samedi 4 septembre 2010

Le Gange dans le dos






On est arrivé par un escalier irrégulier, à peine assez large pour qu'on puisse tourner les coins, chargés qu'on était de nos énormes sacs-à-dos. La femme s'est décollée de sa chaise pour nous guider vers la chambre. Des ronds de sueur souillaient sa tunique et son pantalon. Du coup, on ne se sentait plus si mal d'avoir le Gange le long de la colonne vertébrale ( et de sentir la meme chose que le fleuve ).

Notre chambre ressemble a une suite nuptiale. Le lit est assez large pour trois Ginette Reno, ou dix Pénéloppe McQuaid. Dotée d'une énergie incroyable par cette température, la femme est montée sur le lit pour ouvrir une fenetre pleine hauteur et repousser les rideaux, elle nous a regardé en disant: « Nice, eh? » Really nice. Meme si la chambre est au quatrieme, on a une porte patio qui s'ouvre sur la cour arriere. Elle laisse entrer l'air frais du soir, et les cris des éleves de l'école le matin. Et Karl a regardé les étoiles cette nuit.

La famille qui occupe notre guest house est singuliere. Bhonu, celui qui tient les comptes, est presque nain, et sa voix aussi. Je me suis approchée doucement du grand vaisselier qui tronait à l'entrée. Il était rempli de cossins à deux sous. Des fausses fleurs, des moutons en plastique, des lumieres de Noel et des guirlandes, pour vénérer je ne sais laquelle de leurs divinités. Dans une petite assiette, il y avait en offrande une tranche de banane, un morceau de papaye et un bout de concombre, ratatinés par le temps. Sans que je demande, Bhonu m'a expliqué.

- C'était la fete de la naissance de Krishna hier. Et avant-hier. En fait, ca dure jusqu'au 16. C'est la fete de sa renaissance plutot, il est mort et est ressucité en sortant d'un concombre.

- Pourquoi d'un concombre?

- Sais pas pourquoi, ils disent un concombre, c'est tout.

Drole de creche. On n'a plus les vierges Marie qu'on avait.

Une des femmes de la maison est handicapée. Ou plutot, illuminée. Elle arpentait la piece avec un bébé dans les bras. D'apres ses grands yeux écarquillés et les signes qu'elle me faisait, j'ai déduit qu'elle ne comprenait pas pourquoi il pleurait. Mais le bébé ne pleurait pas. Elle lui a donné une grosse tape dans le dos pour qu'il se colle sur son épaule et est partie en le consolant. Pleure pas petit, pleure pas. Lequel des deux avait besoin d'etre consolé?

Une autre femme, ni handicapée, ni illuminée, est venu chercher du Tempra pour sa fille de dix ans, un bébé dans les bras. Le bébé était maquillé comme un Marilyn Manson qui y serait allé fort sur le crayon noir.

- C'est contre le mauvais oeil. Tous ces gens qui regardent le bébé, qui lui transmettent leurs mauvaises énergies, ca empeche le bébé d'attraper tout ca et de se mettre à pleurer et à vomir.

Dire que Karl pensait que c'était pour le soleil, comme les joueurs de football.

On termine le voyage dans une ville sainte, une ville de trois millénaires. Ici les gens se jettent dans le Gange et croulent sous les cérémonies. Je ne tremperais pas mon ongle d'orteil dans le Gange à cette hauteur-ci. Un gars nous racontait que lors de son passage à Varanasi, il était en barque sur le fleuve, et juste comme il avait réussi à se convaincre que ca ne pouvait pas etre si dégueulasse, un corps lui est passé sous les yeux. Un corps calciné. Non, ce n'est pas Massacre à la tronconneuse, c'est leur facon de faire passer les morts dans l'au-delà. Ils les brulent pres du fleuve et jettent les cendres dedans. Ce que le gars a vu, c'est un gros bout de cendre. Et nous, ce qu'on voit ici, c'est un gros bout de toute la complexité de la spiritualité hindoue.


Varanasi, 4 septembre 2010

lundi 30 août 2010

Faire trempette






On y est, à la montagne, la vraie. Ici, l'Himalaya s'est emparé de la croute terrestre et en fait ce qu'elle veut. Et ca monte à pic. Le sous-continent semble tres pressé de se coller à l'Asie. Ca donne bien sur des paysages splendides, une vallée ou serpente une riviere bouillonnante. Je passe la journée les yeux levés en souhaitant tres fort que les quelques nuages qui s'accrochent encore aux sommets que je soupconne enneigés se dispersent.

