mardi 29 mai 2012

Le pouvoir






15 mai 2012

Pour marcher, on a marché. Rome se parcourt à pied (ou en scooter rose). Cassez vos Converses neuves avant de venir, parce que vos talons vont perdre la bataille. On a marché des kilomètres magiques dans la ville qui a l'air de se promener en permanence avec son metteur en lumière personnel.

- Pas comme ça ma chérie, tourne un peu la tête, ouais, voilà, sublime, sublime!!

La lumière aime Rome dont elle découpe tous les détails. Pas un coup d'oeil qui n'est pas un aperçu de la perfection, une porte vers un monde meilleur. Chaque point de vu travaillé à l'exacto, et on cache le rebord qui s'effiloche avec une rangée de peupliers. Des parcs surélevés comme autant de petits Mont-Royal pour vous permettre de soupirer encore sur la ville vue d'en haut. Rome n'a pas de meilleur profil. Elle EST son meilleur profil.

Évidemment, on s'étonne des ruines millénaires au beau milieu de la ville. Des 'tits bouttes ici et là, des fois un gros boutte en forme de Colisée. Et les groupes scolaires italiens visitent les sites historiques par pochetée. Ils portent tous une casquette fluo et parlent très fort en pinçant les doigts contre leur pousse et en secouant le bras, la pince en l'air.

Les Italiens communiquent. On attendrait un adjectif ou un complément à la fin de cette phrase, mais non, il n'y en a pas qui saille. Ils communiquent. Point. Ils crient. En criant, ils accentuent l'avant-dernière syllabe. Et comme si ça n'était pas assez pour se faire comprendre, ils gesticulent en plus. Et parfois, par-dessus le marché, ils touchent. Même les jeunes spécimens ne sont pas épargnés: ils se racontent le contenu de leur boîte à lunch en criant.

- Un sandwich au salaaami!!!! (pince en l'air, bras secoué)

Ça fait que les animateurs crient eux aussi. Un joyeux bordel dans un aquarium un après-midi de groupe scolaire. Même les hippocampes italiens hennissent.

Mais qu'ont-il donc de si important à dire? Je n'ai pas encore compris. J'ai pensé à un moment que leur façon de parler en disait long sur leur conception de la vie. Exubérante, pleine, excessive. Un engouement (ou une colère) qu'on ne peut exprimer qu'à la manière italienne, en y mettant tout son corps.

Et puis après, en bonne étrangère qui connait bien ses clichés, j'ai pensé à la mafia. Le crime organisé qui régit le pays (et un peu de nôtre aussi), et qui est né dans le désordre des régions désunies d'une Italie sans gouvernement fort. La nécessité que le message passe pour s'attirer le respect, et tenir les autres à distance. Comme un Schnauzer qui aboie parce qu'il a les dents trop courtes.

La vérité est peut-être quelque part entre les deux réflexions, ou pas du tout. Reste l'odeur sucrée des fleurs du mois de mai et les conversations qui sonnent comme des chansons dans les rues splendides de Rome.

Rome qui en met plein la vue, comme le ton des italiens. Rome qui était le centre du monde pendant des siècles. C'était un temps où l'urbanisme et l'architecture pouvaient t'aider à gagner des guerres en impressionnant l'ennemi, qui pensait que si tes bâtisseurs pouvaient faire ça, tes stratèges devaient être menaçants. Aujourd'hui, le pouvoir, c'est plus la grande gueule, ni les corniches sculptées dans le marbre, c'est les sous. Et ça, l'Italie n'en a plus.

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