samedi 10 mai 2014

Le village





22 mars 2014, Buenos Aires

Comme la planète est un village, on a rencontré l’ex-coloc de François à la milonga. Elle nous a invités à une fête le soir suivant avec sa troupe de théâtre. 

Entre temps, on a passé la journée dans les librairies parce que Kiko (Francisco, Kiko, pour les intimes) cherchait des livres et des livres et des livres et encore des livres, délesté qu’il était de la taxe chilienne de 19% incrustée dans la Constitution par Pinochet. Kiko s’était donc fait une liste et Solène devait ramener des Geronimo Stilton à sa collègue. Tout ce qu’il a visiblement réussi à faire, ce cher général, c’est de créer une véritable obsession pour tout ce qui est imprimé et relié.

Solène a cherché un guide du Brésil partout, mais apparemment ils ne peuvent pas avoir de guides qui indiquent les «Falklands» plutôt que les «Malouines». Du moins, c’est ce qu’a dit le libraire pour se défendre d’avoir des guides de la Bourgogne mais pas du Brésil.

Trafic de bouquins à la frontière chilienne, donc. François et Kiko étaient arrivés en Argentine, eux, avec un blender dans leur valise pour Aureliano. Je n’ai pas trop compris pourquoi, mais apparemment, mieux vaut acheter son blender au Chili, et ses livres en Argentine. Soyez avisés.

On a glandé au soleil sur l’esplanade de la bibliothèque nationale, une brute moderne avec des terrasses magnifiques. Une brute moderne inaugurée en 1992, un goodbye au passé, une déclaration dans un édifice. Construit sur le site qui abritait jadis la résidence de Perón et Evita. Quand on a besoin d’ériger des monuments au futur, c’est que le passé ne nous laisse pas tout à fait tranquille.

C’était bientôt l’heure de la fête de la coloc de François. On s’est donc pointés à un appart de riches dans Palermo. Y avait du monde qui peignait sur les murs dans l’escalier. En haut, ils avaient installé un bar, le vin s’achetait à la bouteille et le photographe de la soirée matait les filles. 

Une actrice faisait un monologue dans un coin du salon, de jeunes hippies-cool l’écoutaient religieusement, assis par terre. L’appart avait une terrasse et une Américaine bourrée parlait dans un espagnol terrible à d’autres jeunes cools et bourrés dehors. Il y a eu une perfo, deux gars, une fille. J’ai compris quelques mots, dont «chandail jaune», et «chiens qui copulent». Sur les murs de l’appartement, il y avait des femmes, des alligators pour manger les femmes, des queues et des d’arbres peints en noir.

On n’a pas trouvé la coloc de François, alors on est partis au troisième sketch, après avoir fini la bouteille de vin, un peu saoulés par tant de coolitude. Vers une autre fête qui se tenait un étage sous notre appartement de San Telmo, trop branché pour être cool.

Même si c’était le début de la nuit, la ville qui brillait et bougeait encore autant sinon plus qu’à 20h. Les magasins de cd étaient ouverts, un couple fouinait en se montrant des pochettes d’albums. La simplicité de l'amour parfois me stupéfie. Des vieux mangeaient en terrasse, c’était presque l’heure de pointe sur le Paseo Colón. 

Tous volets ouverts, la fête se répandait sur Defensa. À la maison, la Macédonienne recevait une amie américaine. Les hits des années 90 filtraient à travers le plancher. On a jasé un peu, Lorena est rentrée de son concert, et on est descendus au studio même si on dormait presque déjà. 

Restait une quinzaine de braves avec leurs tubes de Britney, et un Peruano beaucoup plus vieux que tout le monde qui prenait le rythme très au sérieux sur le dancefloor

— Ils l’ont laissé monté parce qu’il dansait en bas dans la rue.

J’ai rejoint François qui fumait avec une Finlandaise aux yeux bleus (pauvre de lui) près de la fenêtre. Et, comme la planète est un village, j’ai découvert en espagnol une Finlandaise qui a perdu son français et qui a habité un an à Sainte-Julie. Oui oui, notre Sainte-Julie, ville du bonheur 2008, 2009 et 2011 (c’est Repentigny qui leur a volé le titre en 2010). Designer graphique, elle est à Buenos Aires en sabbatique pour apprendre à dessiner.

— Vous êtes très chanceux d’être tombés sur cet appartement... Ces gars-là dessinent pour Marvel. 

Pour achever ce portrait délirant et magnifique, j’ai fait un dance battle avec le Peruano qui vraiment avait le rythme dans le sang. 

Il m’a clairement battue, mais j’étais devenue sa «Madonna» et j’ai eu droit à un baise-main.

Dans tes dents, tango de merde.

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