vendredi 23 septembre 2011

Vigiles






Selçuk

Je voyage avec Une petite histoire du monde (en anglais, A Little History of the World), écrite par un historien de l'art Viennois a l'intention des enfants. Si, plus jeune, on m'avait enseigné l'Histoire comme il la raconte, je serais peut-etre historienne aujourd'hui. Ou, du moins, j'aurais eu envie de connaitre par coeur la vie de ceux qui, par exemple, ont donné leur nom aux ponts de la rive sud de Montréal. J'aurais eu la curiosité de savoir. Les connaissez-vous seulement? A moi, bien honnetement, il me manque Mercier... A moins que ce soit d'apres Jean-François Le King Mercier?

La terre que je foule depuis trois semaine est imbibée d'Histoire. Littéralement. Y a des bouts d'Histoire qui trainent partout. De vieilles pierres qui sont restées pour témoigner un peu de la grandeur, et beaucoup de la stupidité de l'Homme. Des forteresses pour faire la guerre, des amphithéatres pour débattre... et regarder des gladiateurs courrir en rond, un lion aux trousses. Des temples, des églises batis par des esclaves. Et, de temps en temps, une bibliotheque.

A quelques kilometres de Selçuk gisent les ruines de l'ancienne capitale de l'empire romain de l'Est, Ephese (Il manque un accent aigu et un accent grave...). Malgré les heures que je passe dans mon livre d'Histoire pour enfants, passionnée par les conquetes d'Alexandre ou par la grandeur des Perses, je ne trippe pas vieilles roches. D'habitude.

J'ai passé des heures magiques et poétiques a contempler les restes de marbre de cette ville aux vestiges deux fois millénaires. A imaginer vivre les habitants drapés dans du blanc entre les patrouilles de légionnaires.

Assise sur un restant de collone blanche, j'ai fait abstraction des hordes de touristes qui suivent toutes le ti-monsieur-avec-drapeau-rouge. Les dalles de marbre veiné retrouvaient leur lustre et pavaient a nouveau les routes Je sentais leur éclat éblouissant sous le soleil presque permanent de la Turquie. Les statues retrouvaient leurs nez et leurs bras pour témoigner encore de la splendeur des artistes grecs. Les dizaines de colonnes sculptées avaient a nouveau un toıt a supporter, un toıt orné de frises élaborées ou s'accrochaient des statues de je ne sais lequel de leurs dieux. Une Artémis et ses dizaines de seins, peut-etre. Ou bien un Eros a la peau de bébé.

Les nobles et les philosophes allaient et venaient sur le porche de la bibliotheque, un livre relié de cuir sous le bras. Un jeune homme rattachait la sangle de sa sandale. Les gamins avaient le visage rond et les boucles rebondies. Les aınés s'asseyaient dans la rue pour jouer au baggamon en buvant du vin (je vous jure, j'ai vu une table de baggamon sculptée dans le marbre vieilles de 2000 ans!).

J'étais moi aussi pour quelques minutes une part de cette Histoire quand elle n'était ni sanglante ni cruelle. Quand on ne retenait pas d'elle que les grands pans, en oubliant que chaque jour, on s'asseyait, on jouait au baggamon. Les petits frisés tombaient et s'écorchaient le genou. Le boulanger oubliait son pain sur le feu. Une femme posait les mains sur les hanches en soufflant apres avoir lavé ses kilometres de robes en drappé.

J'ai eu envie de les connaitre. Comment voyaient-ils la vie? Etaient-ils si différents de nous? Tellement loin, et a la fois pas du tout.

Au loin, l'horizon s'est obsurci et un rideau de pluie est tombé sur les collines. J'ai quitté mon trone de marbre et traıné mes sandales de romain jusqu'au minibus. Les Ephesiens (ben quoi) sont rentrés chez eux s'abriter. Pas de chance, plus de toıts pour les protéger. Que des colonnes de marbre blanc, comme des vigiles endormis qui laissent parfois passer un reveur ou deux de leur coté de l'Histoire.

lundi 19 septembre 2011

La mer





Bodrum

Je n'ai rien écrit depuis 4 jours. Ça coıncide avec le moment ou j'ai enfilé mes gougounes pour de bon; une fin de parcours le long de la splendide cote turque pour remonter jusqu'a Istanbul. L'ironie du titre de ce blog, c'est qu'en gougounes, on ne pense pas. J'en suis la preuve vivante.

