jeudi 7 juin 2012

Les vacances



Naples, 19 mai 2012

On a passé la journée à la plage après une ride de traversier à travers la baie de Naples, entre les petits pois d'îles volcaniques comme des éponges noires qui pataugeraient dans le bleu.

Comme de vraies touristes, on a rigolé en jouant dans l'eau avec de jeunes Italiens les hormones dans le tapis. On a ri d'Ivo et de son corps aux mouvements saccadés, comme incontrôlables. De ses talons qui ne touchent jamais le sol quand il marche dans ses gougounes orange. Il portait du fluo de la tête aux pieds avec des Ray Ban oversized bleu et noir. Et chantait «Vamos a la playa».

On est montés sur la colline pour sauter la clôture qui bloque l'accès au pont. Il ventait dans nos cheveux pleins de sable. De là-haut, Ivo s'est jeté dans la mer. Pour faire son tough devant les Canadiennes, Fabio a suivi en grelottant. On s'est trouvé un spot sur la pierre noire et poreuse pour lézarder au soleil. Les gars ont dormi sur la plage pendant que Fanny prenait une marche et que je chassais le poisson plat et bizarre qui se cachait dans le sable.

Ivo a raconté qu'il venait passer tous ses étés avec la famille ici, à Procida, jusqu'à ses 18 ans. Nostalgique à 21 ans.

- Dong! Dong! Ding!

Il nous a expliqué que l'horloge du village sonne les heures avec des «Dong» et les demi-heures avec des «Ding». Au quatrième «Dong» on est rentré au port pour attendre le traversier et manger des granitas au citron comme si on avalait la mer et le soleil et le bonheur à la fois.

On est rentrés en bateau, escortés par une garde de goélands qui tournaient la tête de gauche à droite dans notre sillage, en laissant les maisons pastels et les citronniers derrière nous dans la baie bleue. On n'a pas dit un mot du trajet, les yeux fixés sur l'horizon.

En rentrant à l'hôtel, on ne s'est pas trop étonnées de croiser une manif dont le thème était: «La mafia c'est de la merde». La mafia, on connaît, on habite le quartier espagnol.

Comme on a vécu dans le déni en se passant de crème solaire, on a attrapé des coups de soleil carabinés. Ça chialait le soir sur la terrasse. Pour calmer la douleur et la chaleur, on a vidé une bouteille de rouge. On plantait notre couteau dans de la mozzarella qui suintait comme une sainte relique et qui ne goûtait rien de moins que le ciel.

Manuela a envoyé quelqu'un nous chercher: c'était la fête en bas pour la San Ivo, la fête du même nom que le jeune homme. En Italie on vous donne des cadeaux et à votre anniversaire, et à celui du Saint qui porte votre nom. On a préféré rester dans la nuit napolitaine, sur la terrasse pleine de plantes vertes. On s'est endormies dans notre lit, sur un fou rire de filles fatiguées et pleines de mozza et de vino.

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