San Ignacio, 16 mai 2013
Arrêt pour dîner dans une ancienne ville minière. On épluche notre concombre face à la mer, assises dans les marches du dépanneur. Le char est parké le long du malecón, qui ici longe la falaise.
Santa Rosalía, t'as l'air hanté, et les hommes en exil venus travailler chez toi, aussi.
Repartir pour un dernier stretch, quitter la côte rassurante, détaler dans le désert, entre les volcans.
Arriver à San Ignacio à travers une palmeraie qui tout à coup prend la place de la roche. Qui tout à coup prend toute la place.
La dueña de l'auberge dort jusqu'à 16h, et le village aussi. Le désert dresse des remparts contre la vitesse, et les guichets automatiques.
Le grand arbre qui nous abrite sur la place centrale perd ses feuilles, qui tombent en cliquetant. Un laurier.
La madame de la tienda écoute ses programmes de l'après-midi comme mon grand-père. Une dizaine de cannes sur une tablette, quelques bonbons, un chien qui dort dans l'arrière cour, et une odeur de tarte aux pommes. Et son plancher de bois qui a l'air d'avoir 100 000 ans.
On attend que l'auberge ouvre.
San Ignacio, sa rivière, les gens et les palmiers qui s'y sont agglutinés. Le silence, et les feuilles de laurier qui tombent en cliquetant. J'écris parce que sinon j'aurais rien à faire.
Dans les rues, il y a trois pick up poussiéreux pour un petit char. Ce qui me fait dire que si, comme nous, on n'emprunte que la 1 toute lisse, on rate l'essence de la Baja. La Baja se parcourt en truck, sur des chemins de gravelles. La vie aussi, tiens. Je vais écrire ça au-dessus de mon lit, pour les nuits sans sommeil. La vie se parcourt en truck, sur des chemins de gravelles.
Quand j'étais (plus) jeune, je croyais que j'étais une voyageuse hors pair. Mais c'est faux. Je me contente trop souvent de la 1. On a toujours tort de croire qu'on a raison. La vie enseigne l'humilité. Et assassine les certitudes.
C'est dangereux de se rendre compte de ce genre de chose un après-midi silencieux, à l'ombre d'un laurier. Pourrait me prendre l'envie de rester ici, sur ce banc de parc, avec les certitudes qui me restent encore. Pourrait me prendre l'envie de ne pas remonter dans le truck.