Et tous les touristes, surtout Anglais a en juger par le ''british pub'' qui diffuse un match du Manchester United, en sont aussi la preuve. Depuis mon arrivée sur la cote, des monsieurs en speedo dans les rues de la ville bordées de maisons blanches. Des madames coup de soleil entre les bougainvillers. Des jeunes filles qui oscillent sur des talons trop hauts le long du port.

Bref, tout ça pour dire que j'ai la réflexion slaque depuis que je fais trempette entre deux villes grecques submergées. L'intelligence de ce que j'aurais a raconter est inversement proportionnelle au bleu de la mer. Et ici, elle est tres bleue.

N'empeche, en achetant des bracelets vraiment superbes tout a l'heure au petit marché super-touriste, j'ai réalisé ce qui donne aux Turcs cet accueil si doux et plein de bonté.

La fille de qui j'ai acheté les bracelets géniaux, c'est elle qui les crée.

- Je réalise un reve de petite fille en vendant mes bijoux. Et je fais pas mal d'argent avec ça!

Cette année, elle s'est acheté une caméra et a booké un voyage en Afrique. Du camping dans 6 pays.

Ça m'a frappé comme un autobus voyageur rempli de madames coup de soleil: pour la premiere fois, dans tous les pays que j'ai visités, celle qui me vend mes bracelets peut mettre les pieds hors de son pays. Elle a un niveau de vie assez élevé pour le faire. Soudain, je me suis rappelé ce guide que j'ai eu a Kaş, la ou la mer est encore plus bleue qu'a Bodrum.

- J'ai réservé un billet pour la Thaılande a la fin de la saison. Premiere fois hors de la Turquie!

Et ces gens sont jeunes. Elle, a peu pres mon age. Lui, pas plus de 35 ans.

Je revois encore le couple de Llamac qui nous avait guidé a travers les montagnes du Pérou. Nés dans un minuscule village andin, ils y mourront aussi, probablement pas tres vieux, parce que le dur labeur, le soleil, le vent, l'hiver dans la cordillere. Et ces gens qui nous ont tout pris dans un taxi Nicaraguéen. Condamnés a Managua pour la vie. Sauf s'ils s'activent le taxi. Ce que je ne souhaite pas aux backpackers.

Au-dela du toıt sur la tete, du pain sur la table et des cahiers scolaires dans le sac-a-dos: le voyage. Un luxe. On l'oublie trop souvent chez nous. La chance, si on veut bien la prendre, de sortir et de voir du pays.

Cette jeunesse reviendra chez elle encore plus inspirée a créer une Turquie qui va de l'avant. A la garder a l'abri du fondamentalisme religieux, notamment.

Ryszard Kapuscinsky, immense reporter polonais, rapportait qu'a l'indépendance de l'Algérie (colonisée par la France) , en 1962, deux camps locaux s'affrontaient pour le pouvoir: les tenants d'un islam de la mer, et ceux d'un islam du désert. Celui de la mer, porté par les habitants des cotes, plus ouvert, en contact avec d'autres cultures grace aux échanges et au commerce. Celui du désert, sticte et rigoureux, pour passer a travers le climat et les guerres tribales. Et quand on y réfléchit bien, cette notion s'étend bien au-dela de l'islam, et du climat.

Ces jeunes qui reviennent en Turquie sont les porte-étendard de l'islam de la mer, dans le sens religieux comme dans tous les autres. Car c'est en rencontrant l'Autre que l'on sait qui l'on est. Et c'est en sachant qui l'on est que l'on peut vivre libéré du sentiment de se défendre continuellement contre ce qui, on imagine, nous volera notre ame. Et c'est aussi comme ça qu'on apprend a mettre les bons stops quand l'Autre va trop loin.

vendredi 16 septembre 2011

La Cappadoce en images





Pas de virgules sur ce clavier! Décidément ça vous prend bien de l'imagination aujourd'hui...