La galerie de l'hotel est large et invitante, alors on s'y assoit pour lire ou dessiner. Vue sur la cordilliere et le petit village chaotique. Un amoncellement de maisons aux toit d'ardoise, parfois, qui se suspend au flanc escarpé de la vallée. Tout pres, un chemin irrégulier descend depuis plus haut sur la montagne. Un homme y trimballe une énorme botte de foin sur ses épaules. Ca doit lui gratter dans le cou.

Les femmes portent un foulard noué derriere la tete, un peu comme des pirates. Elles supperposent cotonnades et lainage pour évoluer avec la température changeante. Soleil brulant et aveuglant et nuits fraiches par lesquelles il fait bon faire trempette dans les eaux thermales, à deux pas. Vashisht dispose de bains publics ou coule en permanence l'eau chauffée par le travail en cour sous nos pieds. Des enfants y jouent toute la journée. Quelle chance, en culotte dans le spa toute la journée!

Je suis allée au bain des femmes hier, pour voir. Elles se lavaient. J'ai gardé le haut, juste parce que. Je ne suis pas Francaise, tout de meme. Ca papotait, ca souriait. Les seins à l'air, meme la plus vieille. J'ai trouvé ca beau. Pas les seins, mais le geste. Prendre son bain, prendre une pose, les femmes ensemble. Alors j'ai imaginé le bain des hommes. De quoi parlent-ils? De politique? Non, le bain est une pose santé. ils potinent surement, comme les femmes.

Ici, l'activité me parait tout à fait convenable et naturelle. Mais je suis incapable de m'imaginer aller au bain public de retour dans la Belle Province. Pas la cantine, le Québec, je veux dire. Ca doit etre l'air des montagnes. Vous iriez, vous?


Vashisht ( Manali ), 30 aout 2010

vendredi 27 août 2010

Attraction touristique








On redescendait tranquillement vers la ville, par une route découpée dans les montagnes, là ou l'Himalaya commence gentiment à froisser la terre. Vue sur le Gange déchainé et gonflé par la mousson. Dans notre discussion, on en était à peu pres à se construire un chalet, drette là. Puis, un minivan rouge s'est arreté.

- Exkiouuuse me, can we take a picture with you?

Nous autres, embarassés et crottés, à cause de la mini-randonnée qu'on venait de se taper:

- Why?

- My daughter, she would like a picture with you.

La petite était carrément intimidée. Je lui ai fait signe de s'approcher. Alors toute la famille s'est serrée pour etre dans la photo. Dans le minivan, la grand-mere en sari jaune me regardait en souriant de tout son dentier, à travers ses fonds de bouteilles qui lui faisaient des yeux de Jean-Luc Mongrain. On a souri à pleines dents. Deux clichés plus tard, le minivan remportait la famille vers on ne sait ou.

Ca nous arrive constamment. On est davantage des attractions touristiques que des touristes. Toujours des Indiens en visite, jamais des résidents de l'endroit. Coudonc, c'est-tu les vacances de la construction?

- Chérie, c't'année on amene les enfants à Rishikesh! Il parait que les touristes sont en fleurs, c'est la meilleure saison!

Dans la rue, on nous arrete pour nous serrer la main. On a le rhume depuis deux semaines aussi. N'empeche, on ne veut pas etre impolis, alors on tend la main.

- Bonjour, comment tu t'appelles?

- Karl.

- Non non, je veux dire, c'est quoi ton nom?

- Ben c'est ca, Karl. K-A-R-L.

Et là, ils nous regardent en souriant et en hochant la tete. Quelqu'un peut me dire ce que ca veut dire « Karl » en hindi? On en vient à se prendre pour Brad Pitt et Angelina Jolie. Sans les six bébés multicolores, évidemment.

Encore sur la route, aujourd'hui, une dame en scooter m'a crié: « Hello! Very beautiful! ». Oubliez les cures de méditation qu'on vous offre à tous les coins de rues de Rishikesh. Les Beatles avaient tort, ce sont les madames en scooters qu'il vous faut pour vous recrinquer l'estime de soi! (Si vous n'etes pas un baby boomer et que vous ne comprenez pas ce que les Beatles viennent faire dans l'histoire, googlez Beatles + Rishikesh)

- Véro, je suis sur que je pourrais devenir Premier ministre ici si je le voulais.

