18 mars, Buenos Aires
Aureliano m’accueille, en gougounes, avec des verres fumés à montures blanches.
— Salut, enchantée, je suis Véronique
— Salut. Désolé pour les lunettes, j’ai une conjonctivite très virulente. By the way, ce sont les lunettes de ma soeur.
Criss, c'est pas pire, que je me dis, j’ai pas trop perdu mon espagnol: j’ai compris tout ce qu’il vient de dire.
— Haha! Ok.
Je suis pas encore dégênée.
Il me dit que c’est là-haut, alors je le suis tout en haut de l’escalier, et tout à coup la lumière est magnifique dans l’appartement articulé autour de la cour intérieure. Les planchers sont en bois, les moulures sont lavande. C’est beau. Surtout après 10 heures dans un Boeing.
Je prends une douche pour puiser jusqu’au bout dans ma réserve d’énergie. Je reste debout sous le jet, l'eau chaude coule sur ma nuque. Pas envie de dormir, même dans une chambre comme celle-là, avec balcon sur Defensa. Je sors.
Comme clouée sur le banc par le soleil, je squatte la Plaza de Mayo, parmi les travailleurs qui lunchent et les amoureux qui aiment. Chacun son menu pour dîner.
Incapable d’en décoller, je reste. Je reste là, sur la place où ont tourné et tournent toujours autour de l’obélisque les mères de la Plaza de Mayo qui cherchent leurs fils. Je ne sais pas ce que je cherche, moi. J’ai pas perdu mon fils, mais ça m’arrive souvent d’avoir l’impression que j’ai perdu quelque chose.
Je suis venue ici, donc, pour n’avoir nulle part où aller. Je suis venue ici pour arrêter d’aller partout. Alors je reste là, au soleil, les jambes nues pour la première fois depuis 3000 ans. Comment ça se fait qu’existe un endroit sur la planète où les jambes ne voient pas le soleil pendant 6 mois? Pis comment ça se fait que j’habite encore là?
Quand je réussis à me décoller de là, je marche un peu dans la ville qui sent tellement bon. Dans les nuages de parfum de madame, je photographie les vieux en terrasse.
Tout le monde fume, et ça me donne envie de me mettre à fumer.
Je ne sais pas ce qui me prend, mais depuis quelques mois, j’ai envie d’ignorer l’excellente campagne de sensibilisation «Écrase!» qui m’a empêchée de fumer comme tout le monde quand j’étais au secondaire. Sauf que commencer à 26 ans serait un peu pathétique, même comme souvenir de voyage.
J’arrête à l’épicerie acheter une bouteille de vin. J’achète un cabernet parce que je ne sais pas que le malbec est la spécialité argentine. Criss, je suis pas venue ici pour faire le tour des vignobles.
Solène arrive de Santiago. On va souper pour souligner des retrouvailles de longue date. Je commande un steak, on se gâte dans le vino de la casa. Amitié internationale rendue possible grâce aux bons soins d'American Airlines. On est venues prendre l’air à Buenos Aires.


J'adorrrrrre comme d'habitude . Xx
RépondreSupprimer