les gars ont dormi sur la plage pendant que Fanny prenait une marche et que je chassais le poisson plat et bizarre qui se cachait dans le sable.
Ivo a raconté qu'il venait passer tous ses étés avec la famille ici, à Procida, jusqu'à ses 18 ans. Nostalgique à 21 ans.
- Dong! Dong! Ding!
Il nous a expliqué que l'horloge du village sonne les heures avec des «Dong» et les demi-heures avec des «Ding». Au quatrième «Dong» on est rentré au port pour attendre le traversier et manger des granitas au citron comme si on avalait la mer et le soleil et le bonheur à la fois.
On est rentrés en bateau, escortés par une garde de goélands qui tournaient la tête de gauche à droite dans notre sillage, en laissant les maisons pastels et les citronniers derrière nous dans la baie bleue. On n'a pas dit un mot du trajet, les yeux fixés sur l'horizon.
En rentrant à l'hôtel, on ne s'est pas trop étonnées de croiser une manif dont le thème était: «La mafia c'est de la merde». La mafia, on connaît, on habite le quartier espagnol.
Comme on a vécu dans le déni en se passant de crème solaire, on a attrapé des coups de soleil carabinés. Ça chialait le soir sur la terrasse. Pour calmer la douleur et la chaleur, on a vidé une bouteille de rouge. On plantait notre couteau dans de la mozzarella qui suintait comme une sainte relique et qui ne goûtait rien de moins que le ciel.
Manuela a envoyé quelqu'un nous chercher: c'était la fête en bas pour la San Ivo, la fête du même nom que le jeune homme. En Italie on vous donne des cadeaux et à votre anniversaire, et à celui du Saint qui porte votre nom. On a préféré rester dans la nuit napolitaine, sur la terrasse pleine de plantes vertes. On s'est endormies dans notre lit, sur un fou rire de filles fatiguées et pleines de mozza et de vino.
vendredi 1 juin 2012
Autosuffisant
Naples, 18 mai 2012
À 8h30 tapant, même pas eu le temps de finir notre café au lait qu'Ivo nous attendait, guitare sur le dos. Il nous a traînées dans un bus le long de la côte jusqu'au bout de la baie, pour la vue sur Ischia et Procida, deux petites îles volcaniques plongées dans la Méditerranée toute bleue.
Un parc plein de fleurs, de joggeurs et de types en shorts qui font du yoga. La Naples des nantis. Juste de l'autre côté de la pointe de la baie qui se termine en falaise, un immense site industriel en friche. Une ancienne sidérurgie qui a plié bagages et laissé la ville dans le trouble. Une quinzaine d'années et encore rien de neuf sous le soleil. Bling ghetto gangsta, disait-on hier. Ivo avait honte de nous montrer cette facette de sa ville, alors il a insisté pour qu'on regarde plutôt le splendide paysage de la baie.
Il a parlé. Sans s'arrêter. Nerveusement, avec des gestes incontrôlables. De ses études en biologie marine, de sa crainte de devoir déménager pour trouver un emploi décent. Il a Vancouver dans sa mire pour son master, après quoi il veut retrouver sa Napoli chérie.
- Ici, je peux travailler avec les tortues marines dans un centre financé par l'État, mais c'est tout. Ça ne paie pas très bien. Mais je voudrais vraiment rester ici, près des miens.
C'est sa seule option. Si ça ne marche pas, il va devoir quitter sa famille. De sa famille, ça aussi, il en a parlé, parlé, parlé, en gesticulant. De son père qu'il n'a jamais connu, des deux femmes formidables qui l'ont élevé. De comment il est devenu l'homme de la maison. J'ai voulu l'aider à ranger sa guitare et la couverture qu'il avait apportée pour qu'on traîne dans le parc, et il a refusé catégoriquement.
- I am a self-sufficient man.
Textuellement. Eh ben. Ramasse-la tout seul, ta couverte, chose. Puis il a continué de parler, en tassant la mèche de cheveux qui lui chatouillait le nez. De l'importance de pourvoir la famille. D'être responsable des êtres qui nous ont élevés, ou qui nous ont supportés. Il est resté avec son ex-copine pendant un an même s'il ne l'aimait plus, parce qu'il voulait la préparer à son départ. Ici, on s'engage pour la vie et on s'imagine devoir la Lune à ceux qui nous ont un jour rendu heureux.
Il n'a pas voulu que je l'aide à ramasser la couverture, peut-être parce que c'est le seul moment où il est indépendant, finalement.
Photos:
- Ivo.
- La pointe de la baie de Naples.
- Nos trois pizzas sur les rochers de la marina sous le soleil de plomb du midi.