Regardez, je vous l'avais dit...

- Je veux dire, juste parce que je suis Blanc...

- Non Karl, tu pourrais pas. Ils ne peuvent meme pas dire ton nom.

Et si ca trouve, son nom veut dire « calvitie » en hindi.

Rishikesh, 27 aout 2010

mercredi 25 août 2010

Le béton





On a quitté l'Inde pour deux ou trois jours, le temps de se bourrer la face dans les patisseries et de faire nos frais devant les oeuvres architecturales de Le Corbusier. A go, on a pris un break, une pause Kit Kat, sauf que notre Kit Kat, c'est plutot une tarte au citron délicatement saupoudrée de pistaches. Chandigarh devait etre le visage moderne de l'Inde, apres l'Indépendance et la Partition ( le moment ou l'Inde s'est séparée du Pakistan, dans le sang et les douloureuses migrations ). L'état du Punjab venait d'etre amputé de sa capitale et le premier-ministre Nehru en a profité pour lancer un projet ultranovateur.

A la place, la ville est devenu le visage moderne de rien du tout. Elle n'a rien d'indien, sauf les rickshaw et les turbans. Ce que Chandigarh a le plus, c'est de la place. Des acres et des acres de parcs boisés. Rien que ca, c'est à mille lieux de ce qu'on connait de l'Inde à présent. L'autre jour, il y avait des dizaines de places libres dans le train. Une famille est entrée et s'est assise sur un seul banc. Quatre sur un banc de deux places. Une propension naturelle à s'agglutiner, je dirais.

Puis soudain, au milieu de la foret de Chandigarh, un magasin Ray Ban et une BMW. Et le complexe gouvernemental de Le Corbusier. Ah, la ville a aussi ceci d'indien qu'elle se décompose dans les dédales d'une bureaucratie lourde et éreintante. Pour visiter le toit du Secrétariat, on a du demandé une autorisation écrite, photocopiée deux fois, avant de la présenter au garde, toujours sikh, à l'entrée, qui nous a dirigés vers la réception ou, malgré l'autorisation, on a pris des photos webcam qu'ils ont imprimées sur un laisser-passer.

Bon, une premiere grille de franchie. On s'est dirigé alors vers une deuxieme réception, ou on nous a fait signer une troisieme fois en vérifiant nos passeports, dont les coins en sont sortis plus raccornis encore.

Un soldat armé d'une carabine nous a ensuite accompagné au huitieme étage dans un bureau ou s'affairaient une dizaine de fonctionnaires, entre des piles et des piles de documents. Pour l'autorisation de porter un appareil photo.

- Dans les heures de bureau, 10 000 personnes travaillent dans cette tour.

Tu sais quoi chose? Je n'ai vraiment pas de mal à te croire. Vous devez etre trois pour aiguiser un pousse-mine. On a finalement atteint le toit, d'ou on a pu admirer en plongée le complexe dessiné par le grand architecte Francais. J'ai trouvé que c'était du béton, Karl a trouvé que c'était béton. On se complete. J'ai eu le coeur gros pour Le Corbusier en visitant l'Assemblée législative et son immense salle défraichie. On est entré par une porte qui grince dans un hall que l'on devinait, malgré l'obscurité ambiante, grandiose. Mais le tapis était moisi et poussiéreux. Ils gardent les lumieres éteintes parce que la salle ne sert que deux fois par année.

Ce dont notre guide-réceptionniste improvisé était le plus fier, c'est du portrait de Ghandi qui tronait sur l'estrade.

- Regardez, le faisceau de lumiere naturelle éclaire directement Ghandiji, n'est-ce pas fabuleux?

Tout autour, une prouesse architecturale inutilisée et triste.

- Tu penses que l'architecte avait fait ses devoirs Karl?

- Ouais... ils n'étaient peut-etre pas prets à recevoir ce complexe.

Le complexe est certainement venu booster la fierté et le moral des citadins de la toute nouvelle ville constituée de hordes de réfugiés. Et aujourd'hui, il contribue à la stratégie du plein emploi dont je vous ai parlé plus tot. L'inutile Assemblée législative était en pleine rénovation. Et huit gars peinturaient quatre portes en bleu a l'entrée.

