La Paz, 12 mai 2013
Accoster sur la Baja par La Paz, c'est arriver les deux pieds dans l'eau turquoise qui clapote sur les berges blanches devant les remparts des montagnes mauves. Le port n'en est pas un de plaisance, point de départ des marchandises qui ravitaillent le sud désertique de la presqu'île. Parce qu'il faut traverser la mer de Cortéz à Mazatlán ou à Los Mochis, sinon c'est le détour terrestre tout au nord, 1200 kilomètres plus loin.
Pendant que les truckers reprennent possession de leur chargement, on prend un collectivo avec deux Anglais et leur matériel de plongée. À nous cinq, on vient ravitailler la presqu'île en touristes en prenant avec joie le chemin qui s'éloigne de Los Cabos.
Dans nos sacs, un vague itinéraire décidé un après-midi il y a plusieurs mois. Des points sur une carte en papier glacé, au cas où il y aurait de la pluie.
Et pourtant. Et pourtant même les cactus se meurent sur la route qui mène au malécon de La Paz.
Passé les installations de pisciculture, on s'est décollé les cuisses du banc de la minivan pour prendre une chambre dans une petite auberge où des draps blancs séchaient au soleil dans la cour intérieure. Ge a lavé son linge à la main dans le lave-linge à l'ancienne pendant que Fann et moi allions faire un tour sur le Malécon.
Promenade entre les poubelles en forme de tortues marines et de dauphins sur la longue promenade pavée en bord de mer. La Paz a la paix d'une wannabe station balnéaire. Et des tacos de poissons délicieux qu'on tasse avec un grand verre de jus d'hibiscus.
Une wannabe station balnéaire qui vivait jadis de l'exploitation perlière. Ouep. Quand la perle est la ressource naturelle principale, ça en dit long sur la couleur de l'eau. Mais une maladie mystérieuse a décimé la colonie dans les années 40, et l'industrie a perdu sa nacre. Plus jamais de petites billes blanches pour sortir des eaux limpides et aller se pendre à vos cou.
Alors voilà, on les ravitaille en touristes.
Après une nuit sur la terre ferme dans une chambre qui ne contenait rien du tout mais tout ce qu'il faut pour vivre, on est parties sortir les pêcheurs de leur torpeur pour voir qui nous amènerait à la baie de Balandra, chaudement recommandée par une Mexicaine croisée au dessus d'un desayuno à Mazatlán, sur le continent que l'on sentait déjà à des lieux.
Finalement, avec notre sens de l'aventure au max après une nuit dans le traversier, on a pris le taxi d'un type qui somnolait sur un banc, à l'ombre.
Balandra, comme un cratère immense rempli de sable blanc où l'eau s'étend tout à fait turquoise et peu profonde dans un demi-cercle creux comme un fer à cheval entouré de montagnes mauves. Un décor de fin du monde. Les derniers survivants de la société des loisirs, en shorts et en gougounes.
D'où l'obligation de transformer les poubelles de bord de mer en tortues marines.

Hummmm ça fait du bien de lire tes textes :-) xx
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