Libellés :
baie de Naples,
culture,
indépendance,
Italie,
Italiens,
Naples,
tortues marines,
voyage
jeudi 31 mai 2012
Bling ghetto gangsta
Naples, 17 mai 2012
Les vitrines de vêtements bling ghetto gangsta le long du chemin entre la gare de Naples et le B&B achèvent de nous signifier qu'on a quitté la ville Éternelle pour la ville Neuve (à l'origine Neapolis, en grec). Ou plutôt la ville qui a déjà été neuve. Légèrement chaotique, à 1000 lieux de Rome la propre, la verte, la parfaite. Naples est grise, sale, a souvent besoin d'un coup de pinceau et n'a pas de règlement municipal contre les cordes à linge.
On a marché deux petits kilomètres pour retrouver notre hôtel sur une rue où, plutôt que de monter en chiffres pairs et impairs de chaque côté, les adresses montent la côte d'un bord, et la redescendent de l'autre bord. Ça donne quelque chose comme le numéro 10 en face du numéro 82. Quand l'adresse est inscrite. En vraies filles qu'on est, on s'est arrêtée dans un dépanneur pour demander notre chemin.
- Mi scusi, il numero cinquanta due? (Ben quoi, laissez-moi rêver que je parle italien.)
- La porte à côté, ma chérie, il faut sonner.
Un hôtel sans annonce à l'extérieur, un nom parmi les 20 autres des locataires de l'immeuble: I fiori di Napoli. Les fleurs de Naples.
Buzzzz.
- Hello! Third floor to the right!
On a monté les marches comme si on venait visiter un ami chez lui. Et on ne le savait pas encore, mais c'est effectivement un ami qui allait nous ouvrir la porte. Ivo. Jeune italien de 20 ans, qui vit avec sa mère Roberta, l'amie de sa mère, Manuela, et son chien Argo, un labrador noir qui est mûr pour sa visite annuelle chez le veto.
- Parce que c'est un labrador pur et qu'il est plus sensible aux éléments pathogènes.
Bienvenue chez nous. Deux grands appartements pour faire un B&B charmant, avec terrasse sur le toit et vue sur le Vésuve. Hallelujah. S'il finit par exploser, on sera aux premières loges pour voir le show de loin. On a trois étages de protection sous les pieds et de bons verres de contact.
Ivo nous fait faire le tour du proprio en nous parlant de son amour pour Vancouver, où il a passé trois semaines.
- Sais pas, c'est pas vraiment mon pays, Vancouver.
Manuela nous pointe des lieux sur une carte et on finit quand même par se perdre un peu dans la ville qui nous rentre droit au coeur, comme un enfant turbulent qui n'a besoin que d'un rêve à cultiver. On a sillonné les rues pleines de monde en s'arrêtant pour photographier chaque porte ouverte sur une cour intérieure et chaque mémé au balcon.
À un moment, on s'est jointes à un groupe de passants stationnés sur le coin d'une petite place, avec l'air d'attendre quelque chose. Les filles arrivaient en scooter pour grossir l'attroupement. On va attendre nous aussi, qu'on s'est dit.
Pow! Pow! Pow! Un type en costume est sorti d'une ruelle en tirant du pistolet vers un autre type en complet qui courait devant lui. On a capoté. Par une gymnastique quelconque, notre cerveau avait réussi à nous convaincre que c'était possible que le quartier connaisse la date et l'heure d'un assassinat commandé par la mafia et soit venu y assister dans la joie. Avant qu'on se rende compte que c'était un tournage.
Parce que, ben ouais, Naples, c'est la ville de la mafia. La Camorra. Ça marche bien, ce genre de truc, dans une ville où le taux de chômage pré-crise de l'euro tournait autour de 24%. Tout le monde à Naples est un peu croche. I fiori di Napoli est situé dans le quartier espagnol, le quartier chaud où les petits gangsters sont légion.
- Quand quelqu'un m'emmerde, je lui dis que je suis du quartier espagnol, et tout à coup, il se calme, au cas où j'aurais des connexions, raconte Ivo.
Le B&B caché, pas de pancarte, pas de permis, on imagine. Pas d'impôt, probablement.
J'ai déjà parlé de mafia. J'en parle encore. Parce que ça en dit long sur le comportement des Italiens. Le pays s'est unifié sur le tard. Avant, c'était une ville contre une autre, et dans le chaos, on ne pouvait faire confiance qu'à la famille. La Famiglia. D'abord contre le pouvoir en place qui exploitait. Puis après, avec le pouvoir en place, pour exploiter. Pour prévenir que la famille ne soit attaquée par une autre famille, il faut donc entretenir son image. D'où le «pomponnage» à outrance, l'étalage du luxe, la grosse voix. L'honneur.
Puisqu'on est Canadiennes de passeport, Ivo a offert de nous guider gratos à travers sa ville chérie. OK, qu'on a dit, mi-amusées, mi-craintives. Demain 8h30. Et on passera l'après-midi à Pompéi (ou ce qui en reste), pour dire que l'honneur ne vaut rien devant la force insensée de la nature, mais vous sauve le cul quand c'est la loi de la jungle dans la ville.
Photos:
- Mmmm des draps blancs et propres.
- Une mémé qui attend elle aussi que le type sorte en tirant du pistolet. Et moi, encore innocente à ce moment, qui la photographie en me demandant ce qu'elle peut bien regarder la main dans le front comme ça.