Chandigarh, 25 aout 2010

dimanche 22 août 2010

Champignon blanc






On est arrivé hier apres-midi à Agra. Depuis le toit du premier petit hotel qu'on a visité, on a appercu le dome.

- Je vois pas pourquoi ils en font tout un plat... y'a rien là...il est meme un peu jauni.

On n'a pas pris l'hotel, finalement. Trop cher. On en a trouvé un autre, plus à notre gout, puis, on a passé le reste de l'apres-midi à laver nos bobettes et à courailler un moyen de transport jusqu'à Varanasi. Le bus? Trop long, trop inconfortable. Le train? Plein. On a donc du repenser notre itinéraire. Dans les prochains jours, on vous amenera à la montagne, promis. Mais bon, avec tout ca, nous avons raté le coucher de soleil.

On est allé souper dans un resto perché sur un toit. On voyait à ce moment sa silouhette, avec les quatre minarets, tout en noir. Panne de courant sur la ville. Tant pis, on ne le verra que demain. Le monument entretenait le mystere et nous faisait patienter au-dessus d'un chow mein aux légumes trop salé. Au moins, la conversation était intéressante. On a jasé esthétisme et besoin de beauté. C'est ca, le voyage, ca monte à la tete et on se prend tous pour Socrate.

Ce matin, on s'est levé à l'aube pour aller percer le mystere et en ramener une photo sous le soleil levant. Pas le moindre rayon à l'horizon. Bon, alors on ne ramenera qu'une photo, sans le soleil.

Finalement, on en a pris une centaine. Sa femme, Shah Jahan devait l'aimer en s'il-vous-plait. Je ne voulais pas parler du Taj parce que j'essais de vous parler de choses que vous ne pouvez pas lire sur Internet. Mais apres l'avoir vu, c'est obligé, j'en parle. Mais il faut parler aussi du reste. Du Taj dans Agra. C'est comme s'il avait poussé... sur un tas de fumier. Un beau gros champignon blanc. Le Taj Mahal est un havre de paix feuillu ou les oiseaux gazouillent. Et les singes se promenent sur les remparts. La ville est, comme ailleurs, négligée et chaotique.

Depuis les rues, on ne voit pas le beau grand champignon de marbre blanc. On tombe sur les remparts de gres rouge qui l'entourent. Puis le Taj nous tombe dessus.

Je me demande si c'est ainsi que Shah Jahan l'a concu. De quoi l'endroit, les environs, avaient-ils l'air au 17e sciecle? Je l'imagine au milieu d'un terrain dégagé, avec la riviere qui coule toujours derriere. Les sujets venaient-ils preter respect à la défunte? Apportaient-ils des fleurs, comme partout ailleurs? Le Taj, grandiose, couvert de fleurs. C'est une image qui me plait. Mais comme la construction a pris une vingtaine d'années, les gens n'y ont peut-etre jamais déposé de fleurs. Le monument était-il donc condamné, comme son concepteur, à finir solitaire et aliéné?

Le fils du concepteur l'a destitué par un coup d'Etat. Shah Jahan a fini ses jours enfermé à deux kilometres du Taj. Une prison dorée depuis laquelle il pouvait contempler son l'oeuvre de sa vie. A sa mort, son fils a fait une effronterie qui montre le peu de respect qu'il avait pour son pere et son oeuvre. Le monument est d'une symétrie parfaite. A l'ouest du mausolée, Shah Jahan a construit (du moins a fait contruire, puisqu'on l'imagine mal avec un marteau et un casque jaune, ou plutot avec une brique et du mortier, pour éviter l'anachronisme ) une mosquée. Pour préserver l'harmonie symétrique absolue, il en a construit une deuxieme, identique et inutile, à l'est. Fabuleusement inutile. On devine chez lui un grand amateur d'art. Du beau pour le beau. Pas ma tasse de chai, mais je reconnait la noblesse de ce trait de sa personnalité.

Ah oui, son fils. A la mort de Shah Jahan, il a construit le tombeau de son pere dans le mausolée central, juste à gauche de celui de sa mere. Et il a ruiné ainsi toute la perfection symétrique du Taj. Il voulait probablement réunir ses deux parents. Je paris que Shah Jahan aurait préféré un petit trou dans le jardin et une boite à chaussure plutot que de déséquilibrer son oeuvre.

