Au sortir de l'aéroport, les indications pour le métro faisaient défaut le long du boulevard — la route Miguel Lebrija, premier aviateur mexicain à voler au-dessus de la Catedral Metropolitana, más grande de las Américas —, alors on a demandé le chemin trois fois dans un espagnol rouillé mais dont content d'être là. Gracias, tellement gracias.
Passé le mini souk de DVD copiés, de burritos dorés et de portemonnaies préfabriqués, l'entrée de métro en escaliers, abajo.
Station Pantitlán, más grande del metro de México, bout de la ligne jaune. Avant la plus grande station de métro, il y avait à cet endroit un tourbillon qui malmenait les embarcations aztèques naviguant sur le lac de Texcoco. Ils avaient donc planté là deux duo de drapeaux croisés en guise d'avertissement. Pantitlán serait le mot en langue náhuatl pour «entre drapeaux».
Au sortir de l'aéroport, arriver dans le tourbillon, donc.
Le lac Texcoco n'est plus (ou presque plus), mais une ville-mer a poussé à sa place. Le métro de Mexico s'étend comme la ville mais un peu moins, quand même, alors en plus de la ligne jaune, il y a aussi une ligne jaune-orange. Une ligne vert émeraude et une ligne kakhi. Une ligne bleue, et une ligne turquoise. Une rose et une fuchsia. Ça fait qu'ils leur donnent plutôt des numéros, ça simplifie les rendez-vous.
Ride de métro interminable à cause d'une panne de service (même wagons que la STM, je dis ça d'même). Les Chilangos (le surnom que le reste du pays donne aux habitants de la ville de México) qui dorment suspendus aux rampes du plafond. Debout. Comme des chevaux. Nous trois, sac au dos, avec tout en tête sauf le goût de dormir.
Sorties du métro Zócalo sur le Zócalo. Pas un coin de rue en haut, ou en bas. Sur le Zócalo. Grimper l'escalier, arriba, devant le palais présidentiel qu'on n'a pas visité malgré les fresques de Rivera. Sorties sur le Zócalo dans l'après-midi du Distrito Federal, le nom pas du tout littéraire de la ville-mer et mère.
La Catedral dominée avant l'heure par Miguel Lebrija pointait dans le smog qui s'est jeté sur nos gorges malmenées par l'avion comme de la poussière de craie sur des doigts de prof. Des chamans improvisés (ou pas, qui peut savoir quand un chaman l'est de longue date?) faisaient brûler un mélange d'herbes odorantes pour que les passants se jettent dedans en échange d'une poignée de change, pour en sortir purifiés. Ça marche comme un Brita, à ce qu'on dit.
J'ai pas payé, mais j'ai tendu le bras dans le nuage, t'à coup. Le parvis plein de monde, México tous jeunes dehors un samedi après-midi sur le Zócalo, pas une rue en haut ou en bas.
Déposés, nos bagages dans la chambre aux lits mauves dont les casiers mal placés résonnent comme des gongs quand on ouvre la porte trop vite et que s'y cogne la poignée. Holááá, on est arrivées. Les volets ouverts, je prends la rue en photo, même le carrelage.
L'impression de marcher dans mes propres pas qui pourtant ne m'ont jamais conduite jusqu'ici. J'ai l'impression pleine de prétentions. L'impression d'arriver chez nous, de sortir d'une théière où le thé était frette depuis longtemps. Yessir, je m'appelle encore Verónica.
Mon fantomatique moi-je-me sorti droit de l'hiver pour venir respirer la poussière, le dioxyde de carbone, et les vapeurs de viande grillées dans la ville-mer. Au moins un petit temps, passer le mini souk de DVD copiés, de burritos dorés et de portemonnaies préfabriqués avant la grande échappée dans le désert.


J'ai hâte de lire la suite, Verónica!
RépondreSupprimerJ'adore te lire et à chaque fois tes mots font danser des images dans ma tête. Moi aussi j'ai hâte au prochain xx
RépondreSupprimerC'est beau. Et même quand tu décris quelque chose de moins beau, dans tes mots, c'est magnifique quand même.. :) Amé XX
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