- Des petits qui jouent au soccer dans une des centaines de ruelles étroites de Naples.
- Une porte ouverte sur une cour intérieure.
Libellés :
Camorra,
I fiori di Napoli,
Italie,
Naples,
pomponnage,
voyage
mercredi 30 mai 2012
Saint lavabo
Le 16 mai 2012
- On veut aller voir le musée du Vatican demain, et on a entendu dire que c'est moins achalandé le mercredi matin parce que le pape fait son sermon. C'est vrai?
- Sais pas... le pape, c'est pas pour nous qu'il parle!
Cristina et son chum rigolaient bien quand on leur a parlé du pape. Non, ils ne vont jamais écouter son sermon hebdomadaire. D'ailleurs, la poignée de jeunes Italiens qu'on a rencontrée n'est pas catholique. Parfois, ne croit pas en Dieu.
En partant très tôt, on s'est dit qu'on éviterait les foules de toute façon. On est arrivé sur une place St-Pierre au quart pleine de fidèles avec des pancartes. Comme on était derrière, je n'ai pas vu ce qu'elles disaient. « Ben, I want your children », peut-être. C'était bel et bien vrai: le pape allait sortir sur le perron de la basilique dans quelques heures.
Alors, on a défilé entre les riches murs du musée, à regarder les peintures des plus grands artistes italiens. Un peu confuses, comme exclues de cette complicité dans la foi qu'ont les oeuvres d'art qui y sont exposées. J'ai flashé sur une scène où Thomas est à l'écart de la Vierge et d'un groupe d'admirateurs, l'air pas sûr. Je me suis rappelé à quel point ils ont été wise d'inclure dans la Bible un sceptique converti. Du coup, tout devenait crédible. Béton. On se fiait à Thomas pour avoir vérifié. Thomas qui ne croyait rien sans l'avoir vu de ses yeux vu. Mon métier c'est un peu d'être le Thomas du monde. Mais ne vous fiez jamais qu'à moi pour vérifier, parce que je me trompe souvent. Comme Thomas.
Exténuées par cette matinée de tapisserie à crucifix et de chapelle Sixtine bondée, on a fini par prendre une pause dans la cour intérieure avant d'aller faire un tour au sermon du pape. On a mangé des fraises sucrées après quoi j'ai roupillé un peu. Pas que ça m'emmerde, l'art religieux. Mais oui.
- Outch!
J'ai ouvert les yeux pour lancer un regard accusateur à celui qui venait de me lancer un truc sur la tête avant d'apercevoir une mouette de dos qui poursuivait son chemin. Merde.
Fanny a bien rit et moi je me suis lavé les cheveux dans un saint lavabo.
Il y a comme une douce revanche ces jours-ci pour les générations menées par le bout du nez par le curé du village; on peut se mêler des affaires du pape grâce au «Vatileaks», cette affaire de documents confidentiels et embarrassants coulés par le majordome du Saint-Père en chair et or.
La morale de cette histoire, c'est que si vous gavez les mouettes de vos idioties trop longtemps, elles finissent toujours par vous chier sur la tête.
Photos:
- La Place Saint-Pierre pré-pape, au petit matin.
- La Place Saint-Pierre avec un petit pape au loin.
- Un bébé sans yeux au musée du Vatican.
mardi 29 mai 2012
Le pouvoir
15 mai 2012
Pour marcher, on a marché. Rome se parcourt à pied (ou en scooter rose). Cassez vos Converses neuves avant de venir, parce que vos talons vont perdre la bataille. On a marché des kilomètres magiques dans la ville qui a l'air de se promener en permanence avec son metteur en lumière personnel.
- Pas comme ça ma chérie, tourne un peu la tête, ouais, voilà, sublime, sublime!!
La lumière aime Rome dont elle découpe tous les détails. Pas un coup d'oeil qui n'est pas un aperçu de la perfection, une porte vers un monde meilleur. Chaque point de vu travaillé à l'exacto, et on cache le rebord qui s'effiloche avec une rangée de peupliers. Des parcs surélevés comme autant de petits Mont-Royal pour vous permettre de soupirer encore sur la ville vue d'en haut. Rome n'a pas de meilleur profil. Elle EST son meilleur profil.
Les Italiens communiquent. On attendrait un adjectif ou un complément à la fin de cette phrase, mais non, il n'y en a pas qui saille. Ils communiquent. Point. Ils crient. En criant, ils accentuent l'avant-dernière syllabe. Et comme si ça n'était pas assez pour se faire comprendre, ils gesticulent en plus. Et parfois, par-dessus le marché, ils touchent. Même les jeunes spécimens ne sont pas épargnés: ils se racontent le contenu de leur boîte à lunch en criant.
- Un sandwich au salaaami!!!! (pince en l'air, bras secoué)
Ça fait que les animateurs crient eux aussi. Un joyeux bordel dans un aquarium un après-midi de groupe scolaire. Même les hippocampes italiens hennissent.