On dit que c'est l'intention qui compte, mais fuck, le gars a scrapé la perfection.

vendredi 20 août 2010

Du sable dans les yeux










Tout le monde à Jaisalmer part en "camel safari". Dans toute notre originalité et notre excentricité, nous sommes donc partis passer une nuit dans le désert qui entoure la belle cité dorée. Nous avons fait trois quarts d'heure de jeep durant lesquelles nous nous sommes arretés pour aider un homme en panne avec sa motocyclette. Notre chauffeur est sauté de la jeep, a enfourché la motocyclette et crinqué deux ou trois fois. La Honda Hero ronronnait comme une neuve. L'homme est monté sur sa bécane et a filé sans vraiment dire merci, surement un peu honteux. Notre chauffeur s'est réinstallé derriere le volant en riant.

- Ils ont des motos neuves, mais ils ne sont pas vraiment habitués, ils ne savent pas comment ca marche.

- Pourquoi il s'en achetent sans savoir?

- Souvent ce sont les jeunes de la famille, leurs fils, qui les achetent et leurs pretent pour se déplacer.

Les routes de la campagne de Jaisalmer sont désertes et poussiéreuses. Vaut mieux en effet avoir une moto, meme si l'on ne sait pas trop comment la démarrer.

Nous voilà donc en route vers nos chameaux, qui, à notre arrivé, broutent tranquillement le désert du Thar verdi par la mousson. Apres un verre de chai et des biscuits, nous montons nos fideles, mais ridicules destriers. Avez-vous déja observé un chameau qui rumine? (Regardez la photo.) Voilà, c'est ca, on disait bien ridicules. Mis à part quand on regardait nos chameaux en face, on se sentait comme de dignes caravaniers. Des nomades marchands de pierres précieuses.

Les scarabés volaient entre les pattes de nos montures, et nous volions quelque part au Moyen-Orient. Un des chameliers chantait un bel air hindou d'une voix aigue et le vent battait nos chales de coton, que nous avions entortillés autour de notre cou pour nous protéger du soleil de plomb. Nous étions Lawrence d'Arabie et Gertrude Bell. Pendant disons la premiere heure.

Les scarabés nous sont vite tombés sur les nerfs. Notre corps se déshydratait malgré les litres d'eau qu'on buvait. La chaleur nous embrouillait les idées et nous avons eu pour la premiere fois du voyage une envie soudaine qu'un énorme nuage bien épais recouvre le soleil jusqu'à ce qu'il se couche. Nous brulions comme des fourmis sous la loupe d'un gamin malintentionné.

Puis, le chamelier s'est mis à recevoir sans cesse des appels sur son cell.

- Allo? Non, je suis en safari là maman, je peux pas ramener de lait, O.K?

Du lait non, mais si elle manque de sable, alors là, je peux moi-meme lui en ramener quelques kilos. Juste à vider mes souliers.

Et une des trois Anglaises qui nous accompagnaient n'arretait pas d'envoyer des messages texte. On se sentait, vraiment, coupés du monde.

On s'est couché sur le toit d'une dune en trouvant cela exotique. On s'est réveillé deux heures plus tard en crachant du sable. Par les yeux. Mais en tassant le sable, on a vu une nuit étoilée et fraiche. Une nuit de nomades, tout de meme.

Jaisalmer, 20 aout 2010

P.S Vous avez été quelques un a réagir a mon billet sur les parents, tant sur le blog qu'en privé. C'est ce qui ce passe quand on aborde un sujet sensible. Vos réactions montrent peut-etre que je n'avais pas tout a fait tort. Ni tout a fait raison. Mais il est important de comprendre que je ne dis pas que ceux qui ne voyage pas avec leurs enfant n'ont pas de courage. Je dis que ceux qui abandonnent la réalisation d'un reve a cause des enfants manquent de courage.

Je prends l'exemple du voyage parce, comme vous l'avez remarqué, je SUIS en voyage! Et aussi parce que c'est un reve qui demande une certaine préparation. Ce n'est pas comme rever d'un cornet de creme glacée, disons. Je croyais avoir été clair dans mon texte, peut-etre pas suffisamment. La morale de l'histoire: Suivez vos reves, du cornet de creme glacée jusqu'au tour du monde!


mardi 17 août 2010

Petit bilan







Nous avions promis une photo d'un rickshaw wallah, mais depuis on n'en voit plus dans les villes ou nous sommes... Peut-etre plus tard!