1- Des gamins des vélos et une rue d'Avanos. Ce qu'on ne voit pas sur la photo: les grappes de raisins mures pendues aux treillis et la dame qui m'en offre une les glaıeuls géants multicolores les tomates étendues a sécher au soleil et le fleuve vert émeraude.

2- Le cimetiere d'Avanos: les morts prennent toujours les spots avec les meilleures vue.

3 et 4- Deux panoramas des vallées cappadociennes ou je suis allée traıner mes bottes et mon appareil photo et 50 litres d'eau.

jeudi 15 septembre 2011

Kirkit Pansiyon

Avanos

Chez Kirkit, on se rassemble le soir autour d'une grande table tendue d'une nappe marine a hiéroglyphes. Comme au temps des voyageurs des grands chemins et de leurs hotes, on mange, on raconte. Sur la table, des plateaux d'olives fraiches et croquantes, des jarres d'eau, du vin. Yacin boit religieusement son verre de rakı en mangeant du melon miel. L'odeur sucrée et anisée de l'alcool fort embaume les nuits fraıches de la Cappadoce.

On ouvre avec une soupe relevée. On mange des poivrons verts farcis au riz et a l'agneau, avec un yogourt a l'ail. Et on nettoie le fond de notre plat de terre cuite avec un bout de pain frais. On engloutit du raisin vert un peu sure dont on avale les grains tout rond.

Quand le rakı fait son effet, les yeux commencent a briller et Yacin sort son bagage de vieil étudiant en philo pour disserter sur l'Europe, les gens, les mouvemements sociaux. En français s'il-vous-plaıt. Car chez Kirkit, ça parle français autour de la grande table. Un français lent et chantant, des "r" serrés au fond de la gorge, les "r" de ceux qui les roulent habituellement.

Chez Kirkit, dans la petite cour décorée de poterie et de rosiers, on se croit revenu dans le temps ou les témoins du monde allaient a pieds, de porte en porte, a la recherche d'une histoire a entendre.

Mais bien des choses ont changé depuis. Les voyageurs des grands chemins sont devenus des touristes. Et Yacin, 52 ans, petit fils d'un imam, dit haut et fort que la religion est dangereuse.

Mes amis, j'ai oublié mon précieux fil pour transférer des photos! Donc, je vous réserve les splendides paysages de la Cappadoce pour la prochaine fois.

lundi 12 septembre 2011

Dimanche a la montagne





Amasya

Les dimanches d'Amasya sont des jours de famille et d'amis. Des jours pour se serrer a cinq (maman, papa, les deux adolescentes et le petit) sur un banc de la promenade, pres du cours d'eau vert d'argile pour grignotter un maıs grillé. Des jours pour se mettre du gel dans les cheveux et prendre des photos entre boys sur l'un des ponts qui vont de la vieille ville a la ville moderne, entre les monts rocailleux et escarpés. Des jours pour regarder distraitement les géraniums aux fenetres et les pigeons qui s'élancent au-dessus de la riviere. Des jours pour grimper jusqu'aux tombeaux creusés dans le roc en soulevant ses jupes pour ne pas tomber dans les escaliers de pierre polis par les 2000 ans qui les ont vus. Glissants comme du métal. Mes Converses a semelle lisse y sont aussi efficaces que des patins a roulettes.

Les dimanches d'Amasya, on s'assied sous un arbre devant la mosquée et on papote pendant que les enfants jouent ensemble. D'ailleurs, il semble que la tag soit universelle. et je suis sure qu'en cachette, ils y vont de la version BBQ.