Mais qu'ont-il donc de si important à dire? Je n'ai pas encore compris. J'ai pensé à un moment que leur façon de parler en disait long sur leur conception de la vie. Exubérante, pleine, excessive. Un engouement (ou une colère) qu'on ne peut exprimer qu'à la manière italienne, en y mettant tout son corps.
Et puis après, en bonne étrangère qui connait bien ses clichés, j'ai pensé à la mafia. Le crime organisé qui régit le pays (et un peu de nôtre aussi), et qui est né dans le désordre des régions désunies d'une Italie sans gouvernement fort. La nécessité que le message passe pour s'attirer le respect, et tenir les autres à distance. Comme un Schnauzer qui aboie parce qu'il a les dents trop courtes.
La vérité est peut-être quelque part entre les deux réflexions, ou pas du tout. Reste l'odeur sucrée des fleurs du mois de mai et les conversations qui sonnent comme des chansons dans les rues splendides de Rome.
Rome qui en met plein la vue, comme le ton des italiens. Rome qui était le centre du monde pendant des siècles. C'était un temps où l'urbanisme et l'architecture pouvaient t'aider à gagner des guerres en impressionnant l'ennemi, qui pensait que si tes bâtisseurs pouvaient faire ça, tes stratèges devaient être menaçants. Aujourd'hui, le pouvoir, c'est plus la grande gueule, ni les corniches sculptées dans le marbre, c'est les sous. Et ça, l'Italie n'en a plus.
Libellés :
Colisée,
communiquer,
hippocampes,
Italie,
Italien,
pouvoir,
Rome,
voyage
lundi 28 mai 2012
Une petite renaissance
Rome, 14 mai 2012
Un sourire dans la face tout le long du trajet entre l'aéroport et le centre-ville. Un sourire tout doux comme le rayon de soleil qui se dissout dans la vitre de l'autobus. La végétation en vert émeraude qui annonce le sud, les bâtiments ocre sous la lumière de l'après-midi. Le long de la route, des arbres hauts et plats comme des galets qui rendent les vieux bouts de ruines photogéniques.
Arrivée à la gare. Notre air de voyageuses expérimentées au-dessus de leurs affaires attire une perdue qui veut savoir comment rejoindre son hôtel. Elle nous suit partout comme un petit chien à roulettes (rrrrrrrrrr, bruit de valise sur le pavé).
Étape numéro un: mettre le nez en dehors de la gare. Voyager, mademoiselle, c'est aussi être mêlée dans les transports. Nous, on a le sens de l'aventure, nananère.
On doit prendre un autre bus pour rejoindre l'appartement de Cristina, chez qui on va dormir pour les trois prochains jours.
Deux nounounes qui essaient de rentrer leur billet de bus dans la fente pour la monnaie. Un monsieur plein de compassion qui pointe une autre machine du doigt. Deux nounounes qui comptent les arrêts et qui, beaucoup moins rigoureuses que le nain de Fort Boyard qui comptait les clés, ne sont pas certaines d'être rendues à 3 ou à 4; ça va être beau, faut se rendre à 13. Re-monsieur plein de compassion, un franco-italien, qui se retourne l'air amusé, pour nous rassurer: il va nous indiquer où descendre. Rire jaune. Voyager, mesdemoiselles, c'est aussi être mêlées dans les transports. Et une leçon d'humilité.
Rome qui sent la machine à laver. La mozzarella dans la pizza roulée de Fanny et la fleur de courgette frite avec de la pâte d'anchois.
Le ventre plein, on rentre à la maison, dans ce petit appartement humide où il faut forcer comme des dingues pour fermer à clé de la porte de la salle de bain, pour éviter que le chum de Cristina nous surprenne sous la douche (ou mieux, sur le bol, ou en train de tester le bidet). Sur la tablette au-dessus du lavabo, des bouteilles de parfum à moitié vides. Sur les 4 ou 5 flacons, au moins 3 parfums d'homme. Des dizaines de produits pour les cheveux. Bienvenue en Italie. Hmm. Je voudrais tout à coup que mes guenilles soient moins Gandhi et plus Gucci.
On s'endort déjà, encore un sourire accroché aux coins des lèvres. Pour demain, des ronds sur une carte et nos pieds pour marcher dans la ville Éternelle, vers une petite renaissance.
Photos:
- Mes pieds qui sont repartis se dégourdir deux semaines en Italie. Revenez ici souvent dans la prochaine semaine, y aura du neuf.
- Oh-so-chic-Italian!
- Mignonne compagnonne sur une Piazza romaine dessinée par Michelangelo.
- Des ruines à contre-jour. Vous pouvez jouer à «Trouver le petit palmier».
Libellés :
bidet,
Italie,
Michelangelo,
Rome,
transports,
voyage
lundi 16 avril 2012
Le redoux
St-Paul d'Abbotsford, Québec
Le temps doux a atterri à Montréal-Trudeau il y a quelques jours. Valise en main, il rentre au pays, avec les outardes. Rien n’a changé. Mais tout est à faire refleurir. Il reprend son jardin là où il l’avait laissé en septembre.