L'Inde n'est pas un pays que l'on peut vraiment apprécier en une semaine. L'Inde est un concentré qui doit etre allongé dans plusieurs litres de temps pour devenir supportable, puis bénéfique.

Concentré de chaleur et d'humidité. Celle-là, on s'y attendait. Quoi que pas tant que ca, tout de meme. C'est impressionnant la quantité d'eau qu'on peut boire sans en pisser une goutte.

Concentré de vendeurs harcelants qui crient tous: " Exxxkiouuuuse me sir" (oui, il s'agit du mot "excuse" prononcé comme il le font), avant de vous proposer d'horribles bracelets pour deux fois le prix.

Concentré de contradictions. Un peuple Sainte-Nitouche dont les hommes de tous age se promenent main dans la main dans les rues. Un peuple créateur du Kama Sutra, vendu à tous les coins de rue, mais dont les hommes et les femmes ne peuvent se toucher dans la rue. Je soupconne meme les contacts d'etre aussi absents une fois à la maison. Pour ce qui est de la chambre à coucher, j'aime bien vous rapporter ce qui se passe ici, mais permettez moi de ne pas aller vérifier pour vous.

Un concentré de contradictions monétaires aussi, évidemment. Des gens qui dorment en rangé sur les trottoirs de Delhi, et le propriétaire de notre hotel à Jaipur qui laisse ses enfants jouer avec les billets de 10 roupies. Des chauffeurs d'auto-rickshaw qui préferent ne pas exécuter de course du tout que de vous la laisser à un prix décent (qui reste le double de ce qu'un Indien paie).

Mais aussi, un concentré d'unité et de fraternité. Je ne sais pas si c'est parce qu'ils sont si nombreux, mais chacun ici a sa place et son role. Peu importe si l'ajout d'un intermédiaire complique le processus ou alourdit les couts, ce-dernier a sa place dans la structure. Les Indiens fonctionnent en réseau, de facon à ce que chacun puisse tirer sa part du gateau, aussi Weight Watchers soit la portion. Le secteur de l'emploi informel conserve encore ce que l'on perd peu a peu dans nos pays industrialisés: la stratégie du plein emploi. Du pain sur la table pour le plus grand nombre.

Un concentré de spiritualité et de sur-représentation divine. Je me réveille souvent vers 5h au chant des imams. C'est beau et, étrangement, cela reussit à me mettre dans la tete des mélodies de Karkwa... Chaque maison a des photos de sa divinité ou de son guru favori. Parfois meme un petit hotel, avec de l'encens et des fleurs en offrande. Les fleurs sont toujours les meme, on dirait de petites marguerites tres fournies en minuscules pétales jaunes ou roses. Ils en font aussi des colliers, à accrocher sur les photographies.

Je commence à digérer le tout lentement, mais je ne suis pas encore à l'abri d'une tourista bien virulente.
Jaisalmer, 17 aout 2010

dimanche 15 août 2010

Accommodements



A Pushkar, il est plus difficile de trouver un bon thali typiquement indien qu'un spaghat' sauce bolognese. Et la ville est strictement végé, alors imaginez. L'endroit est un lieu sacré hindou ou les pelerins viennent adorer Brahma, le Dieu d'entre les dieux. Pour les tres nombreux touristes en visite, cela signifie, encore davantage qu'ailleurs au pays, végétarisme stricte, épaules et jambes couvertes, aucune démonstration d'affection homme-femme dans la rue, et beaucoup d'endroits dans lesquels on doit enlever nos chaussures. Ces regles sont affichées partout dans les hotels et restaurants.


Mais ce matin, sans réfléchir, on a commandé comme à l'habitude deux omelettes. Et on les a recues. Avec de vrais oeufs.


Les échopes du bazar vendent des robes courtes et des camisoles.


Et les dessous en dentelle des touristes qui ont utilisé le service de lavage de l'hotel sechent à l'air libre sur le toit terrasse.


Pushkar s'organise comme elle peut avec ses statuts de haut-lieu sacré et touristique. Pour conserver les deux, elle fait des concessions. Devinez lequel des deux en prend plein la gueule?