Alors que je savourais une figue fraıche que j'avais payée trois sous au marché, je me servais moi aussi de l'ombre jetée par la mosquée pour passer l'apres-midi. J'observais les hommes s'asseoir a la fontaine; une construction cylindrique avec de petits bancs de pierre disposés tout autour, devant des robinets pres du sol. A l'ombre de la pergola, les hommes se déchaussaient et lavaient soigneusement leurs pieds. Il était presque une heure et c'était bientot l'heure de la priere. Apres avoir bien rincé, ils remettaient leurs chaussures, parfois qu'a moitié, en écrasant les talons et en glissant jusqu'a la mosquée, située a une dizaine de metres derriere. Ils se déchaussaient a nouveau avant d'entrer.

Quelques femmes entraient aussi par la porte désignée, mais sans se laver les pieds. Les autres attendaient dehors, avec les enfants. J'ai d'ailleurs été témoin d'une vigoureuse façon de calmer un bébé qui chiale. Une méthode qui ferait palir les mamans qui tapent de la mousse aux coins trop pointus des meubles du salon.

Le petit devait avoir 2 mois. Il pleurnichait depuis quelques minutes et ni les tapotements de la maman, ni les grimaces de la petite n'arrivaient a le contenter. Alors, avec ce qui je crois était son aınée, ou sa jeune soeur, la maman a pris la doudou du petit, l'a pliée en deux dans le sens de la longueur et a déposé le petit dedans. Elle tenait deux extrémités d'une main pendant que, face a elle, l'aınée tenait les deux autres. Puis, elles se sont mises a balancer la couverture (avec le bébé dedans) de gauche a droite. Avec une force surprenante. Je sentais l'air déplacé par le balancement du hamac de fortune sur mes jambes. Et j'étais en pantalon. Si tot fait, le bébé s'est tut. De peur, je pense bien.

La premiere photo, avec le minou, est de Safranbolu. Les autres sont d'Amasya.

dimanche 11 septembre 2011

Le moule

Amasya

Quand on voyage seule loin de son amour, on a tendance a ne voir que les couples. Dans le bus plus-que-parfait entre Istanbul et Safranbolu, j'espionnais du coin de l'oeil un jeune homme qui saluait sa blonde restée sur le quai d'embarquement. Bisou-bisou dans l'air. Elle les imaginait surement atterrir sur sa joue. Il la pointait du doigt, et apres, il formait un coeur avec ses index et ses pouces. Je trouvais ça mignon et je me demandais ou il allait comme ça.

Apres que la compagnie de bus ait fait des changements dans le trajet prévu, il m'a aidé a démeler le tout en anglais. Du coup, on était de connivence. Yes, la glace était brisée. Et a la pause, j'ai acheté un sac de cashew pour l'amadouer (moi, les cashews, c'est ce que je préfere apres les pistaches, dans un sac de noix mélangés, je plonge mes doigts a la recherche des beaux gros cashew bien graisseux et je laisse les graines de tournesols aux autres). Je lui ai tendu le butin. Il avait une face de statue grecque, en plus dodue. Il a déballé son sac en grignottant.

- Je fais mon service militaire obligatoire pendant 15 mois. La, j'en ai pour trois mois par ici et dans l'est du pays.

A l'est, le gouvernement se bat contre les insurgés Kurdes qui veulent un pays, mais qui ne sont pas chanceux parce que le cul a cheval sur la Turquie, l'Irak et l'Iran. Ils sont donc trois a tirer ou a marcher dessus.Ceci est un résumé bien grossier de la situation.

- C'est tellement difficile d'etre loin de ma famille tout ce temps...

Il fait quelques mois en ligne a courir <<au moins 5 km par jour >> puis il revient a Istanbul un mois.

- Quand j'aurai fini, dans 9 mois, je vais épouser ma copine.

Et s'il choisit de rester dans l'uniforme, il aura droit a 2500 liras par mois, soit environ 800 dollars. C'est pas mal de sous par ici. S'il choisit de quitter, il aura 19 liras par mois pour ses 15 mois de services rendus. 285 liras en tout. Mettons que l'offre est tentante.

- Je ne pense pas que je vais rester. J'ai un emploi a Istanbul, comme chef de département chez Samsung, et mon bonheur vaut plus que leur argent.