Le temps doux donne le signal pour le tune up avant la saison des gougounes. Je l’ai déjà dit: on ne pense à rien, en gougounes. Les soirs de campagne, ça sent le feu de branches. La merde à répandre dans les champs. C’est le temps de faire le tour de ses bébelles et de se demander si on fait une autre année avec, sans toucher à rien. Si on doit réparer, rénover. Ou si c’est bon pour la scrap. Canadian Tire a compris que le dilemme est récurrent: chaque année, c’est le temps des soldes sur les tondeuses. Pour rendre la troisième option plus alléchante.
- Enweye, t’auras jamais vu ça, un beau gazon de même.
Un retour à la maison après des mois d’absence, ça a l’effet du redoux sur les humeurs. Tout à coup se met à clignoter le voyant jaune qui appelle au tune up. Si on est chanceux, on se rend compte que notre vie, comme elle est, peut encore tenir le coup quelques années. On la trouve encore belle, et on n’est pas gêné de la montrer à nos voisins. Parfois, il faut passer une ou deux fins de semaine en salopette et calotte du Grand Prix à rafraîchir la peinture. Si on l’a trop négligée, il faut continuer ce qu’on avait forcément commencé parce qu’on a entamé le voyage; il faut en remplacer des grands bouttes.
J’ai sorti ma salopette. Et, bizarrement, ce sont des vieux fonds de pots qui donneront un coup de jeunesse à ma vie. Des couleurs pas piquées des vers qui traînaient dans un coin.
Alors, vous rénovez, vous, ce printemps?
Libellés :
Canadian Tire,
rénovations,
retour,
Temps doux,
vie
lundi 19 mars 2012
Femmes, hammams et thé à la menthe
Bruxelles
— On y va comment là-dedans, en maillot de bain?
Ça a été la première question que j'ai posée quand Solène m'a invitée au hammam samedi soir.
Première fois dans ce monde à part, plein de steam, de peau morte, de tuiles colorées et de robinets de laiton. La pause santé des Marocaines. Et elles sont donc fières de nous montrer comment on doit faire. Savon noir, vapeur, gant de crin.
On en sort déshydratées comme le Vieil homme d'Hemingway après sa lutte avec le poisson, mais douces comme des dattes fraiches. Les femmes y vont entre mère et fille, entre cousines, entre voisines.
J'en ai déjà parlé dans ce billet sur les bains publics de Vashisht, en Inde: je trouve cette activité entre femmes très belle. Pleine d'un féminisme qu'on oublie souvent, entre les discours sur le voile intégral et l'acide au visage des écolières afghanes.
— Ce qui me frappe chaque fois, c'est ce contraste entre la culture du port du voile et cette liberté totale que les femmes affichent au hammam. Elles sont très à l'aise avec leur corps.
Solène est une habituée des hammams, qui en France comme en Belgique font des avant-midis beauté très peu cher (le prix d'entrée du spa Balnéa m'apparaissait quadruplement insensé dimanche). Pour elle comme pour la grande majorité des Maroccaines, aucun problème quand vient le temps de faire sauter le soutif.
Moi, je l'ai gardé, malgré la mer de seins basanés. C'est moi qui est prude, ou bien c'est la culture nord-américaine? C'est moi, ou bien c'est notre féminisme assumé qui n'a pas encore fait son chemin assez creux pour nous libérer de la tyrannie du rapport au corps? A-t-on brûlé nos soutiens-gorge avant de les remettre pour ne plus les enlever? À méditer post-hammam, rhabillée, devant une théière de thé à la menthe.
* Un titre de billet à la Raphaële Germain, clin d'oeil à la chick-lit qui, malgré les apparences, est souvent tout sauf libératrice.
** Ben ouais, j'ai 10 jours de retard sur le 8 mars.
— On y va comment là-dedans, en maillot de bain?
Ça a été la première question que j'ai posée quand Solène m'a invitée au hammam samedi soir.
Première fois dans ce monde à part, plein de steam, de peau morte, de tuiles colorées et de robinets de laiton. La pause santé des Marocaines. Et elles sont donc fières de nous montrer comment on doit faire. Savon noir, vapeur, gant de crin.
On en sort déshydratées comme le Vieil homme d'Hemingway après sa lutte avec le poisson, mais douces comme des dattes fraiches. Les femmes y vont entre mère et fille, entre cousines, entre voisines.
J'en ai déjà parlé dans ce billet sur les bains publics de Vashisht, en Inde: je trouve cette activité entre femmes très belle. Pleine d'un féminisme qu'on oublie souvent, entre les discours sur le voile intégral et l'acide au visage des écolières afghanes.
— Ce qui me frappe chaque fois, c'est ce contraste entre la culture du port du voile et cette liberté totale que les femmes affichent au hammam. Elles sont très à l'aise avec leur corps.