Oh! Tout doux! Les Indiens sont accommodants, mais tenaces! On s'est fait sermoné par un grand-pere en tunique blanche parce qu'on osait pénétrer dans le temple de Brahma avec un sac à dos.

Pushkar, 15 aout 2010

* Bonne fete nationale à l'Inde! Le lac sacré de Pushkar contient un peu des cendres de Gandhi. Alors, papa de la nation, votre bilan apres 63 ans?

La cygogne fait le tour du monde







(Plus besoin de vous le dire chaque fois pour le probleme d'accents...)


Quand on vous parle de nos voyages, vous nous dites souvent d'en profiter, pendant qu'on n'a pas d'enfants. Vous pourriez aussi bien nous dire: " pendant qu'il est encore temps ", ou encore: " pendant que vous avez encore une vie et des rêves ", vous le diriez sur le meme ton. En équarquillant les yeux et en hochant légerement la tête. Une petite famille de Belgique vient de nous prouver que ni la vie, ni les rêves ne s'éteignent avec la venue des enfants.

La cygogne ne cache rien d'autre dans son panier.


Ils sont partis il y a un mois pour un tour du monde. Deux petits garcon, Maxime et Nathan, qui auront l'école à la maison pour un an. L'école de la vie surtout, si vous voulez mon avis.

- Ils s'adaptent tres bien, mieux que nous avec le décalage horaire, par exemple. Ils ont un peu de mal à manger parfois, mais alors, on leur prend de la pizza ou un truc du genre.

Le petit Nathan mangeait des pates au pesto ce soir. Les deux parents, Nicolas et Stéphanie, ne sont même pas des routards de longue date.

- On a voyagé un peu en Europe, mais bon... pas tres loin de chez nous.

Ils ont entreposé quelques affaires et ils ont levé l'ancre. Apres l'Inde, ce sera la Chine, Singapour, l'Australie en "camping car". Ils ont d'ailleurs bien rit quand on leur a dit qu'on appelait cela une "roulotte", chez nous. Le plus vieux, Maxime, a 9 ans et il récite l'itinéraire par coeur. C'est lui qui nous a anoncé qu'il faisait le tour du monde. Déja un sage petit bonhomme.

Cette famille est la preuve vivante que tout ce qui disparait avec la venue d'un enfant, meme de deux, c'est un peu du courage que l'on a quand on n'a que soi à surveiller. Et c'est parfois tout ce qui nous manque pour décoller.


Pushkar, 14 aout 2010

P.S Si vous voulez suivre la famille Rousselle jusqu'à Hong Kong et au-delà, vous pouvez le faire au www.rousselleautourdumonde.unblog.fr .

vendredi 13 août 2010

La culpabilité





Pour laisser un commentaire, allez a la fin du billet et cliquez sur commentaires. Je crois que vous devrez vous inscrire. Aucun frais applicable!


Depuis trois jours, on hésitait à prendre un rickshaw (taxi/vélo dont on vous montrera une photo sous peu) pour nos déplacements. Des hommes décharnés et en sueur qui nous trimballent à travers la ville alors qu'on a peine à marcher deux minutes sans s'effondrer sous la chaleur, ca ne nous disait pas grand chose.

Aujourd'hui, comme la course à effectuer était courte et en ligne droite, on a osé. On nous a proposé et on est monté, sans trop y penser.

A chaque coup de pédalier, le gars devait se lever pour trouver la force de faire avancer son bicycle déglingué. Les rues étaient verrouillées à cause du festival qui avait lieu le soir meme. (J'ai finalement du le rater pour cause de troubles digestifs. Karl vous racontera. (Le festival, pas les troubles digestifs.)) On lui a dit de nous déposer juste là, à trois rues de notre destination. Il a continué. On a insisté. Il s'est arreté, dégoulinant.

On a doublé le prix de la course en souriant, pour déculpabiliser.

Jaipur, 12 aout 2010

Priere matinale






Dessin de Karl au National Gandhi Museum, avec quelques photos à Jaipur.

On a la vue sur une école primaire depuis notre salle de bain. Ce matin, à l'heure ou l'on se brossait les dents, les petits avaient un cours de gym. Deux élus parmi eux étaient montés sur une estrade et faisaient des simagrés en chantant des contines.

