lundi 3 décembre 2012
samedi 1 décembre 2012
The Lonely City
On est descendus tous les trois manger des tapas délicieux dans un resto espagnol où j'ai failli voler une tuile de céramique à motifs blanc et bleu tellement elle était parfaite. Et si j'ai remarqué la céramique, c'est que dans sa perfection, elle était plus intéressante que le repas.
On travaillait comme des damnées pour arracher une dizaine de mots à notre hôte, s'encourageant des quelques sourires qui lui fendaient parfois le visage, si beau quand il s'illuminait. Mais ce n'était tellement pas souvent que j'avais chaque fois peur qu'il craque, comme pas habitué.
Radiologiste, seul dans un appartement noir et blanc où il y a dans le frigo de la bière et un restant de brochette de poulet. Louis se fait chaque matin un bol de gruau au micro-onde, et il regarde des séries le soir sur sa grande télé que j'utilisais comme miroir plein pied. Un unique livre dans la biblio de la mezzanine: Les IRM du haut du corps.
Seule humanité dans cet appart: Buster, le chien-meuble qui ne fait pas un son, sauf quand il ronfle, et les sourires de Louis.
Peut-être pour se racheter du souper fret-net-sec, il nous a fait monter sur le toit, où j'ai eu envie de pleurer sur la vue.
— Je ne monte jamais.
— Tu devrais, ça te pratiquerait peut-être à t'émouvoir.
Ben non, je n'ai pas répondu ça, nonos: nous restait deux nuits à passer là-bas. Buster sniffait comme un fou, tout content de se bouger un peu.
On a passé une belle nuit et une journée électrique dans la ville avant de rentrer comme des condamnées: on devait se taper une autre longue soirée.
Eh ben non. Louis nous a amenées dans un petit resto plein de légumes bio, où allaient et venaient une dizaine de livreurs à vélo, à se demander si leur réserve de légumes avait une fin, et s'il nous en resterait un peu pour souper. Dans ma salade, des poires et des noix caramélisées, comme celles des stands sur le coin des rues. Manhattan dans un bol. Et à notre table, un de ses lonely représentants.
On est sorti prendre un verre à 15 piastres dans, franchement, l'un des meilleurs bar où je me suis accrochée les pieds de toute ma vie. Avec barman barbu, maniéré et précis comme un danseur étoile, qui secouait avec passion des drinks à donner des tendinites. Des fois, une main derrière le dos. Ambiance décontractée, grand bar de bois.
À force de gratter, on a atteint le début du coeur de Louis.
— Je n'ai pas de passion.
Le début, j'ai dit.
— Impossible. Il y a bien une chose que tu aimes.
— Est-ce que Buster compte?
— Bien sûr.
— Alors Buster.
— Tu aurais pu devenir vétérinaire, plutôt.
— J'aurais dû.
J'ai laissé Louis entre les mains de Geneviève pour me concentrer sur la chorégraphie du barman. Anthropologiquement parlant, Louis était plus intéressant. Mais pas pour une profane en vacances.
J'ai pris un paquet d'allumettes et on est rentré un peu gorlots, presque amis, étrangement. Et on ne s'étonnait plus de le voir sourire.
Je voulais des photos de la vue, alors on est montés, Geneviève, Buster et moi, pendant que Louis allait au lit. Alcool aidant, il me semble avoir échappé une larme cette fois. Échappé une larme et échappé le chien-meuble aussi, qui avait on dirait fini par prendre goût à la vie. On l'a récupéré de l'autre côté de la rambarde, entre la terrasse et une chute de 10 étages, le chien-pas-si-meuble, épris de liberté ce soir-là.
Comme son maître.
* Pas son vrai nom
** Son vrai nom
Inscription à :
Commentaires (Atom)









