samedi 13 juillet 2013

La soupe




Mazatlán - La Paz, 11 mai 2013

On avait mis le cadran à 5h30 pour voir le soleil ressurgir de notre bord du monde comme le Déchiqueteur des Ninja Turtle qui sort du tas de vidanges un point dans les airs. Sortie au bout du couloir beige, en tanguant un peu.

Emmitouflées dans les couvertes de polar bleu à l'effigie du traversier de truckers, on attendait dans la pénombre avec l'air de femmes afghanes tournées vers La Mecque. Se dessinait à l'horizon un arc-en-ciel de couleur par strates sur l'océan d'huile violette. Sans un mot, on espérait que les rayons viennent nous réanimer, la face au vent, encore, toujours.

Le tapage incessant du grand bateau de fer, et l'odeur du desayuno qui cuisait en bas dans les cuisines et qui remontait par la ventilation. Assises derrière la rambarde blanche pas du tout five stars.

Il s'est finalement montré comme un oeil au-dessus de la grande sopa de mariscos qu'il a commencé à faire reluire. Me prennent des envies de devenir océanographe pour dresser la carte de cette palissade liquide et infranchissable quand elle semble vouloir m'aspirer comme ce matin-là.

On est descendues prendre un desayuno de truckers avec des hommes qui boivent du Coke avec leurs oeufs au lard. Leur chargement — licite ou illicite — et nous toucherions bientôt terre sur la Baja qui dessinait ses montagnes terreuses à l'horizon. En attendant, je faisais le plein du large en avalant de grandes gorgées de vent sur le pont, fin crachin salé sur la peau collante.


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