Tout à coup, au sortir d'un interminable tunnel ferroviaire, un flash de la Méditerranée qui brille en bleu sous le soleil aveuglant, des fleurs des champs multicolores accrochées aux falaises comme des suicidées qui auraient changé d'avis au dernier moment.
L'an dernier, de sévères inondations ont provoqué des glissements de terrain entre les villages médiévaux qui composent le parc national des Cinque Terre, détruisant au passage des vies et le sentier côtier, où les Japonaises se baladent en robe longue en souriant pour la caméra devant la mer. Impossible de ne pas imaginer les immenses coulées de boue dans l'eau azur.
Le premier village des cinq, Riomaggiore, est joli, avec ses volets verts qui s'ouvrent sur des visages de scèneux qui tiennent à l'oeil la rue principale, toujours pleine de touristes. En bande sonore, les rebondissements incessants des roulettes de valises sur le pavé.
On avait réservé une petite chambre que l'on ne savait pas si haut perchée dans le village médiéval construit au creux d'une baie. Il fallait monter par-delà le vieux château et dépasser la grande croix sous les arbres en ne manquant pas de prendre le soleil plein la gueule et de faire une photo mentale des vagues qui viennent se briser avec furie tout en bas, dans un vacarme comme un long soupir. Une mini rando à chaque fois, ce qui n'était pas plus mal puisqu'on a trop mangé au petit restaurant adjacent à la marina, la face au vent, sur la terrasse.
Des crevettes comme on ne savait pas qu'il en existait, en abonnées des couronnes décongelées des buffets des Fêtes. On a craqué les pinces en aspirant la chair tendre et sucrée et en se demandant comment on pouvait en venir à décortiquer une crevette comme un homard.
Pour dessert, un flan aux fruits des champs et un grand slim en short de marathonien qu'on a espionné alors qu'il transportait des caisses d'eau vers la descente de bateau. Des jambes fines et dorées, et un regard brillant ridé de soleil au-dessus d'une barbe noire. On l'a trouvé sexy. Comme l'Italie.
Comme la dernière fois, le serveur nous a offert le Limoncello. Ça vaut la peine, de voyager avec une soprano du sourire qui fait exploser les coeurs comme du cristal.
Poussées par le digestif, on est allées regarder mourir les vagues sur la digue alors que des bonshommes taquinaient le poisson dans le couchant. La digue de Riomaggiore: des morceaux de granite empilés dans une langue qui s'avance lourdement dans la baie pour caresser les vagues, construite pour protéger le petit port.
On s'est assises sur les rochers pour prendre la nuit comme elle venait, perdues dans nos pensées, pas envie de réaliser que le voyage tirait à sa fin.
J'ai songé à la nature, qui règne en maître sur le parc national. D'un côté, l'assaut du large et l'eau salée qui s'éclate la gueule sur la digue dans un tourbillon d'écume, de l'autre, les nuages paresseux qui s'accrochent aux flancs des montagnes et qui menacent de décharger des trombes, transformant les vignobles en terrasse en rizières et la rue principale en canal Lachine. Cinque terre entre deux eaux, comme nous, souvent, et surtout en voyage.
Bravo bravo bravoooo Tu me fais rêver encore une fois :-)
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