Solène est une habituée des hammams, qui en France comme en Belgique font des avant-midis beauté très peu cher (le prix d'entrée du spa Balnéa m'apparaissait quadruplement insensé dimanche). Pour elle comme pour la grande majorité des Maroccaines, aucun problème quand vient le temps de faire sauter le soutif.
Moi, je l'ai gardé, malgré la mer de seins basanés. C'est moi qui est prude, ou bien c'est la culture nord-américaine? C'est moi, ou bien c'est notre féminisme assumé qui n'a pas encore fait son chemin assez creux pour nous libérer de la tyrannie du rapport au corps? A-t-on brûlé nos soutiens-gorge avant de les remettre pour ne plus les enlever? À méditer post-hammam, rhabillée, devant une théière de thé à la menthe.
* Un titre de billet à la Raphaële Germain, clin d'oeil à la chick-lit qui, malgré les apparences, est souvent tout sauf libératrice.
** Ben ouais, j'ai 10 jours de retard sur le 8 mars.
jeudi 1 mars 2012
Drrrrrrrrrr
Depuis deux semaines et pour encore une de plus il y a sous ma fenêtre une équipe de gars de la construction qui marteau-piquent de 8h à 16h. Drrrrrrrrrrrrr. Tous les jours. Même pas de casque, en plus.
Ça n'est pas si mal parce que ça m'a forcée à déménager dans la verrière pour écrire. La pièce qu'on avait fermée pour l'hiver et qui dans le redoux est redevenue habitable, couverture de polar et thé bien chaud indispensables. J'écris maintenant la face dans le ciel et dans les volées de mouettes. Drrrrrrrrr loin dans le background.
Les gars dans la rue réparent les canalisations sous les trottoirs. Le système de récupération de l'eau, apparemment. Les tuyaux coulent et sont inefficaces. Je suis toujours étonnée quand après quelques jours de drrrrrrrrrr je sors et je vois les trous béants des jours d'avant redevenus des trottoirs. Comme si de rien n'était. Drrrrrrrrrrrrr pouf! Un trottoir à nouveau.
C'est de la grosse job, enlever tout le pavé, crever l'asphalte pour remplacer les tuyaux par des neuf, pour réorganiser le fouillis. C'est pas jojo. Ça aurait été plus facile de creuser des rigoles. On aurait été bons pour un autre 2 ans.
Si je dois écrire dans la verrière, c'est que j'ai des articles à rédiger. Parce que je suis journaliste, depuis avril dernier, diplôme à l'appui. Je suis journaliste et ça m'a coûté 6 600 $ en frais de scolarité pré-hausse pour mes trois ans d'études.
Pendant mon passage à l'UQAM, il y a eu le « scandale de l'Îlot voyageur ». Mon université adorée, l'Université du peuple, avait perdu 300 millions de dollars dans ce projet de résidences étudiantes pour cause de mauvaise gestion et de débordements dans la construction. L'université s'embourbe dans l'immobilier, les tuyaux coulent, et c'est aux étudiants qu'on demande de sacrifier la bière.
En 2011, les journalistes ont enchaîné révélation sur révélation sur les magouilles de l'industrie de la construction et la complicité des élus. Les routes 30 % plus chères que partout ailleurs au Canada? La Commission d'enquête publique, celle que les Libéraux voulaient tant éviter? Les tuyaux coulent, disait-on.
Il y a un problème au royaume des finances publiques. Et c'est pas parce que je coupe sur la bière que ça va être réglé. La hausse des frais de scolarité, c'est une solution aussi débile que de remplacer un système d'évacuation de l'eau en creusant des rigoles en surface. Faudra le refaire dans 2 ans. Les tuyaux coulent, 'sti.
Ça n'est pas si mal parce que ça m'a forcée à déménager dans la verrière pour écrire. La pièce qu'on avait fermée pour l'hiver et qui dans le redoux est redevenue habitable, couverture de polar et thé bien chaud indispensables. J'écris maintenant la face dans le ciel et dans les volées de mouettes. Drrrrrrrrr loin dans le background.
Les gars dans la rue réparent les canalisations sous les trottoirs. Le système de récupération de l'eau, apparemment. Les tuyaux coulent et sont inefficaces. Je suis toujours étonnée quand après quelques jours de drrrrrrrrrr je sors et je vois les trous béants des jours d'avant redevenus des trottoirs. Comme si de rien n'était. Drrrrrrrrrrrrr pouf! Un trottoir à nouveau.
C'est de la grosse job, enlever tout le pavé, crever l'asphalte pour remplacer les tuyaux par des neuf, pour réorganiser le fouillis. C'est pas jojo. Ça aurait été plus facile de creuser des rigoles. On aurait été bons pour un autre 2 ans.
Si je dois écrire dans la verrière, c'est que j'ai des articles à rédiger. Parce que je suis journaliste, depuis avril dernier, diplôme à l'appui. Je suis journaliste et ça m'a coûté 6 600 $ en frais de scolarité pré-hausse pour mes trois ans d'études.