Vous voyez bien qu'il parle comme une statue grecque.

C'est une drole de loi qu'ont plusieurs pays (dont Israel), le service militaire obligatoire. Ça sert a forger l'appartenance au drapeau, probablement. Et peut-etre est-ce un hasard, mais Israel et la Turquie ont tous les deux des conflits interieurs qui demandent une forte présence militaire. Ce serait donc un moyen de fournir la machine a soldats.

Mais c'est aussi une façon de s'assurer que tous les hommes sont passés par le meme moule. Tous la meme façon de penser sous leur casque kakhi.


vendredi 9 septembre 2011

Village magique
























Safranbolu


Un village de maisons en pain d'épices, voila ce que c'est. Un village dont Hansel et Gretel ne feraient qu'une bouchée.

J'ai posé le pied a Safranbolu apres un trajet en bus tout pres de la perfection. J'avais le siege du devant, et j'avais droit a la bay wındow du chauffeur qui m'envoyait les collines de la campagne turque en plein visage. De petits buissons verts foncé qu'on aurait saupoudrés sur une terre brulée couleur de blé et de miel. Ici et la, des peupliers, des pins avaient réussi a s'accrocher malgré le sol désséché, le vent et le soleil tenace. La terre retournée des champs environnants virait au mauve sous la lumiere déclinante. Déposés sur les collines, des amas de tombeaux blancs en forme de berceaux. Pour que les morts retournent d'ou ils sont venus? Allez savoir! Puis, accrochés aux flancs des montagnes, quelques petits tas de maisons au toıt de tuiles terracota.
Je m'étais endormie en posant les fesses sur mon siege, fatiguée apres une nuit au sommeil agité. Je me suis réveillée, deux heures plus tard, avec une collation sur ma tablette, et le chauffeur qui me faisait signe. << Mange, mange!>> J'ai mangé le gateau trop sucré en me frottant les yeux. Le chauffeur me faisait bien rire, appuyé sur son volant jusqu'aux avant-bras, cıgarette au bec. Les cigarettes turques ont une douce odeur qui, j'ai presque honte de l'admettre, me plaıt. Une musique apaisante jouait dans le bus, avec de la guitare, et des chants turcs.
Et puis ce village magique. Ces maisons blanches soulignées par des poutres de bois foncé. Cette pension nichée dans une maison tricentennaire ou l'on enleve ses chaussures avant d'entrer. Ces vieilles vignes grimpantes qui s'accrochent a ce qu'elles peuvent. Ces échoppes qui sentent le bois vernis, le savon et les sucreries. Et ces sourires.
Je pense que j'ai pris le mauvais bus. J'ai du grimper le long d'un haricot magique sans m'en rendre compte. Mais il n'y a pas de géant en ce pays. Que des vieilles courbées comme les vignes qui clopinent lentement, un foulard noué sous le menton.



P.S. Les photos de l'homme au t-shirt vert et de ces messieurs autour d'une table en train de jouer au baggamon sont de la rive asiatique d'Istanbul. Les deux autres, de Safranbolu.




P.P.S Toujours pas de trace des accents circonflexes et graves. On va faire sans, OK?






mercredi 7 septembre 2011

Des images














Je n'ai pas beaucoup sorti mon appareil photo jusqu'a maintenant. Trop occupée a ouvrir grand les yeux. Sur le pont de Galatta, ces hommes pechaient de tout petits poissons argentés. En théorie. En pratique, ils jasaient bien plus qu'ils ne pechaient. Comme nous, quand on peche sur la glace.

En ordre depuis le haut:

1-La petite Sainte-Sophie, ma préférée des deux, comme quoi la célébrité n'est gage de rien. Demandez a Megan Fox.

2-La grosse Sainte-Sophie. Elle contient au moins une fois son poids en touristes.

3-Une mosquée avec sa lune. Et son lampadaire. Que voulez-vous...





mardi 6 septembre 2011

La ceinture

De ma fenetre, j'ai vue sur le Bosphore qui s'étire et s'élargie paresseusement avant de se jeter dans la mer de Marmara. Marmara. On dirait le nom d'une héroıne dans un roman Harlequin.L'amour a l'ombre des minarets.

