Selçuk
Je voyage avec Une petite histoire du monde (en anglais, A Little History of the World), écrite par un historien de l'art Viennois a l'intention des enfants. Si, plus jeune, on m'avait enseigné l'Histoire comme il la raconte, je serais peut-etre historienne aujourd'hui. Ou, du moins, j'aurais eu envie de connaitre par coeur la vie de ceux qui, par exemple, ont donné leur nom aux ponts de la rive sud de Montréal. J'aurais eu la curiosité de savoir. Les connaissez-vous seulement? A moi, bien honnetement, il me manque Mercier... A moins que ce soit d'apres Jean-François Le King Mercier?
La terre que je foule depuis trois semaine est imbibée d'Histoire. Littéralement. Y a des bouts d'Histoire qui trainent partout. De vieilles pierres qui sont restées pour témoigner un peu de la grandeur, et beaucoup de la stupidité de l'Homme. Des forteresses pour faire la guerre, des amphithéatres pour débattre... et regarder des gladiateurs courrir en rond, un lion aux trousses. Des temples, des églises batis par des esclaves. Et, de temps en temps, une bibliotheque.
A quelques kilometres de Selçuk gisent les ruines de l'ancienne capitale de l'empire romain de l'Est, Ephese (Il manque un accent aigu et un accent grave...). Malgré les heures que je passe dans mon livre d'Histoire pour enfants, passionnée par les conquetes d'Alexandre ou par la grandeur des Perses, je ne trippe pas vieilles roches. D'habitude.
J'ai passé des heures magiques et poétiques a contempler les restes de marbre de cette ville aux vestiges deux fois millénaires. A imaginer vivre les habitants drapés dans du blanc entre les patrouilles de légionnaires.
Assise sur un restant de collone blanche, j'ai fait abstraction des hordes de touristes qui suivent toutes le ti-monsieur-avec-drapeau-rouge. Les dalles de marbre veiné retrouvaient leur lustre et pavaient a nouveau les routes Je sentais leur éclat éblouissant sous le soleil presque permanent de la Turquie. Les statues retrouvaient leurs nez et leurs bras pour témoigner encore de la splendeur des artistes grecs. Les dizaines de colonnes sculptées avaient a nouveau un toıt a supporter, un toıt orné de frises élaborées ou s'accrochaient des statues de je ne sais lequel de leurs dieux. Une Artémis et ses dizaines de seins, peut-etre. Ou bien un Eros a la peau de bébé.
Les nobles et les philosophes allaient et venaient sur le porche de la bibliotheque, un livre relié de cuir sous le bras. Un jeune homme rattachait la sangle de sa sandale. Les gamins avaient le visage rond et les boucles rebondies. Les aınés s'asseyaient dans la rue pour jouer au baggamon en buvant du vin (je vous jure, j'ai vu une table de baggamon sculptée dans le marbre vieilles de 2000 ans!).
J'étais moi aussi pour quelques minutes une part de cette Histoire quand elle n'était ni sanglante ni cruelle. Quand on ne retenait pas d'elle que les grands pans, en oubliant que chaque jour, on s'asseyait, on jouait au baggamon. Les petits frisés tombaient et s'écorchaient le genou. Le boulanger oubliait son pain sur le feu. Une femme posait les mains sur les hanches en soufflant apres avoir lavé ses kilometres de robes en drappé.
J'ai eu envie de les connaitre. Comment voyaient-ils la vie? Etaient-ils si différents de nous? Tellement loin, et a la fois pas du tout.
Au loin, l'horizon s'est obsurci et un rideau de pluie est tombé sur les collines. J'ai quitté mon trone de marbre et traıné mes sandales de romain jusqu'au minibus. Les Ephesiens (ben quoi) sont rentrés chez eux s'abriter. Pas de chance, plus de toıts pour les protéger. Que des colonnes de marbre blanc, comme des vigiles endormis qui laissent parfois passer un reveur ou deux de leur coté de l'Histoire.