-La petite voiture est rouge! (croise les bras) Deux moutons s'en vont chantant! (deux petits sauts)

C'est ce à quoi on se serait attendu de la part d'enfants de huit ans. Pourtant la contine semblait plutot etre un mantra, une priere. C'est vers la fin que nous l'avons compris. Quand ils ont joint les mains, fermé les yeux et commencé à répéter une meme série de phrases. Certains criaient, d'autres chuchotaient.

-Eh toi, tiens toi droit, ferme les yeux et répete le mantra ou je te tire l'oreille!

C'est ce à quoi on se serait attendu de la part des maitresses d'école qui ont à veiller au bon fonctionnement de la classe de gym/priere. Mais pas besoin de réprimande. A trois ou quatre exceptions pres, les jeunes prenaient l'exercice tres, tres au sérieux.

Et les maitresses?
L'une d'entre elles s'est jointe au groupe pour prier. Je sais que parmi le groupe, il y avait au moins un petit sikh. Probablement quelques musulmans aussi. Il faut croire qu'ils ont réussi à trouver une priere presque laique. Je n'ai pas vu un parent protester dans la rue.


Jaipur, 12 aout 2010

mardi 10 août 2010

Premieres impressions








Quelques photos des dessins de Karl, avec photographies du tombeau d'Humayun. Meme problemes d'accents que le billet précédent...

- Les Indiens s’habillent tres souvent comme des fonctionnaires; chemise rayée, pantalon de comptable, ceinture de cuir et chaussettes brunes.
- Bollywood, c’est pire qu’Hollywood.
- La foi permettait aux oeuvres d’art architecturales de devenir réalité. Pour se rapprocher de Dieu, les Moghols et autres civilizations ont construit de véritable palais à leurs morts. Qu’adviendra-t-il aujourd’hui de ces palais de marbre en décrépitude? La faute à Bollywood?
- Hier, j’ai vu un homme à moto avec une bombe d’équitation à l’anglaise sur le crane. C’était d’un chic fou, mais j’espere tout de meme qu’il n’allait pas vers une compétition de saut.
- Le smog de Delhi noircira les pages de mon cahier plus vite que mes récits. Pas que j’aie peu à raconter, mais je n’ai jamais eu de crottes de nez aussi noires de toute ma vie!
- Les Indiennes ont toujours l’air de jeunes mariées. Meme celles qui lavent leur gamine sans culotte en pleine rue, dans ce qu’elle tienne pour leur salle de bain. Elles ont un grand sens du beau, avec leurs bijoux et leurs long cheveux huilés. Elles sont aussi belles que leurs palais.








New Delhi, 9 aout 2010

En vol!

Bonjour! Pour ce premier billet, je vous demande un peu d'indulgence et d'imagination, car les accents grave et circonflexe sont manquants, clavier oblige!


Notre Boeing 777 plein à ras bord grugeait les derniers kilometres qui nous séparaient du mythique sous-continent indien. Karl jouait au mini-putt sur son écran interactif incrusté dans le siege du passager devant lui et m’avait subtilisé pour la deuxieme fois ma place coté hublot alors que je faisais la queue pour les toilettes.
J’avais réintégré ma place depuis quelques minutes quand j'aperçus sur mon propre écran que notre avion survolait l’Afghanistan. J’avais vu plus tot le Kazakhstan et la mer Aral, déssechée, presque coupée en deux. Mais rien ne m’avais préparé à survoler l’Afghanistan, ce pays que je ne sais épeler que parce qu’il est imprimé chaque jour dans mon journal depuis peut-etre neuf ans. La preuve, j’ai beaucoup de mal à épeler Kazakhstan.
Le 777 jetait de l’ombre sur Kaboul et Karl et moi jetions sur la ville un regard à la fois fasciné et eprouvé. Et les montagnes immenses et dénudées qui entouraient la vallée étaient à couper le souffle. On a joué à “Ou est Ben Laden?” quelque part dans la cordilliere à la frontiere du Pakistan. On a éprouvé de la compassion à 38 000 pieds dans les airs à la vue d’un immense fleuve sorti de son lit. Quinze minutes plus tard, nous étions déjà sur l’Inde, les Afghans étaient toujours là à faire paitre leurs chevres, et les Pakistanais à pecher dans leur salon.


New Delhi, 8 aout 2010