Marmara, c'est surtout la fin du nom du Mavı Marmara, le bateau turc qui finira par couler les relations entre la Turquie et Israel. Celui a bord duquel 9 Turcs ont été tués alors qu'ils voguaient vers Gaza au sein de la flotille humanitaire de 2010, avec d'autres militants, probablement de la trempe de ceux qui m'ont sollicité pour des dons a Amnistie Internationale ce midi.

Pas d'excuses pour le massacre perpétré par l'armée, pas de commerce, dit Ankara. A voir les cargos défiler toute la journée sur Marmara (la mer), je m'inquiete pour Israel. Et je ne suis pas la seule. C'est le gouverneur de la Banque Centrale d'Israel qui l'a dit: attention les gars, un boycott commercial de la part de la Turquie fera mal. Eh ben. Les Israeliens vont devoir se serrer la ceinture. Heureusement, ils peuvent demander des trucs aux Gazaouis.

lundi 5 septembre 2011

En vrac (comme les pistaches)

Re-bienvenue chez nous. Je suis en Turquie pour 3 semaines et je compte vous rediger pas mal de courts textes impertinents. Bon voyage mes amis.
P.S. Veuillez excuser l'absence d'accents ou autre ponctuation pertinente: je dois encore m'habituer au clavier turc... En attendant soyez creatifs et ajoutez des accents quand vous le souhaitez dans mes mots.


Dans l'avion, l'air est tellement sec que je me deshydrate comme un bel abricot seche(turc). Par chance, mon voisin de l'autre cote de l'allee m'arrose d'une bouchee de pomme verte un peu trop juteuse. On en rit un peu. Il a les yeux presque aussi verts que sa pomme. Et des sourcils noirs, epais, epais.

- J'habite en Turquie.

J'avais devine, Grand Vizir.

- Je vivais a Montreal avant, mais je suis retourne vivre en Turquie parce que c'est trop difficile a Montreal.

Le travail, bien sur, toujours le travail. Il tenait un magasin.Je n'ai pas de details, mais dans ma tete, ca ne pouvait etre rien d'autre qu'un des magasins cheap de la Plaza St-Hubert. De ceux quı vendent des robes deux fois trop brillantes pour deux fois le prix.

- Les gens ne vont plus dans les boutiques independantes, ils preferent les grandes chaines.

Il a du fermer boutique. Mais il avoue candidement que ça n'est pas la seule raison pour laquelle il est rentre chez lui.

- Au Canada, le juge, il ne veut pas t'ecouter. Moi, je me suis engueule avec ma copine au telephone, je l'ai menacee de mort, et pis le juge, il ne voulait rien entendre au tribunal.

Je parie que vous vous demandez quelle face j'avais a ce moment precis. Pour etre honnete, je n'ai pas encore trouve celle qu'il aurait fallu que j'affiche. Mechants juges.

***

En metro entre l'aeroport et la vieille ville, un gentil monsieur a demande a mon voisin trahi par son teint et sa chevelure pale de quel pays il venait.

Le type a repondu, avec toute l'arrogance du monde: << Cash, cash, cash. >> Le Turc ne comprenaıt pas. << Cash? >> << Cash, you know, that's what you see when you see me. >>

Le gars n'avait pas encore mis le pied hors de l'aeroport. Les voyages ouvrent l'esprit? J'espere que le sien a une bonne paire de pinces.

***

Istanbul enhivre. Elle sent bon la fleur d'oranger, le tabac parfume, le maıs sucre, le poisson grille. J'ai trouve refuge sous le pont qui relie l'Istanbul moderne de la vieille. Ca grouille dans le detroit. Des dizaines de bateaux blancs crachent de la fumee noire dans le ciel sans tache. Le pain est frais, le poisson un peu moins. Le smog fait briller les minarets des mille et une mosquees. C'est comme dans un reve; Jet lag sur le Bosphore:la revanche.