25 mars 2014, Alta Gracia
J’ai loué un vélo dans la ville où a grandi un petit Che asthmatique. J’ai quasiment pleuré quand j’ai vu la réplique de la Poderosa.
J’ai loué un vélo dans une ville de grande grâce où les saules pleurent près de l’étang aux pieds de la tour de l’horloge et de l’estancia jésuite.
Le campo commence avec les chemins de terre. Les gens se mettent à avoir des poules et des mules, à secouer du linge dehors, à bricoler sous les camions. Les champs, les collines, les fleurs. Je m’arrêtais de temps en temps, j’essayais pour ce faire de me rendre sur le top de la prochaine colline, mais je m’arrêtais le plus souvent au milieu. Mes cuisses n’ont pas l’habitude du vélo, celle des côtes non plus.
Il faisait soleil, il y avait la brise. Un instant hors de soi, dans le paysage, un point qui avance sur la carte et qui prend des breaks au milieu des côtes.
Un type promenait son chien le long de l’arroyo où je suis arrêtée me laver les mains. En m’approchant, j’ai senti une drôle d’odeur, et je ne savais plus trop si c’était un égout finalement mais j’avais déjà les deux mains dedans. Ça fait que je ne me suis pas touché le visage jusqu’au musée Gabriel Dubois.
Je suis entrée dans la maison toute fraîche, le soleil de l’après-midi me battait contre les tempes. La gardienne est sortie de je ne sais où, je crois que je l’ai attrapée au milieu d’une sieste. La maison était vide. Dans le livre de bienvenue, le dernier visiteur me précédait d’une semaine. J’ai utilisé la salle de bain de l’atelier de ce sculpteur dont la maison me parlait plus que l’art.
J’ai fait un tour dans la cour fraîche. Il y avait encore son étau, et j’ai eu envie de me mettre la tête dedans et faire tourner un peu la manivelle, mais la gardienne me watchait en souriant depuis le perron. Je suis partie et j'ai dit que c'était beau.
De retour en ville, j’ai ôté mon casque. Ben oui, je l’sais, c’est tarla. Mais j’ai du mal à profiter quand je me sens ridicule. Mon passage à vélo causait déjà tout un émoi chez ces messieurs dans ce pays qui ne me paraissait jusque-là pourtant (pourtant) pas porté à mater. Comme s’ils étaient tout à coup surpris et enchantés qu’une femme soit à cheval sur autre chose que leur corps.
De retour en ville, sans casque, donc, j’ai attaché le vélo à un lampadaire, acheté un sandwich, un alfajor et un truc feuilleté au dulce de leche (à quoi ça sert de faire du sport, sinon?) et j’ai mangé tout ça devant l’estancia dans le concert des saules pleureurs. Un groupe d’adolescentes m’a demandé de les prendre en photo. Je me suis exécutée et leur ai rendu le cell. Y en a une dans la gang qui ne s’aimait pas sur la photo, les autres ont dit: «T’es malade, t’es full belle.» Je parie qu’elle enlève aussi son casque sur la rue principale.
Il n’y avait rien à faire d’autre dans cette ville de grâce, si bien que j’en suis venue à la conclusion que je n’aurais pas le choix de visiter cette putain d’estancia jésuite d’ici au passage du bus, parce que sinon je mangerais 50 alfajores pour passer le temps.
J’ai dit «putain» et «estancia jésuite» dans la même phrase, mais je crois que j’ai gagné le droit de le faire au petit matin quand j’ai allumé une chandelle à l’entrée de la grotte-de-Lourdes-la-réplique. J’ai cependant volé pour ce faire un peu de feu à un autre lampion. Ai-je volé en même temps un peu de ses chances de réalisation à ce souhait-là? Si oui, mes excuses au désoeuvré. Je ne sais pas ce que les jésuites diraient de ça. Les règles de dieu sont impénétrables. Aussi bien s'en sacrer.
Peut-être ai-je de toute façon déjà été punie, parce que c’est devant cette grotte que j’ai attaché mon vélo autour d’un pin, comme il n’y avait pas de lampadaire. J’ai fait le restant de la ride avec les mains pleines de gomme de pin. Jusqu’à l’arroyo dont on ne sait finalement pas s’il était un égout.
Ce qu’on ne sait pas ne nous fait pas de mal. Mais, presque toujours, le doute suffit.
Ha ha ha ha .... J'adorrrrre encore une fois :-)
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