Bodrum
Je n'ai rien écrit depuis 4 jours. Ça coıncide avec le moment ou j'ai enfilé mes gougounes pour de bon; une fin de parcours le long de la splendide cote turque pour remonter jusqu'a Istanbul. L'ironie du titre de ce blog, c'est qu'en gougounes, on ne pense pas. J'en suis la preuve vivante.
Et tous les touristes, surtout Anglais a en juger par le ''british pub'' qui diffuse un match du Manchester United, en sont aussi la preuve. Depuis mon arrivée sur la cote, des monsieurs en speedo dans les rues de la ville bordées de maisons blanches. Des madames coup de soleil entre les bougainvillers. Des jeunes filles qui oscillent sur des talons trop hauts le long du port.
Bref, tout ça pour dire que j'ai la réflexion slaque depuis que je fais trempette entre deux villes grecques submergées. L'intelligence de ce que j'aurais a raconter est inversement proportionnelle au bleu de la mer. Et ici, elle est tres bleue.
N'empeche, en achetant des bracelets vraiment superbes tout a l'heure au petit marché super-touriste, j'ai réalisé ce qui donne aux Turcs cet accueil si doux et plein de bonté.
La fille de qui j'ai acheté les bracelets géniaux, c'est elle qui les crée.
- Je réalise un reve de petite fille en vendant mes bijoux. Et je fais pas mal d'argent avec ça!
Cette année, elle s'est acheté une caméra et a booké un voyage en Afrique. Du camping dans 6 pays.
Ça m'a frappé comme un autobus voyageur rempli de madames coup de soleil: pour la premiere fois, dans tous les pays que j'ai visités, celle qui me vend mes bracelets peut mettre les pieds hors de son pays. Elle a un niveau de vie assez élevé pour le faire. Soudain, je me suis rappelé ce guide que j'ai eu a Kaş, la ou la mer est encore plus bleue qu'a Bodrum.
- J'ai réservé un billet pour la Thaılande a la fin de la saison. Premiere fois hors de la Turquie!
Et ces gens sont jeunes. Elle, a peu pres mon age. Lui, pas plus de 35 ans.
Je revois encore le couple de Llamac qui nous avait guidé a travers les montagnes du Pérou. Nés dans un minuscule village andin, ils y mourront aussi, probablement pas tres vieux, parce que le dur labeur, le soleil, le vent, l'hiver dans la cordillere. Et ces gens qui nous ont tout pris dans un taxi Nicaraguéen. Condamnés a Managua pour la vie. Sauf s'ils s'activent le taxi. Ce que je ne souhaite pas aux backpackers.
Au-dela du toıt sur la tete, du pain sur la table et des cahiers scolaires dans le sac-a-dos: le voyage. Un luxe. On l'oublie trop souvent chez nous. La chance, si on veut bien la prendre, de sortir et de voir du pays.
Cette jeunesse reviendra chez elle encore plus inspirée a créer une Turquie qui va de l'avant. A la garder a l'abri du fondamentalisme religieux, notamment.
Ryszard Kapuscinsky, immense reporter polonais, rapportait qu'a l'indépendance de l'Algérie (colonisée par la France) , en 1962, deux camps locaux s'affrontaient pour le pouvoir: les tenants d'un islam de la mer, et ceux d'un islam du désert. Celui de la mer, porté par les habitants des cotes, plus ouvert, en contact avec d'autres cultures grace aux échanges et au commerce. Celui du désert, sticte et rigoureux, pour passer a travers le climat et les guerres tribales. Et quand on y réfléchit bien, cette notion s'étend bien au-dela de l'islam, et du climat.
Ces jeunes qui reviennent en Turquie sont les porte-étendard de l'islam de la mer, dans le sens religieux comme dans tous les autres. Car c'est en rencontrant l'Autre que l'on sait qui l'on est. Et c'est en sachant qui l'on est que l'on peut vivre libéré du sentiment de se défendre continuellement contre ce qui, on imagine, nous volera notre ame. Et c'est aussi comme ça qu'on apprend a mettre les bons stops quand l'Autre va trop loin.
Comme tu es inspirante ma belle Véro....Tu possède sûrement une vielle âme pour posséder toute cette sagesse. Tes textes sont une douceur pour mon esprit...
RépondreSupprimerJe t'aime et je m'ennuis de toi, je vérifie ton blog chaque jour , continu de nous écrire cela me rapproche de toi. xxxxx Maman
Véro d'amour!
RépondreSupprimerMême si tes écrits nous manquent lorsque tu cesses de nourrir notre esprit le temps d'une 'pause gougounes', c'est bien de décrocher-pour-de-vrai des fois...
T'as raison, on ne réalise pas toujours la chance immense qu'on peut avoir de pouvoir s'offrir le luxe d'une escapade loin du pays qui nous berce depuis notre enfance et d'y retrouver le réconfort lors du retour...
Sacré gougoune, on pense fort à toi!
Luxxx
Entre deux lectures d'école, tu me ramènes sur terre mais en rêvant! C'est doux de te lire!
RépondreSupprimerC'est à l'inverse d'un autobus rempli de madames coup de soleil! Ouf! Comme j'ai ri...
bisou tout plein
Sophie
Je doutais encore de la meilleure écrivaine : toi? ou la fille des "Matins Magiques" qu'on reçoit par courriel?
RépondreSupprimerC'est toi qui mérites d'avoir 50 000 lecteurs par jour. Même si tu sautes 3-4 jours!
Mais je sais que ça viendra. Avec le temps, va, tout s'en vient !
Ton mec