Pendant mon passage à l'UQAM, il y a eu le « scandale de l'Îlot voyageur ». Mon université adorée, l'Université du peuple, avait perdu 300 millions de dollars dans ce projet de résidences étudiantes pour cause de mauvaise gestion et de débordements dans la construction. L'université s'embourbe dans l'immobilier, les tuyaux coulent, et c'est aux étudiants qu'on demande de sacrifier la bière.
En 2011, les journalistes ont enchaîné révélation sur révélation sur les magouilles de l'industrie de la construction et la complicité des élus. Les routes 30 % plus chères que partout ailleurs au Canada? La Commission d'enquête publique, celle que les Libéraux voulaient tant éviter? Les tuyaux coulent, disait-on.
Il y a un problème au royaume des finances publiques. Et c'est pas parce que je coupe sur la bière que ça va être réglé. La hausse des frais de scolarité, c'est une solution aussi débile que de remplacer un système d'évacuation de l'eau en creusant des rigoles en surface. Faudra le refaire dans 2 ans. Les tuyaux coulent, 'sti.
Libellés :
hausse des frais de scolarité,
magouilles,
marteau-piqueur,
tuyaux
lundi 20 février 2012
Le cachalot
Dunkerque, France
On est descendu toute la gang chez Pacôme, tout près de la mer du Nord. Les parents de Pacôme ont une maison pleine d'espace, de lumière blanche. Ils ont mis la mer dans la maison, peut-être parce que c'est ce qu'il y a de plus inspirant dans la ville-cachalot, échouée sur la plage de l'ère industrielle.
On met plus de deux heures pour arriver à Dunkerque depuis Bruxelles. Il n'y a plus de frontière véritable entre la France et la Belgique. Pourtant, même sans les douanes, Jérôme, le papa de Pacôme, voit le pointillé sur la carte géographique. Jérôme se dit «petit architecte».
- Parce que contrairement à la Flandre, où ça marche bien et c'est prospère, à Dunkerque on fait des petits projets, de la restauration.
Après un petit café et un tour du proprio, on a sorti nos paillettes et nos vêtements fluo. Les deux heures de route, on les a faites pour le carnaval de Dunkerque. Chaque week-end, de janvier à avril, des milliers de Dunkerquois descendent dans les rues. Maquillés, fardés et colorés, ils entonnent des chansons grivoises en défilant.
Il règne alors dans la ville comme une euphorie, une liesse collective. Mi-clown, mi-travelos, les carnavaleux envahissent les rues, les bus, les balcons, les salons. Ça boit, ça chante, ça rit, ça pousse, ça se colle.
C'est une communion déjantée à laquelle participent mémé, pépé, bébé, père et mère. Et maire. Le maire de la ville lance des harengs du haut du balcon de l'Hôtel de Ville. Agglutinée en bas, la mer de monde se déplace en vague autour des poissons qui tombent et qui heurtent les chapeaux à fleurs. Une scène hallucinante qui rappelle les famines du Moyen-Âge où les rois lançaient des vivres du haut du château. Mais au lieu de brandir des parapluies multicolores, la foule brandissait des haches et des faux. Donne-nous à manger ou on te fait la peau.
Mais le carnaval de Dunkerque, c'est après le Moyen-Âge. Début du 17e siècle, pour être précis. La grande fête avait lieu avant le départ des marins qui allaient pêcher la morue près de l'Islande pendant des mois dans la mer impitoyable. Un nuage de confettis avant le crachin de la houle. Par tradition, on continue de carnavaler à Dunkerque.
À une petite qui s'excusait de marcher sur les pieds des gens, un gars a crié en riant par-dessus son épaule:
- Faut pas faire le carnaval si on veut pas se faire marcher sur les pieds!
Au carnaval de Dunkerque, en plus des paillettes et des vêtements fluo, il faut des chaussures de sécurité.
- Ne pas faire le carnaval? T'es malade, c'est toute ma vie, le carnaval!
Une très jeune fille. 16, 17 ans peut-être. Le carnaval de Dunkerque, c'est une trace colorée et pailletée sur le flanc de la ville-cachalot échouée. Le carnaval a gardé son sens malgré les siècles qui passent. Mais il y a de moins en moins de poissons pour Dunkerque dans cette économie mondialisée qui n'a pas fini de faire des villes-cachalot.
Libellés :
cachalot,
carnaval,
chansons grivoises,
Dunkerque,
hareng,
ville industrielle,
voyage
mercredi 15 février 2012
La grande dame
5 février 2012, Paris
Comme les gens qui fréquentent de belles personnes parce qu'ils croient que ça les rend plus beaux, j'ai arpenté les rues de Paris avec l'impression qu'elles me rendaient meilleure. Mieux habillée, avec plus de mots dans la tête.
Paris coule sur les gens comme un vernis. Ceux qui comme nous la quittent encore dans les vapes, sur le coup de foudre, emportent avec eux cette couche qui les fait briller un peu plus fort. Cette envie d'un peu plus de beauté qu'à l'habitude dans leurs jours, dans leurs soirs. Ceux qui restent assez longtemps voient le vernis craquer.
