vendredi 1 juin 2012

Autosuffisant





Naples, 18 mai 2012

À 8h30 tapant, même pas eu le temps de finir notre café au lait qu'Ivo nous attendait, guitare sur le dos. Il nous a traînées dans un bus le long de la côte jusqu'au bout de la baie, pour la vue sur Ischia et Procida, deux petites îles volcaniques plongées dans la Méditerranée toute bleue.

Un parc plein de fleurs, de joggeurs et de types en shorts qui font du yoga. La Naples des nantis. Juste de l'autre côté de la pointe de la baie qui se termine en falaise, un immense site industriel en friche. Une ancienne sidérurgie qui a plié bagages et laissé la ville dans le trouble. Une quinzaine d'années et encore rien de neuf sous le soleil. Bling ghetto gangsta, disait-on hier. Ivo avait honte de nous montrer cette facette de sa ville, alors il a insisté pour qu'on regarde plutôt le splendide paysage de la baie.

Il a parlé. Sans s'arrêter. Nerveusement, avec des gestes incontrôlables. De ses études en biologie marine, de sa crainte de devoir déménager pour trouver un emploi décent. Il a Vancouver dans sa mire pour son master, après quoi il veut retrouver sa Napoli chérie.

- Ici, je peux travailler avec les tortues marines dans un centre financé par l'État, mais c'est tout. Ça ne paie pas très bien. Mais je voudrais vraiment rester ici, près des miens.

C'est sa seule option. Si ça ne marche pas, il va devoir quitter sa famille. De sa famille, ça aussi, il en a parlé, parlé, parlé, en gesticulant. De son père qu'il n'a jamais connu, des deux femmes formidables qui l'ont élevé. De comment il est devenu l'homme de la maison. J'ai voulu l'aider à ranger sa guitare et la couverture qu'il avait apportée pour qu'on traîne dans le parc, et il a refusé catégoriquement.

- I am a self-sufficient man.

Textuellement. Eh ben. Ramasse-la tout seul, ta couverte, chose. Puis il a continué de parler, en tassant la mèche de cheveux qui lui chatouillait le nez. De l'importance de pourvoir la famille. D'être responsable des êtres qui nous ont élevés, ou qui nous ont supportés. Il est resté avec son ex-copine pendant un an même s'il ne l'aimait plus, parce qu'il voulait la préparer à son départ. Ici, on s'engage pour la vie et on s'imagine devoir la Lune à ceux qui nous ont un jour rendu heureux.

Il n'a pas voulu que je l'aide à ramasser la couverture, peut-être parce que c'est le seul moment où il est indépendant, finalement.

Photos:


- Ivo.
- La pointe de la baie de Naples.
- Nos trois pizzas sur les rochers de la marina sous le soleil de plomb du midi.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire