lundi 19 mars 2012

Femmes, hammams et thé à la menthe

Bruxelles

— On y va comment là-dedans, en maillot de bain?

Ça a été la première question que j'ai posée quand Solène m'a invitée au hammam samedi soir.

Première fois dans ce monde à part, plein de steam, de peau morte, de tuiles colorées et de robinets de laiton. La pause santé des Marocaines. Et elles sont donc fières de nous montrer comment on doit faire. Savon noir, vapeur, gant de crin.

On en sort déshydratées comme le Vieil homme d'Hemingway après sa lutte avec le poisson, mais douces comme des dattes fraiches. Les femmes y vont entre mère et fille, entre cousines, entre voisines.

J'en ai déjà parlé dans ce billet sur les bains publics de Vashisht, en Inde: je trouve cette activité entre femmes très belle. Pleine d'un féminisme qu'on oublie souvent, entre les discours sur le voile intégral et l'acide au visage des écolières afghanes.

— Ce qui me frappe chaque fois, c'est ce contraste entre la culture du port du voile et cette liberté totale que les femmes affichent au hammam. Elles sont très à l'aise avec leur corps.

Solène est une habituée des hammams, qui en France comme en Belgique font des avant-midis beauté très peu cher (le prix d'entrée du spa Balnéa m'apparaissait quadruplement insensé dimanche). Pour elle comme pour la grande majorité des Maroccaines, aucun problème quand vient le temps de faire sauter le soutif.

Moi, je l'ai gardé, malgré la mer de seins basanés. C'est moi qui est prude, ou bien c'est la culture nord-américaine? C'est moi, ou bien c'est notre féminisme assumé qui n'a pas encore fait son chemin assez creux pour nous libérer de la tyrannie du rapport au corps? A-t-on brûlé nos soutiens-gorge avant de les remettre pour ne plus les enlever? À méditer post-hammam, rhabillée, devant une théière de thé à la menthe.

* Un titre de billet à la Raphaële Germain, clin d'oeil à la chick-lit qui, malgré les apparences, est souvent tout sauf libératrice.

** Ben ouais, j'ai 10 jours de retard sur le 8 mars.

jeudi 1 mars 2012

Drrrrrrrrrr

Depuis deux semaines et pour encore une de plus il y a sous ma fenêtre une équipe de gars de la construction qui marteau-piquent de 8h à 16h. Drrrrrrrrrrrrr. Tous les jours. Même pas de casque, en plus.

Ça n'est pas si mal parce que ça m'a forcée à déménager dans la verrière pour écrire. La pièce qu'on avait fermée pour l'hiver et qui dans le redoux est redevenue habitable, couverture de polar et thé bien chaud indispensables. J'écris maintenant la face dans le ciel et dans les volées de mouettes. Drrrrrrrrr loin dans le background.

Les gars dans la rue réparent les canalisations sous les trottoirs. Le système de récupération de l'eau, apparemment. Les tuyaux coulent et sont inefficaces. Je suis toujours étonnée quand après quelques jours de drrrrrrrrrr je sors et je vois les trous béants des jours d'avant redevenus des trottoirs. Comme si de rien n'était. Drrrrrrrrrrrrr pouf! Un trottoir à nouveau.

C'est de la grosse job, enlever tout le pavé, crever l'asphalte pour remplacer les tuyaux par des neuf, pour réorganiser le fouillis. C'est pas jojo. Ça aurait été plus facile de creuser des rigoles. On aurait été bons pour un autre 2 ans.

Si je dois écrire dans la verrière, c'est que j'ai des articles à rédiger. Parce que je suis journaliste, depuis avril dernier, diplôme à l'appui. Je suis journaliste et ça m'a coûté 6 600 $ en frais de scolarité pré-hausse pour mes trois ans d'études.

Pendant mon passage à l'UQAM, il y a eu le « scandale de l'Îlot voyageur ». Mon université adorée, l'Université du peuple, avait perdu 300 millions de dollars dans ce projet de résidences étudiantes pour cause de mauvaise gestion et de débordements dans la construction. L'université s'embourbe dans l'immobilier, les tuyaux coulent, et c'est aux étudiants qu'on demande de sacrifier la bière.

En 2011, les journalistes ont enchaîné révélation sur révélation sur les magouilles de l'industrie de la construction et la complicité des élus. Les routes 30 % plus chères que partout ailleurs au Canada? La Commission d'enquête publique, celle que les Libéraux voulaient tant éviter? Les tuyaux coulent, disait-on.

Il y a un problème au royaume des finances publiques. Et c'est pas parce que je coupe sur la bière que ça va être réglé. La hausse des frais de scolarité, c'est une solution aussi débile que de remplacer un système d'évacuation de l'eau en creusant des rigoles en surface. Faudra le refaire dans 2 ans. Les tuyaux coulent, 'sti.