mercredi 25 août 2010

Le béton





On a quitté l'Inde pour deux ou trois jours, le temps de se bourrer la face dans les patisseries et de faire nos frais devant les oeuvres architecturales de Le Corbusier. A go, on a pris un break, une pause Kit Kat, sauf que notre Kit Kat, c'est plutot une tarte au citron délicatement saupoudrée de pistaches. Chandigarh devait etre le visage moderne de l'Inde, apres l'Indépendance et la Partition ( le moment ou l'Inde s'est séparée du Pakistan, dans le sang et les douloureuses migrations ). L'état du Punjab venait d'etre amputé de sa capitale et le premier-ministre Nehru en a profité pour lancer un projet ultranovateur.

A la place, la ville est devenu le visage moderne de rien du tout. Elle n'a rien d'indien, sauf les rickshaw et les turbans. Ce que Chandigarh a le plus, c'est de la place. Des acres et des acres de parcs boisés. Rien que ca, c'est à mille lieux de ce qu'on connait de l'Inde à présent. L'autre jour, il y avait des dizaines de places libres dans le train. Une famille est entrée et s'est assise sur un seul banc. Quatre sur un banc de deux places. Une propension naturelle à s'agglutiner, je dirais.

Puis soudain, au milieu de la foret de Chandigarh, un magasin Ray Ban et une BMW. Et le complexe gouvernemental de Le Corbusier. Ah, la ville a aussi ceci d'indien qu'elle se décompose dans les dédales d'une bureaucratie lourde et éreintante. Pour visiter le toit du Secrétariat, on a du demandé une autorisation écrite, photocopiée deux fois, avant de la présenter au garde, toujours sikh, à l'entrée, qui nous a dirigés vers la réception ou, malgré l'autorisation, on a pris des photos webcam qu'ils ont imprimées sur un laisser-passer.

Bon, une premiere grille de franchie. On s'est dirigé alors vers une deuxieme réception, ou on nous a fait signer une troisieme fois en vérifiant nos passeports, dont les coins en sont sortis plus raccornis encore.

Un soldat armé d'une carabine nous a ensuite accompagné au huitieme étage dans un bureau ou s'affairaient une dizaine de fonctionnaires, entre des piles et des piles de documents. Pour l'autorisation de porter un appareil photo.

- Dans les heures de bureau, 10 000 personnes travaillent dans cette tour.

Tu sais quoi chose? Je n'ai vraiment pas de mal à te croire. Vous devez etre trois pour aiguiser un pousse-mine. On a finalement atteint le toit, d'ou on a pu admirer en plongée le complexe dessiné par le grand architecte Francais. J'ai trouvé que c'était du béton, Karl a trouvé que c'était béton. On se complete. J'ai eu le coeur gros pour Le Corbusier en visitant l'Assemblée législative et son immense salle défraichie. On est entré par une porte qui grince dans un hall que l'on devinait, malgré l'obscurité ambiante, grandiose. Mais le tapis était moisi et poussiéreux. Ils gardent les lumieres éteintes parce que la salle ne sert que deux fois par année.

Ce dont notre guide-réceptionniste improvisé était le plus fier, c'est du portrait de Ghandi qui tronait sur l'estrade.

- Regardez, le faisceau de lumiere naturelle éclaire directement Ghandiji, n'est-ce pas fabuleux?

Tout autour, une prouesse architecturale inutilisée et triste.

- Tu penses que l'architecte avait fait ses devoirs Karl?

- Ouais... ils n'étaient peut-etre pas prets à recevoir ce complexe.

Le complexe est certainement venu booster la fierté et le moral des citadins de la toute nouvelle ville constituée de hordes de réfugiés. Et aujourd'hui, il contribue à la stratégie du plein emploi dont je vous ai parlé plus tot. L'inutile Assemblée législative était en pleine rénovation. Et huit gars peinturaient quatre portes en bleu a l'entrée.

Chandigarh, 25 aout 2010

3 commentaires:

  1. Allo ma belle Véro,
    Encore une fois j'ai savouré ton texte, parfois j'ai un fou rire et finalement je suis triste pour le créateur du projet.Il n'y a pas qu'en Inde que cela arrive, regarde ce qu'il reste de L'Expo, des bâtisses olympique. Merci Karl pour tes dessins.
    Véro je t'envoie le texte qui suit de la part de Denise Picard:Salut Véro! Je trouve cela fascinant de te lire et je suis d'accord avec ta mère....tu devrais écrire un livre.C'est comme si tu me racontes tout cela juste èa moi, entre copines.Super!C'est comme si tu me racontes cela juste à moi, entre copines. Super !Continue dans cette voie, tu as trouvé ton chemin!Les photos sont ''écoeurantes''Super! À bientôt Denise

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  2. Tes écrits sont à la fois drôles, touchants, passionnés et criants de vérité (tout commes les esquisses de Karl...) Il y a en vous une fougue de vivre et de découvrir qui nous fait vibrer et nous rapelle, malgré tout que nous n'avons, hélas, qu'une vie à vivre alors autant faire ce qui nous plait maintenant et ne rien remettre à plus tard... Vous avez déjà acquis la sagesse que certains n'arriverons jamais à avoir malgré les années qui passent. Je vous aime fort!
    Luxxx

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  3. Aie aie aie! Ca vous fait tourner la tete les histoires d'architecture! ;) Merci infiniment, c'est un reel plaisir d'ecrire pour vous... mais ce l'est encore davantage d'ecrire pour moi. Je le fais depuis toujours, je le ferai encore longtemps! Si vous connaissez des editeurs... ;)
    Je vous aime!!!! Je vous embrasse!
    Maman, j'ai pense a toi en visitant la roseraie de Chandigarh (1500 varietes de roses, d'ailleurs j'ai aussi pense a toi Lucie!), salue Denise pour moi et remercie la! Bisou!

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