Allez, on part la bande sonore avant de lire!
3 février 2012, Paris
On visite Paris pour boire des cafés en terrasse comme Bardot, du temps où elle se contrecrissait des phoques. En sillonnant les rues (lâchez-moi avec la vague de froid, please), on pense forcément à ces grands noms qui les ont foulées, marquées et souillées de leur génie.
On va au Flore, ex-repère d'une céleste mouture communiste parisienne, pour boire des cafés en payant la facture rendue amère comme l'espresso. Pour revoir encore Simone de Beauvoir et Ernest Hemingway écrire, penchés sur leurs cahiers.
J'ai acheté à Paris un journal rouge, un Moleskine, la marque d'Hemingway, justement. Je le sais parce que la compagnie prend la peine de glisser son Histoire dans la pochette de derrière. « De Van Gogh à Picasso », comme ils disent, les grands intellos et artistes du siècle dernier ont apparemment noirci des pages et des pages de Moleskine, et rien d'autre. Au Flore, notamment. On nous en avise, pour justifier que l'on paie ce cahier ligné une quinzaine d'euros. Moleskine, c'était le nom du tissu employé pour recouvrir les carnets, avant de devenir une marque déposée, en 1998. Donner du prestige à de la cuirette cheap en ajoutant « TM » au bout, et une histoire dans la pochette.
Mais ça marche. Vous devriez me voir chérir mon journal comme un objet précieux. Comme si parce que d'autres l'ont aimé avant moi, il devenait plus grand que lui-même. J'ai cette manie de trouver la vie plus vraie en sortant d'un bon film où un bon cinéaste m'a pointé du doigt ce qu'il fallait y voir. Il y a New York avant et après Woody Allen. Il y a Montréal, et le Montréal de Leonard Cohen. Les juifs ont l'oeil, pour les villes.
Au fond, ce qui donne de la valeur à mon Moleskine, c'est ce qui y sera écrit et griffonné. C'est aussi ce qui donnait de la valeur à celui d'Hemingway (pas que je fasse exprès d'accoler mon nom à celui d'Hemingway, voyons, qu'allez-vous croire là...). Rien d'autre. Du Hemingway sur du papier de toilette, ça sonne quand même plus grand que les hommes.
Paris, c'est comme les Moleskines. Elle est obligée de glisser son Histoire dans la pochette de derrière pour qu'on continue à la chérir comme un objet précieux. L'effet est intact.

Si ton Moleskine prend de la valeur avec ce que tu écris dedans, pour ta part, je le gardrais dans un coffre-fort... :) Amé XXX
RépondreSupprimerY'a pas que les juifs qui ont l'oeil...ma p'tite juive!
RépondreSupprimerJe suis certaine que ton Moleskine prendra beaucoup de valeurs lorsque tu y aura transcri tes textes.Si ton cahier le pouvait ,il poussera un soupir de satisfaction, car encore une fois il découvrira une écrivaine talentueuse. :-)
RépondreSupprimerSi tu le traine partout dans tes périples, juste le fait d'avoir parcouru tous ses pays sous tes bras, ce cahier vaudra de l'or. Maintenant, il n'y aura plus que Karl qui griffonera dans les petits café!!!!
RépondreSupprimerVous allez être merveilleux à voir.
Cynthia
Plize, si d'aventure tu bois un autre café à la table des tables qui a porté tous ces grands cahiers, aie une petite pensée pour mes mots qui iraient bien s'y promener. ps. J'adore toujours autant te lire.
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