Paris, c'est cette grande dame qui vous foudroie par sa beauté, son verbe et son élégance. Si vous restez l'écouter quand elle a fini son show, vous vous rendez vite compte qu'elle fait semblant d'aimer le caviar et qu'elle a des tendances islamophobes.
lundi 13 février 2012
Métropolitain
Je voulais écrire un texte sur le métro de Paris, mais toutes mes photos sont plutôt tournées vers le ciel aujourd'hui. Et les lampadaires. La lumière. Ce billet en deviendra-t-il un sur la lumière dans le métro de Paris? Le voilà déjà qui dérive...
3 février 2012, Paris
Partout dans Paris, de petites bouches de métro, des escaliers tout simples qui font humblement leur chemin sous le trottoir. Une discrète rampe d'accès à l'en-dessous. Pas des entrées de métro comme des pavillons mégalos, comme celles de Montréal. Au-dessus des escaliers, ce drôle de sigle qui dit «Métropolitain», dans une écriture d'Halloween.
Dans l'en-dessous, des couloirs de tuiles blanches et des annonces placées dans de grands cadres dorés. Le Bon Marché, où j'ai cherché une tasse de porcelaine avant de me rendre compte que je n'avais même pas les moyens de prendre le risque d'en casser une en la soulevant pour regarder le prix. Le prochain film de Jean Dujardin, qu'on verra partout après les Oscars.
Dans le wagon silencieux tangue un joueur d'accordéon qui espère quelques pièces. Une dame ouvre un sac de chips au BBQ avec une bobby pin qu'elle a empruntée à son chignon tressé. Assis sur des bancs trop étroits et trop collés, les gens se lèvent pour laisser sortir ceux qui descendent au prochain arrêt au nom rigolo, comme La Motte-Picquet, paraît-il un marin français «au physique peu avantageux» (Wikipépé).
Le paradis, ça doit être un peu comme le métro de Paris. Du blanc, des panneaux pour se rappeler de ce qui se passe en haut, des chips au BBQ, un train... Et on laisse les sans-abris y dormir en paix les jours de grand froid.
Libellés :
Bon marché,
métro,
paradis,
Paris,
tuiles blanches,
voyage
vendredi 10 février 2012
La peau de taupe
Allez, on part la bande sonore avant de lire!
3 février 2012, Paris
On visite Paris pour boire des cafés en terrasse comme Bardot, du temps où elle se contrecrissait des phoques. En sillonnant les rues (lâchez-moi avec la vague de froid, please), on pense forcément à ces grands noms qui les ont foulées, marquées et souillées de leur génie.
On va au Flore, ex-repère d'une céleste mouture communiste parisienne, pour boire des cafés en payant la facture rendue amère comme l'espresso. Pour revoir encore Simone de Beauvoir et Ernest Hemingway écrire, penchés sur leurs cahiers.
J'ai acheté à Paris un journal rouge, un Moleskine, la marque d'Hemingway, justement. Je le sais parce que la compagnie prend la peine de glisser son Histoire dans la pochette de derrière. « De Van Gogh à Picasso », comme ils disent, les grands intellos et artistes du siècle dernier ont apparemment noirci des pages et des pages de Moleskine, et rien d'autre. Au Flore, notamment. On nous en avise, pour justifier que l'on paie ce cahier ligné une quinzaine d'euros. Moleskine, c'était le nom du tissu employé pour recouvrir les carnets, avant de devenir une marque déposée, en 1998. Donner du prestige à de la cuirette cheap en ajoutant « TM » au bout, et une histoire dans la pochette.
Mais ça marche. Vous devriez me voir chérir mon journal comme un objet précieux. Comme si parce que d'autres l'ont aimé avant moi, il devenait plus grand que lui-même. J'ai cette manie de trouver la vie plus vraie en sortant d'un bon film où un bon cinéaste m'a pointé du doigt ce qu'il fallait y voir. Il y a New York avant et après Woody Allen. Il y a Montréal, et le Montréal de Leonard Cohen. Les juifs ont l'oeil, pour les villes.
Au fond, ce qui donne de la valeur à mon Moleskine, c'est ce qui y sera écrit et griffonné. C'est aussi ce qui donnait de la valeur à celui d'Hemingway (pas que je fasse exprès d'accoler mon nom à celui d'Hemingway, voyons, qu'allez-vous croire là...). Rien d'autre. Du Hemingway sur du papier de toilette, ça sonne quand même plus grand que les hommes.
Paris, c'est comme les Moleskines. Elle est obligée de glisser son Histoire dans la pochette de derrière pour qu'on continue à la chérir comme un objet précieux. L'effet est intact.
Libellés :
Hemingway,
Moleskine,
papier de toilette,
Paris,
voyage
Inscription à :
Commentaires (Atom)
















